L'éditorial du mois

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Jeux made in Africa »: une naissance bien difficile qui nécessitera des soins intensifs pour se développer

Les enquêtes de consommateurs disponibles en Afrique indiquent qu’il y a une audience pour les jeux sur ordinateur et téléphone portable mais il y a peu d’informations suggérant un engouement pour la production locale de jeux. Pour les quelques développeurs qui sont assez braves pour se lancer dans le développement de jeux, le modèle commercial reste à la fois confus et contraignant. Lors d’un entretien avec Cliff Onyari, un développeur kenyan à Virtual Designs, Russell Southwood revient sur les facteurs qui permettraient un décollage des jeux.

Il est bien possible qu’il y ait un plus grand nombre de développeurs africains de jeux mais leur présence ne se fait pas vraiment sentir. La liste ci-dessous est constituée des informations que j’ai réunies et il est bien possible qu’il y en ait plus mais il faut le dire, ils ne font pas vraiment d’efforts pour se faire connaître. Au Ghana, la société Leti Games a développé deux jeux intitulés iWarrior/Kijiji et Street Soccer (selon une enquête datant de 2009, 14% des personnes intérrogées jouent des jeux en ligne). La société travaille maintenant avec Wingu Technologies qui elle-même a des développeurs qui ont produit des jeux dans le passé.

L’année dernière lors de la conférence Mobile Entertainment Africa, Steve McIvor de Tasty Poison  parlait non sans éloquence du développement d’applicatifs pour les iPhone et iPad mais principalement à destination de marchés à l’extérieur de l’Afrique. Il a aussi souligné les efforts de l’Afrique du Sud ou les autorités gouvernementales ont encouragé le développement du secteur des jeux mais tout cela semblait bien indiqué qu’ils en étaient encore à un stade peu avancé. A cette conférence, il y avait aussi Anne Shongwe qui développe des jeux avec le soutien Nations Unis se concentrant sur les comportements en relation avec le SIDA. Voila, malheureusement c’est tout…

En fait il y en a un de plus. Il s’agit Cliff Onyary de Virtual Designs avec lequel je me suis entretenu cette semaine à Nairobi. Cliff a un diplôme en architecture de l’université Jomo Kenyatta et pensait qu’il allait faire des maquettes en 3D mais sa vraie passion c’était les jeux. Il a ensuite suivi un cours en ligne de conception de jeux de l’Université de Pittsburgh et a décidé ave son co-fondateurs de se lancer dans le développement de jeux.

Ils ont réalisé très tôt que les jeux devront être conçus pour des téléphones portables pour avoir une chance quelconque d’atteindre une audience. Dans cette optique, ils ont développé un jeu qui s’appelle Tribal Scars et qui se sera accompagné par une série TV en ligne.

Le pilote de la série TV donne des informations sur les règles du jeu et est en ligne sur le site Bozza.mobi chapeauté par Emma Kay. Depuis sa mise en ligne deux semaines plus tôt, il y a eu 100 téléchargements. Vous pouvez penser que ce n’est pas beaucoup mais ils viennent juste de commencer. Virtual Designs et Bozza se partageront les revenus de la publicité. Le jeu cible les 16 à 35 ans. Selon Onyari, l’opérateur mobile Safaricom est entrain de développer une plateforme similaire à  iTunes et proposera un partage des revenus 70:30 pour les développeurs de contenu. C’est une autre opportunité de monétiser leurs jeux.

Cliff Onyari décrite le jeu comme “une campagne contre le tribalisme dans son pays et nous avons pris contact avec des ONGs pour qu’ils en assurent la diffusion. Il n’y a pas beaucoup de gens qui jouent des jeux sur leur téléphone portable mais la stratégie est d’utiliser la série TV en ligne pour les attirer vers le jeu. Nous voulons aussi vendre des produits d’accompagnement comme des T-shirts ». Toute cette stratégie est bien nécessaire mais le test clé sera de voir si les utilisateurs trouvent le jeu amusant en comparaison avec d’autres jeux intéressants qui seront mis sur le marché.

Quand est-ce Oyari à commencer à jouer des jeux ? « Mon père nous acheté une X-Box et c’est comme cela que tout a commencé. La plupart des gens jouent avec leur ordinateur. La série de la FIFA est un jeu populaire à cause de l’intérêt porté au football ». Les versions originales de jeux produits dans les pays développés se vendent à 8,000KS tandis que les versions piratées d’une qualité raisonnable se vendent à 4,000KS. Les versions originales sont par exemple pour la classe moyenne qui réside à Westlands. Selon ouie dire, les versions piratées peuvent se vendre par centaine chaque jour mais les coûts du piratage sur la qualité sont aussi élevés. Il y a donc bien un marché mais à la moitié du prix de celui que les développeurs de contenu trouve intéressant.

Mais si tout cela ne marche pas, Onyari et ses amis font appel à d’autres amis en Europe ou aux USA qui les leur envoient. A la sortie de Call of Duty 3, ils se sont associés pour acheter une copie qu’ils partagent ensemble.

Onyari estime que les contraintes principales à l’expansion du secteur des jeux sont du côté de l’offre. Il y a des personnes qui ont les qualités professionnelles pour le graphisme et l’animation mais peu de gens ont les qualités professionnelles nécessaires pour la conception d’un jeu et sa finition. Les équipements de finition ainsi que les logiciels sont chers. Même des versions pirates sont chères et pas facile à trouver. En Afrique du Sud, l’organisation qui supporte l’industrie cinématographique a proposé d’acheter les équipements d’animation pour permettre aux animateurs de les partager.

Selon Onyari, les jeunes dans les zones rurales suivent les tendances pour ce qui est de la musique et connaissent tous les chanteurs et par conséquent il n’y a pas de raisons pour qu’il n’en soit pas de même pour les jeux. Cela dit les coûts restent le principale obstacle.

Tandis que la communauté Internet et l’industrie audiovisuelle dans le monde semblent se connecter à l’Afrique à plusieurs différents niveaux, les sociétés de jeux n’ont pas encore prêté beaucoup d’attention au continent. Comme pour les films, les niveaux de piraterie constituent un challenge extrêmement difficile à surmonter pour faire son entrée. Si les opérateurs mobiles attachent plus d’importance au contenu dans un monde de plus en plus centré sur la data, il doit pourtant être possible de créer un marché pour les jeux.

L’approvisionnement en diesel des BTS: un cauchemar quotidien pour les opérateurs mobiles africains

La gestion d’un réseau mobile en Afrique en comparaison avec l’Europe ou tout autre pays développés devrait grossièrement être la même. En fait il y a des différences majeures et cela commence avec l’élément au cœur du réseau mobile, la station de base. Opérer des stations de base en Afrique c’est différent d’opérer des stations de base en Europe. La problématique de l’alimentation en électricité des stations de base par exemple exige d’autres solutions en Afrique. Isabelle Gross enquête sur les moyens utilisés par les opérateurs mobiles africains pour assurer que leurs stations de base fonctionnent 24heures/24 et 7jours/7.

Un grand nombre de pays en Afrique subsaharienne manque toujours d’électricité et bien trop souvent le réseau électrique existant se limite à la capitale. Au moins dans la capitale, les opérateurs mobiles devraient avoir le choix quant à l’alimentation électrique de la station de base  – l’électricité du réseau ou l’électricité produite par un générateur diesel. Malheureusement même dans la capitale, l’électricité reste erratique et souffre de fréquentes et longues coupures. Les opérateurs mobiles ne peuvent pas se permettre d’avoir une station de base hors service parce que cela équivaut à une perte de revenue pour eux. Les générateurs diesel restent la source d’énergie électrique la plus fiable lorsqu’il s’agit de faire fonctionner les stations de base 24heures/24 et 7jours/7 mais cela implique des coûts supplémentaires pour la plupart des opérateurs mobiles africains.

Dans les petites villes et les zones rurales, la seule option mis à part les solutions utilisant des énergies renouvelables c’est le générateur diesel mais ce n’est pas toujours rapide et facile de transporter du diesel dans des zones reculées. J’ai récemment voyagé de Monrovia, la capitale du Libéria, à Ganta, une ville située dans l’Est du pays pas très loin de la frontière avec la Guinée. La distance entre les deux villes est de l’ordre de 300km et il nous a fallu approximativement 4 heures pour rejoindre Ganta ce qui n’était pas trop mal. La route entre Monrovia et Ganta est macadamisée mais il y a de nombreux nids de poules dans la chaussée en particulier après Banga. Il n’est pas surprenant de voir des voitures, des camions et des bus circulés en contresens parce que l’état de la chaussée est un peu meilleur. Mon voyage a eu lieu durant la saison sèche mais durant la saison des pluies, les inondations et les glissements de terrain doivent rendre ce voyage beaucoup plus difficile. Le COO de Total au Libéria m’a dit par exemple que l’année dernière l’un de leurs camions est resté bloqué pendant six jours à cause des inondations. Durant mon voyage, nous nous sommes arrêtés à Totola, un endroit éloigné de la route principale et situé en hauteur d’une colline, un emplacement idéal pour une station de base. Pour atteindre la station de base nous avons du emprunté pour les derniers cent mètres un chemin de terre avec une pente. En montant je me suis demandée comment diable un camion de fuel arrivait à monter là haut durant la saison des pluies. L’approvisionnement en diesel des stations de base en zones rurales n’est pas une tache facile et tellement de choses peuvent mal se passer jusqu’à ce que le camion de fuel arrive à la station de base. 

Le diesel est une denrée précieuse en particulier en Afrique subsaharienne ou la demande est grandissante parce qu’il y a de plus en plus de voitures, de motocyclettes et de générateurs en utilisation. Le diesel peut être facilement et rapidement échangé contre de l’argent liquide et par conséquent voler du diesel peut être une activité commerciale plutôt lucrative ou un moyen de joindre les deux bouts. Au Libéria par exemple, un agent de sécurité chargé de garder une station de base gagne entre 65 et 75 dollars US par mois. Ce n’est pas beaucoup en particulier si vous avez une famille et des enfants à nourrir. Le prix au détail d’un gallon de diesel est de 4.5 dollars US. Voler quelques gallons de diesel par-ci par-là n’est pas seulement une tentation mais la triste réalité.

Le vol de diesel peut arriver à n’importe quel stade entre le moment ou le camion de fuel quitte l’enceinte sécurisée de la société pétrolière jusqu’au moment ou le diesel est brûlé par le générateur dans la station de base. Entre ces deux points, les possibilités sont nombreuses pourqu’une petite ou grande quantité de diesel se volatilise. Pour les opérateurs mobiles africains, il s’agit d’un cauchemar quotidien qui implique des coûts additionnels. Pour minimiser le nombre de vols de diesel de nombreuses mesures et contre-mesures de contrôle ont été mises en place à différents stades. Pour par exemple éviter que le conducteur du camion de fuel ne livre une quantité inférieure de diesel à une station de base que celle prévue, l’opérateur mobile enverra quelqu’un avec lui pour surveiller la livraison et éviter que le conducteur et le gardien de la station de base s’entendent ensemble.

Bien que le niveau de diesel dans le réservoir des stations de base soit contrôlé quotidiennement, cela n'est malheureusement pas suffisant pour arrêter le vol de diesel. Des visites inopinées des stations de base sont un autre moyen de vérifier que les relevés des compteurs des réservoirs de diesel sont faits avec précision et que chaque litre de diesel est bien compté. Afin d'éviter des vols de diesel dans la station de base, les joints de la canalisation entre le réservoir et les générateurs diesel sont scellés avec des sceaux en plastique. Pour retirer du diesel au niveau du joint entre le réservoir et le tuyau ou le joint entre le tuyau et les générateurs diesel, il faudrait briser ces sceaux. Quelles que soient les mesures que les opérateurs mobiles mettent en place pour réduire les vols de diesel, ces précautions ne seront jamais suffisante et bien évidement elles s’ajoutent au de coût de fonctionnement des stations de base en Afrique.

Lorsque je rends visite à ma mère qui vit à la campagne en France, je passe souvent près d'une station de base érigée à l'orée d'un bois. Cette station de base qui a été construite il y a plus de dix ans est bien sûr connectée au réseau électrique et n’est pas gardiennée. Pour les opérateurs mobiles africains cela reste un rêve et ils ont un long chemin à parcourir avant qu'ils ne puissent cesser de s'inquiéter que leurs stations de base soient sous tension tout le temps.

La data mobile: quelles sont les perspectives commerciales pour les opérateurs Africains?

En décembre 2011, Balancing Act avait publié un article sur les perspectives commerciales de la data mobile qui concluait que pour la plupart des opérateurs mobiles en Afrique sub-saharienne, le chiffre d’affaires de la data mobile restait faible à l’exemption de l’Afrique du Sud et dans une certaine mesure le Kenya. Durant ces dernières années nombreux ont été les opérateurs mobiles africains qui ont lancé des services data 3G et plus de déploiements sont en perspective. Ce sont des investissements en capital lourds et tel un jeu de poker, le joueur doit avoir la bonne donne en main pour gagner la mise. Selon, Isabelle Gross, les opérateurs mobiles ont déjà certaines cartes gagnantes en main mais d’autres manquent encore pour maximiser leurs investissements dans la 3G.

Dans son report trimestriel datant de décembre 2011, Pieter Uys, le CEO du groupe Vodacom rapportait que pour l’Afrique du Sud « la demande pour des smartphones reste forte avec plus de 655,000 combinés activés durant le dernier trimestre de 2011. Nous avons maintenant 4.8 millions de smartphones actifs sur notre réseau ce qui représente 18% de l’ensemble des combinés mobiles actifs sur notre réseaux ». Il est clair qu’il y a de plus de smartphones qui prennent la direction de l’Afrique et cela malgré les prix élevés de certains de ces smartphones. Qui plus est de plus en plus de gens possèdent un BlackBerry ou un iPhone et ces smartphones ne sont plus l’exclusivité d’une minorité de privilégiés travaillant par exemple pour une banque ou une société internationale. A deux occasions récemment j’ai rencontré des gens qui possédaient un iPhone et qui n’appartenaient pas aux deux catégories professionnelles décrites ci-dessus. Le premier propriétaire d’un iPhone était un gars qui échangeait de l’argent dans la rue. Il m’a montré avec fierté son iPhone qu’il a sorti de derrière son étale faite de trois planches de bois clouées ensemble. Ma seconde rencontre avec un propriétaire d’un iPhone a été avec un policier. Son grade dans la police est bien supérieur à  celui d’un policier assurant la circulation mais tout de même les salaires dans la fonction publique en Afrique ne sont pas réputés pour être élevés.

Le taux de pénétration de smartphones sur le réseau de Vodacom Afrique du Sud est impressionnant mais ce chiffre n’est qu’un lointain rêve pour la plupart des opérateurs mobiles en Afrique subsaharienne. Pour des pays avec un très bas PIB par habitant, le taux de pénétration de smartphone sera plutôt de l’ordre de 1% à 2% du nombre total de combinés sur le réseau d’un opérateur mobile donné. Dans des pays plus riches comme le Kenya, ce taux approchera les 10%. Qu’ils s’agissent de pays africains pauvres ou riches, il y a un engouement grandissant pour les smartphones et ce sentiment a moins à voir avec le pouvoir d’achat que le désir de posséder un téléphone mobile high-tech. D’une certaine façon c’est une bonne nouvelle pour les opérateurs mobiles africains dans la mesure ou ils auront besoin de faire moins de campagnes marketing pour pousser à l’achat de smartphones. Malheureusement les bonnes nouvelles s’arrêtent là. Il reste toujours aux opérateurs mobiles africains de trouver une stratégie pour que leur pool de propriétaires d’un smartphone se mettent à utiliser la data mobile et c’est là que les choses se compliquent.

Dans les pays africains les moins riches, la vérité est que les propriétaires d’un smartphone ne les utilisent pas pour la data mobile et les opérateurs mobiles devraient se poser la question du pourquoi. A première vue, il peut y avoir deux explications. La première est que les offres de data mobile sont trop chères pour la moyenne des propriétaires d’un smartphone. La seconde explication c’est que les propriétaires d’un smartphone ne ressentent pas de besoins pour des services de data mobile parce qu’ils ne se connectent pas à l’Internet pour vérifier leurs mails ou pour faire n’importe quoi d’autre qui nécessiterait une connexion data.

Une campagne promotionnelle visant les propriétaires d’un smartphone et leurs offrant un accès gratuit à l’Internet pour une période limitée devrait permettre d’évaluer la véracité de la première explication. Il y a quelques temps de çà un opérateur mobile basé en Afrique de l’Ouest a organisé une telle promotion visant les propriétaires d’un smartphone des marques suivantes: Apple, HTC, Nokia, LG, Huawei, Samsung, Motorola et ZTE. Chacun des propriétaires d’un smartphone des marques ci-dessus a reçu un SMS lui offrant l’accès gratuit à l’Internet et l’invitant à activer le service. Environ 9% des propriétaires d’un smartphone visés par la promotion ont activé le service. En d’autres termes 1 propriétaire d’un smartphone sur 10 à un problème avec le prix des offres de data mobile et se connectera seulement à l’Internet via son smartphone si c’est gratuit. Ce problème peut trouver une solution dans une structure des prix des offres de data mobile qui tient mieux compte des besoins propres et des ressources financières des propriétaires d’un smartphone.

Par contre ce qui est plus inquiétant c’est que la vaste majorité des propriétaires d’un smartphone visés par la promotion n’a pas été intéressée par l’offre d’accès gratuit à l’Internet. Ces derniers doivent évidemment être content de limiter l’utilisation de leur smartphone aux appels, aux SMS et aux applicatifs pré installés sur leur combiné comme par exemple la caméra, la musique, le calendrier, le réveil, les jeux, etc. mais ce qui semble bien manquer c’est ce léger penchant pour les réseaux sociaux, les mails et l’Internet en général. Il est clair pour les opérateurs mobiles que la tache majeure sera de trouver un moyen de convaincre ces propriétaires d’un smartphone d’accéder à du contenu en ligne. Qu’est ce qui va marcher? Des promotions marketing simplistes comme les opérateurs mobiles ont l’habitude d’en faire pour la voix ou des campagnes éducatives plus soutenues? La seconde option a sans doute plus de chance de porter des fruits mais l’avenir nous le dira.

Paiements mobiles: Le Libéria opte pour un modèle centré sur la banque

En août 2011, la Banque Centrale du Libéria (CBL) avait officiellement publié un guide pour les services de paiements par mobile qui servira de cadre réglementaire pour le lancement de services de paiements par mobile dans le futur. Il s’agit bien d’un pas en avant qui mérite d’être salué pour un pays qui a l’un des plus faibles produits intérieurs bruts par capita en Afrique et un secteur bancaire aussi petit qu’il peut tenir dans un mouchoir de poche. Isabelle Gross s’est entretenue avec différents responsables sur le déploiement et l’adoption de services de paiements par mobile au Libéria.

Le guide publié par la CBL encadrant les paiements par mobile instaure « un modèle dirigé par les institutions financières dans lequel les paiements par mobile sont offerts par les banques et leurs agents ». La CBL a favorisé un modèle centré sur la banque au lieu d’un modèle centré sur l’opérateur mobile. Le succès du modèle centré sur la banque reste toujours encore à démontrer tandis que le modèle centré sur l’opérateur mobile a été déployé avec succès dans plusieurs pays africains. Bien sur l’exemple de M-Pesa au Kenya est maintenant bien connu de tout le monde. Selon le guide de la CBL, les opérateurs mobiles locaux sont simplement considérés comme des conduits de transmission. C’est un peu triste de constater que la CBL ne comprend pas l’origine des innovations et la dynamique dans les services de paiements par mobile. Elles ne proviennent certainement pas des banques africaines.

Depuis la publication du guide, deux banques ont annoncé des partenariats avec des opérateurs mobiles: la United Bank of Africa avec Cellcom et Ecobank avec MTN/Lonestar. En septembre dernier, le second couple a commercialement lancé son service de paiements par mobile. A ce stade quelle a été la mise en œuvre du modèle recommandé par la CBL? Selon les propos d’un représentant d’Ecobank, le service de paiements par mobile offert par Ecobank et MTN/Lonestar fonctionne intégralement sur la plateforme de MTN et de façon similaire aux services que l’opérateur mobile a lancé dans d’autres pays africains. Il semble bien qu’il y ait une différence entre le modèle centré sur la banque recommandé par la CBL et ce qui a été déployé sur le terrain. Ce n’est pas Ecobank « qui tient la boutique » mais bien MTN/Lonestar. Mis à part cette contradiction entre ce qui est prescrit sur papier et ce qui se passe en réalité, il y a bien une leçon à dire pour la CBL. Il serait dommage que le régulateur du secteur bancaire au Libéria ignore totalement les facteurs sous-jacents qui ont contribué au succès des services de paiements par mobile dans d’autres pays africains.

En date de février 2012, Ecobank et MTN/Lonestar comptait 50,000 personnes inscrites à son service de paiements par mobile. Si l’on assume qu’entre 5% et 10% des personnes inscrites utilisent le service cela représente entre 5,000 et 10,000 utilisateurs et si l’on assume encore plus loin qu’environ 10% des utilisateurs du service l’utilisent régulièrement, on arrive à chiffre entre 500 et 1,000 utilisateurs réguliers. MTN/Lonestar dit avoir environ 800,000 abonnés mobiles et par conséquent les utilisateurs réguliers de son service de paiements par mobile représentent moins de 0.1% de sa base d’abonnés mobiles. Bien sur, il est encore trop tôt pour juger mais pour atteindre une pénétration de 1% de sa base d’abonnés, il faudrait que le service croit par un facteur de dix. Cela supposera  un investissement financier considérable en terme de campagnes d’information et de marketing.

Tout n’est pas mauvais dans le guide adopté par la CBL pour les services de paiements par mobile. Le guide recommande «un modèle multi-usagers et multi-fournisseurs » permettant aux banques et aux opérateurs mobiles d’offrir des services de paiements par mobile à l’ensemble des usagers et sans discrimination selon qu’ils sont client de l’une des banques ou de l’un des opérateurs mobiles. Ce principe est un premier pas en direction d’une interopérabilité des services de paiements par mobile. Ce principe a aussi le potentiel d’encourager la viabilité financière de services de paiement par mobile dans un très petit pays. La population totale du Libéria est de l’ordre de quatre millions et le marché adressable (personnes de plus de 15 ans) représente approximativement 2.5 millions d’individus. Toute institution ou société qui pense à lancer un service de paiement par mobile doit retenir ce dernier chiffre si elle veut déployer une activité commerciale viable.

L’interopérabilité entre les services de paiement par mobile est inévitable et cela encouragera d’avantage l’adoption des services de paiements par mobile. Le problème est plutôt quand est-ce que cela va arriver? En principe, au Libéria lorsqu’un second service de paiements par mobile sera lancé, il lui sera permis de s’interconnecter avec le système existant de paiements par mobile opéré par Ecobank et MTN/Lonestar. S’il en est ainsi, la CBL devra se préparer à prendre des décisions dures dans le futur si le régulateur souhaite renforcer les principes stipulés dans son guide des services de paiements par mobile.

Est-ce que les services de paiement par mobile seront un échec au Libéria? Non pas nécessairement si la CBL reconnaît que des services de paiements par mobile qui ont réussi ont été poussés par des opérateurs mobiles et non par des banques. Il est bien question d’atteindre la population non-bancarisée pour lui permettre d’intégrer un système de transferts et de paiements plus formel. L’ensemble de l’économie en bénéficiera aussi parce que transférer de l’argent avec son mobile c’est rapide, sur et pas cher.

Avec 2.5 millions d’utilisateurs au Nigéria, le réseau social Eskimi réalise une ascension fulgurante dans le hit-parade des réseaux sociaux en vogue

La croissance de Facebook en Afrique a été époustouflante mais aujourd’hui c’est un fait bien connu. Le réseau social Eskimi qui a été développé en Lituanie ciblent les portables bas de gamme. En moins de 18 moins, le nombre d’utilisateurs est passé de zéro à 2.5 millions d’utilisateurs. Tous ceux qui pensent que le contenu qu’un téléphone portable peut accéder est important doivent essayer de comprendre comment cela s’est passé. Dans un entretien avec Russell Southwood, Vytas Paukstys, le DG d’Eskimi s’explique sur le succès du réseau social au Nigéria.

L’arrivée de contenu suit un enchaînement d’événements. Tout d’abord il faut que la connectivité fibre soit en place parce qu’il est difficile de pousser du contenu et des applicatifs avec de la bande passante satellitaire. Les prix en gros de la connectivité internationale doivent baisser pour permettre une baisse des prix au détail: les opérateurs doivent arrêter de vendre de la « bande passante rationnée ». Ensuite les marques internationales peuvent faire leur entrée: Google, Wikipedia, Facebook, Twitter. Selon des travaux de recherche que nous avons conduit, il s’en suit le développement de versions locales en particulier dans les pays disposant d’un fort potentiel.

L’histoire d’Eskimi est celle d’un réseau social qui est née en Europe de l’Est plus précisément dans un des pays de la Baltique. Au lieu de cibler des régions comme l’Europe occidentale ou l’Amérique du Nord ou les offres sont nombreuses, Eskimi a choisi de distribuer son service dans les pays émergeants. C’est un peu comme Spinlet une sorte de « iTunes for Africa » qui sera lancé lors de la conférence «Mobile Web East Africa ». Pour Eskimi, il s’agit d’une collaboration entre un petit pays européen et le Nigéria. L’épicentre des activités commerciales est progressivement entrain de changer d’orbite.

Selon Vytas Paukstys, le DG d’Eskimi, « nous avons commencé avec les pays de la Baltique et cela a bien marché. Sur cette base, nous avons décidé de nous lancer à l’international en lançant des projets marketing pilotes dans d’autres pays dans le monde. Nous avons commencé en Asie et ensuite nous avons visé l’Afrique avec quatre pays: l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et le Ghana ».

En peu de temps (novembre 2011), Eskimi a achevé 1.7 millions d’utilisateurs au Nigéria: un peu plus de 50% de leur clientèle (3 millions). La présence d’Eskimi est aussi  entrain de croître dans d’autres pays africains: 250,000 utilisateurs au Ghana, 35,000 utilisateurs au Kenya et plus de 30,000 utilisateurs au Namibie. Aujourd’hui Eskimi compte plus de 5 millions d’utilisateurs dans le monde et plus de la moitié sont basés au Nigéria. L’Afrique compte plus d’un million d’utilisateurs (excluant le Nigéria). En d’autres termes, Eskimi est entrain d’atteindre une masse critique au Ghana et dans d’autres pays. Il s’agit bien plus que d’être au sommet du hit-parade dans un pays africain.

Eskimi est un service web pour des téléphones portables bas de gamme. La société est entrain de développer un service similaire fonctionnant avec Android mais il est encore trop tôt pour cibler les smartphones. Les usages qui se sont établis doivent être rassurant pour Nokia. En novembre 2011, 73% des utilisateurs utilisaient Opera Mini, un navigateur que l’on trouve le plus fréquemment sur des portables Nokia. Aujourd’hui, 90% des utilisateurs surfent en utilisant Opera Mini ou le navigateur fourni par le téléphone portable. Pour atteindre une masse critique, il faut un marché potentiel de taille parce que tout le monde ne va pas utiliser le service. Si par exemple, il y a 1 million d’utilisateurs qui ont un smartphone, seul 10 à 30% utilisera un service en particulier et un plus petit pourcentage d’utilisateurs le fera d’une façon régulière. Cette année Eskimi envisage de recruter des développeurs locaux pour créer plus de services autour de sa plateforme.

Pourquoi l’utilisent-ils tous? Pour un petit nombre qui utilisaient les cybercafés avant: il s’agit de trouver de nouveaux amis, d’envoyer des messages, de partager des photos, de rencontrer l’âme sœur et de jouer des jeux. 86% des utilisateurs au Nigéria font parti de la catégorie sociale de gens qui introduisent de nouvelles technologies en Afrique et ont entre 18 et 34 ans. Il est facile d’imager que ces utilisateurs sont moins respectueux et certainement plus pressés que leurs parents. En général les utilisateurs sont souvent concentrés dans la capitale mais pour Eskimi, seulement 32% des utilisateurs sont basés à Lagos, le reste des utilisateurs viennent de sept autres grandes villes.

Taxe sur les appels internationaux entrants: est-ce qu’il existe une solution intermédiaire entre voler les consommateurs et l’impératif de contrôler d’une manière transparente le trafic international?

Un nombre grandissant de régulateurs africains ont introduit une taxe sur les appels internationaux entrants. Cela avait commencé avec la Côte d’Ivoire avant de s’étendre comme la peste au Gabon, au Ghana, au Sénégal et cela est juste pour citer quelques pays. Le Liberia est le dernier pays qui vient de s’engager dans cette voie alors que les opérateurs locaux tentent de persuader LTA, l’autorité de régulation d’y renoncer. Isabelle Gross s’est entretenue avec Marzen Mroue, le DG de Lonestar/MTN au Libéria et Richard Chisala, membre du conseil d’administration de MACRA, l’autorité de régulation au Malawi sur ce sujet plutôt épineux.

Au mois d’août dernier, LTA a publié une réglementation sur le trafic international proposant que « tous les appels internationaux entrants terminant vers des numéros avec le code pays +231 seront assujettis à une taxe réglementaire de 15 cents US par minute (en plus des 12 cents US du prix en gros de terminaison) qui sera collectée par les opérateurs finaux pour le compte de LTA ». L’instauration de cette taxe signifie que le prix en gros d’un appel vers le Libéria plus que doublera. Cette augmentation se verra inévitablement répercutée sur le prix au détail et la diaspora libérienne se rendra vite compte que le coût d’appel au pays aura considérablement augmenté.

Selon Marzen Mroue, l’expérience de MTN dans d’autres pays africains qui ont introduit une telle taxe entraîne une baisse du trafic international qui se traduit par une baisse du chiffre d’affaires et par conséquent une baisse des taxes perçues par l’Etat. Marzen Mroue est aussi inquiet que cette taxe sur les appels internationaux entrants aura des conséquences socio-économiques plus profondes comme par exemple une baisse du montant de l’argent que la diaspora libérienne est capable d’envoyer à leurs proches au Libéria.

Le montant de la taxe est d’autant plus disproportionné si l’on considère que 80% du trafic international voix est avec les USA – un pays ou le prix en gros de la terminaison d’appel est un des plus bas du monde. Tandis qu’un opérateur télécoms américain charge quelques cents pour terminer une minute d’appel dans son pays, il lui faudra débourser 27 cents pour terminer une minute au Libéria. Ce déséquilibre est injuste et intenable. Le DG de MTN pense que les opérateurs télécoms américains réagiront à ce déséquilibre par une augmentation du prix en gros de la terminaison aux USA. Au final, la population libérienne devra payer plus pour appeler leur famille et amis aux USA.

Dans des articles précédents, nous avons souligné que les régulateurs africains ont une vision à court terme en ce qui concerne cette taxe sur les appels internationaux entrants en considérant les consommateurs comme une source « d’argent frais » plutôt que d’envisager les conséquences plus profondes sur leur propre population et sur l’image de leur pays à l’étranger. Pour autant, Marzen Mroue reste optimiste quant à trouver une solution à ce problème avec LTA. En suggérant des solutions adoptées dans d’autres pays, il est possible selon lui de formuler une proposition qui permettra d’augmenter les taxes perçues pare le Gouvernement du Libéria sans pour autant affecter négativement la croissance et l’innovation qu’une telle taxe aurait.

En Afrique de l’Est, le régulateur MACRA a essayé d’introduire un système similaire de contrôle du trafic national et international. Un manque de communication entre le régulateur, les opérateurs télécoms et la presse, s’est traduit par une virulente campagne de presse durant laquelle le système de contrôle a été assimilé à une « machine capable d’espionner les appels ». Selon Richard Chisala, membre du conseil d’administration de MACRA, le Malawi ne va contrôler les appels mais va plutôt créer une plateforme indépendante pour analyser le trafic. Les conditions de base sont la qualité des services, la lutte contre la fraude et la gestion du spectre des fréquences.

Au départ, le Malawi n’était pas loin de mettre en place un système similaire à celui qui  fonctionne en ce moment au Ghana, au Congo-Brazaville et en Guinée. Ce système se limite à contrôler le trafic international entrant et à pour unique objectif de générer des revenus considérables en appliquant une lourde taxe sur le prix des appels internationaux entrants. Des membres de MACRA se sont rendus dans les pays susmentionnés pour visiter les installations du fournisseur du système de contrôle et ce qu’ils ont vu les a encouragé à rechercher d’autres fournisseurs. Richard Chisala explique qu’il est allé aux USA pour rencontrer des représentants de la société Agilis International, une société spécialisée dans l’assurance revenue et la gestion de la fraude. Les coûts de leur service sont comme suit: un investissement en capital pour acquérir l’équipement et des frais de maintenance. Selon le représentant de MACRA, le coût du système de contrôle sera répercuté sur le trafic voix. Pour les opérateurs télécoms, cela représentera une charge supplémentaire de 4 à 5% sur le trafic voix, un chiffre bien plus bas que ce que le fournisseur initial avait proposé.

Encore une fois, il est important de considérer ce qui est en cause dans ce cas. Le problème n’est pas de remettre en cause la nécessité de mettre en place un système de contrôle par le régulateur mais la façon dont ce système est mis en place en instituant une lourde taxe gratifiant excessivement le fournisseur du système de contrôle. Dans une certaine mesure, la « solution du Malawi » constitue une solution intermédiaire. Elle répond aux exigences du régulateur d’une plus grande transparence sur le trafic national et international du pays tout en instaurant une solution moins coûteuse qui pénalisera moins les citoyens africains et les activités économiques du Malawi et du Libéria.

Vodafone Egypte lance Bladna une MVNO ciblant la diaspora égyptienne vivant en Italie

Pour marquer le lancement de sa première MVNO sous le label « Bladna », Vodafone Egypte a organisé, le 14 janvier dernier, un concert gratuit à Milan avec la chanteuse égyptienne de renommée internationale Nancy Ajram. Bladna signifie patrie en langue arabe et l’opérateur cible la diaspora égyptienne établie en Italie. Isabelle Gross s’est entretenue avec Arkadi Panitch, le Directeur Général d’Effortel, la société qui a installé et gère la plateforme technique de Bladna en Italie.

Effortel a été fondé en 2005 en Belgique par un groupe d’experts en télécoms. La société qui est dirigée Arkadi Panitch est spécialisée dans le déploiement de MVNOs pour d’autres clients. Dans le cas de Bladna, il s’agit d’un opérateur mobile mais  Effortel a par exemple aussi déployé une MVNO pour la chaîne de supermarché Carrefour ainsi que pour la société de produits de beauté FM.

Avec pour cible la diaspora égyptienne et plus largement la diaspora nord-africaine  qui a fait de l’Italie son pays d’accueil, Bladna offrira bien sur des appels peu chers vers l’Egypte et les autres pays de l’Afrique du Nord ainsi que la possibilité de transférer des crédits d’appels entre les clients de Bladna et ceux de Vodafone Egypte. Bladna est disponible en langue arabe et la promotion de ses services sera assurée par un marketing viral ciblant les magasins et les réseaux que la diaspora égyptienne utilise en Italie. Il n’est pas question d’utiliser des outils marketing traditionnels ou d’ouvrir des magasins coûteux à l’enseigne de l’opérateur mais plutôt de vendre les cartes SIM et les crédits d’appels via les magasins fréquentés par la communauté égyptienne. Il y a plus d’un million d’émigrants égyptiens en Italie et Bladna compte atteindre le chiffre de 150,000 abonnés durant les quatre premières années.

Bien que Bladna soit la première MVNO de Vodafone Egypte, il n’y a pas de raisons qu’elle sera la seule. Selon Arkadi Panitch, si l’opérateur mobile élabore une stratégie solide ciblant les émigrants égyptiens et nord africains, il sera en position de lancer plusieurs MVNOs dans d’autres pays européens. Les grands opérateurs mobiles vont s’intéresser de plus en plus à ce type de MVNO dans le futur. En d’autres termes, il s’agit de lancer sur le marché national  ou à l’étranger un service sous un nouveau label ciblant des groupes spécifiques de clients que leur offre actuelle n’arrive pas à capturer. En Italie toujours, Effortel a travaillé en collaboration avec un entrepreneur chinois pour lancer une MVNO sous le label « Daily Telecom » qui propose des appels vers la Chine et Hong Kong au prix d’un appel local. Daily Telecom compte déjà 300,000 d’abonnés la plupart d’entre eux des émigrants chinois.

D’autres opérateurs mobiles ont lancé des MVNOs dans des pays européens mais cela dit avec moins de succès. En 2007, Maroc Telecom avait lancé une MVNO sous le label « Mobisud » en France et en Belgique ciblant la population émigrée nord africaine. Pour Arkadi Panitch, le succès d’une MVNO comme Bladna et Daily Telecom réside dans la maîtrise des coûts. Ils doivent être aussi bas que possible au sein de tous les départements de l’entreprise. Effortel propose sa plateforme technique à un prix abordable mais en parallèle les coûts du marketing et tous les autres coûts (comptabilité, administration, service clientèle) doivent refléter le chiffre d’affaires potentiel d’une offre « low cost. ». A Daily Telecom par exemple, il y a seulement deux personnes qui assurent la gestion de l’activité commerciale de l’opération. Selon Arkadi Panitch, les opérateurs mobiles traditionnels se sont pas bons lorsqu’il s’agit de proposer des offres « low cost » à une diaspora donnée ou d’autres segments de clients. Leur approche marketing est encore toujours trop focalisée sur des offres ciblant l’ensemble de leur clientèle plutôt que des offres ciblant les besoins spécifiques de certains segments clients. Une innovation supplémentaire d’Effortel pour Bladna consiste en un applicatif mobile permettant de saisir sur un smartphone  les détails du nouvel abonné ainsi que sa photo pour être en règle avec la législation italienne sur l’enregistrement des abonnés mobiles. Ainsi les vendeurs de rue peuvent activer la carte SIM directement au moment de l’achat par le client.

La diaspora africaine à l’extérieur du continent africain mais aussi sur le continent africain est énorme. Demandez-vous simplement combien de Burkinabés résident en Côte d’Ivoire ou encore combien de personnes du Zimbabwe vivent à présent en Afrique du Sud? L’Afrique ne manque pas aussi de gens entreprenants intéressés de se lancer dans des nouveaux secteurs d’activités. Effortel est par exemple à un stade avancé de discussions pour le lancement d’une MVNO en Afrique de l’Ouest et d’autres pays africains sont sur leur liste. Il y a aussi des opportunités à l’extérieur du continent en particulier en Europe. Pourquoi pas une MVNO au Royaume-Uni ciblant les émigrés du Nigéria et du Ghana ou encore une MVNO en France ciblant les sénégalais, les ivoiriens et d’autres émigrants originaire d’Afrique francophone? C’est une idée qui devrait faire réfléchir des opérateurs comme Orange, MTN, Globacom ou encore Vodafone.

Les backbones nationaux et les liens transfrontaliers: le prochain eldorado des télécommunications en Afrique?

Après la mise en service des câbles sous-marins WACS et ACE en 2012, le continent africain aura en principe accès à de la capacité internationale à ne plus savoir qu’en faire. Malheureusement cette conclusion n’est que vraie pour les pays africains côtiers et dans une large mesure même dans certains de ces  pays, la distribution de cette capacité internationale s’arrêtera à la capitale dans un premier temps. Monrovia, la capitale du Libéria qui vient récemment d’être connecté au câble sous-marin ACE en est l’exemple type. La problématique est donc de comment accélérer le déploiement de backbones nationaux et de liens transfrontaliers entre les pays côtiers et les pays enclavés afin d’assurer une distribution de la capacité internationale et un accès aux services data au plus grand nombre de la population du continent. Isabelle Gross s’est entretenue avec Frédéric Sallet, Vice Président pour l’Afrique centrale et de l’ouest à Alcatel Lucent sur la stratégie de sa société en matière de backbones nationaux en Afrique.

Si l’on considère aujourd’hui que l’Afrique doit évoluer plus rapidement vers l’Internet et en particulier l’Internet haut débit, il reste à voir quels sont les freins et les solutions à ces freins qui permettraient aux services data de gagner en puissance. Selon Frédéric Sallet, « les principaux gros freins ont été éliminés. Il s’agit de la capacité internationale qui aujourd’hui ne fait plus problème puisque la cote ouest et la cote est de l’Afrique bénéficient d’un minimum de trois câbles sous-marins chacune. Les prix d’interconnexion ont eu aussi considérablement chutés. Enfin avec l’adoption de la téléphonie mobile et en particulier la 3G, l’accès physique au client final n’est plus un problème non plus. Un des seules challenges (mise à part le contenu qui sera accédé mais cela n’est pas vraiment au cœur des activités d’Alcatel-Lucent) qui reste à surmonter c’est le lien entre le câble (la capacité internationale) et l’utilisateur 3G (le consommateur de capacité internationale) ». Cela consiste à construire ou à renforcer les backbones nationaux et à développer les liens transfrontaliers permettant aux pays africains enclavés d’accéder plus facilement à la capacité internationale.

Dans cette perspective, Alcatel-Lucent est impliqué dans de multiples projets sur le continent. Frédéric Sallet explique « que depuis 2011, il y a une accélération des projets en comparaison par exemple avec 2009 quand il s’agissait plutôt d’idées de projet. Il est fort possible que cette accélération notée en 2011 s’accentuera entre 2012 et 2015 mais cela restera quelque peu  fonction du rythme de croissance de la 3G. Quant aux projets en cours, ils ont des formes variées. Ils peuvent être initiés par des opérateurs télécoms privés qui cherchent à consolider leur présence régionale en interconnectant leurs opérations mais il peut aussi s’agir d’un consortium composé d’acteurs privés et publics du secteur des télécoms. Dans les deux cas de figures, Alcatel-Lucent joue plusieurs rôles. La société offre des conseils sur les meilleures routes et cela peut particulièrement s’appliquer à l’Afrique de l’Ouest qui est très fragmentée en terme du nombre de pays. En complément Alcatel-Lucent s’implique dans la coordination des acteurs du projet et la réalisation du backbone. Au cours des dernières années, Alcatel-Lucent a construit des backbones en Algérie, en Libye et au Maroc en ce qui concerne l’Afrique du Nord. Elle est actuellement activement impliquée dans un projet en Mauritanie avec une société minière, en Guinée avec l’opérateur Orange et au Mozambique ».

A l’heure actuelle la stratégie de construction de backbones en Afrique suit deux axes majeurs selon Frédéric Sallet.  « Elle est soit le résultat d’une politique panafricaine du groupe dont fait parti l’opérateur local (comme par exemple Orange ou MTN) ou elle est le fruit d’un partenariat public-privé (PPP) entre les acteurs locaux du secteur télécom ». Certains pays africains sont plus réceptifs que d’autres à ce second type de modèle commercial. Le niveau de développement économique ainsi que le cadre légal gouvernant la construction de backbones (un monopole de l’opérateur historique versus un cadre plus libéral favorisant la concurrence comme au Nigéria ou au Kénya par exemple) sont deux facteurs qui jouent dans la structuration des investissements dans les backbones.

Dans l’ensemble tous les pays africains ont une bonne compréhension de la nécessité de construire ou de renforcer leur réseau national mais certains pays sont plus frileux que d’autres lorsqu’il s’agit de projets PPP. Pour Frédéric Sallet, « ce sont le Nigéria, le Ghana, le Sénégal et le Kénya qui sont les pays actuellement en tête en matière d’infrastructures nationales ». En Afrique centrale, la situation est moins bonne. Certains tronçons nationaux  et transfrontaliers existent mais beaucoup restent à construire. Le Central African Backbone (CAB) devrait améliorer la connectivité internationale et transfrontalière entre la République Centrafricaine, le Tchad et le Cameroun si ce dernier pays veut bien  comprendre la nouvelle donne en matière de capacité internationale: abondance et prix bas.

En terme de route de sortie, une alternative au Cameroun serait le Gabon ou le Congo. Les backbones qui sont entrain de se construire ou vont se construire dans les différents espaces sous-régionaux de l’Afrique constitueront un premier maillage de base qui sera suivi ou non d’un maillage plus fin fonction de la demande en capacité provenant de l’intérieur du continent. Selon Frédéric Sallet, « il est aussi important de ne pas oublier la couche services au-dessus de la couche transport en d’autres termes la couche IP qui permet d’offrir aux entreprises des services tels que le VPN (virtual private network), la vidéoconférence, etc… ».

En effet si les prix de la capacité sur les backbones nationaux et transfrontaliers suivent la tendance des prix de la capacité internationale (et il n’y a de raisons pourquoi cela ne serait pas le cas), les opérateurs télécoms d’infrastructure devront étoffer leur porte folio de services en particuliers en matière de service à valeur ajoutée sous peine de voir leur chiffre d’affaire ne pas progresser. Vendre de la capacité seule ne sera peut-être pas suffisant pour joindre les deux bouts.

Meilleurs voeux de Balancing Act

Chers lecteurs, contributeurs et annonceurs

Les secteurs de télécoms et de l'Internet en Afrique termine l'année 2011 sur une note de confiance mais avec néanmoins un sentiment persistant que les choses ne seront plus vraiment semblables à ce qu’elles étaient durant les années en or du début.

L’année prochaine, les câbles sous-marins WACS et ACE seront mis en service. Leur arrivée accélèrera la baisse des prix de l accès aux services data sur le continent à un niveau proche des meilleurs prix internationaux. Les câbles sous-marins E5 (finalisation du financement en janvier 2012) et WASACE sont quant à eux encore à la recherche d un modèle commercial pour un lien reliant l Afrique au Brésil. Celui-ci pourrait être basé sur le trafic international de transit mais sinon il n y aura rien de plus en terme de câbles sous-marins dans les dix à quinze prochaines années. Les prix de la bande passante internationale sur la côte ouest de l Afrique s aligneront progressivement sur ceux pratiqués sur la côte est. Il est cependant clair que les opérateurs sont plutôt lents à partager avec leurs clients les économies réalisées suite à la baisse des prix en gros de la bande passante internationale.

    * Toujours des blocages au niveau de la chaîne de valeur: La chaîne de valeur dans la délivrance de services data aux consommateurs inclut: les coûts de transit transfrontaliers (les pays pauvres enclavés sont à plaindre), les coûts de transit nationaux et les coûts de l accès local. Tous ces coûts sont toujours trop élevés et à présent cela coûte plus par kilomètre d envoyer du trafic de Lagos à Abuja que d envoyer du trafic de Lagos à Londres. Si vous vous sentez concernés par cette question de prix élevés sur les liens transfrontaliers, nationaux et locaux, n hésitez pas à nous contacter.

Les opérateurs quant à eux rétorquent que le trafic national et le trafic international sont deux choses bien différentes et qu’il n est pas possible de comparer l un à l autre. Dans ce cas et pour jeter un peu plus de lumière sur quelque chose qui reste pour le moins vague, serait-il possible que quelques un nous explique quels sont les bases de calcul pour les prix des liens nationaux et l accès local. Les prix tomberont inévitablement tout au long du processus (nos informations sur le terrain). La vente basée sur l idée d un manque ou d un déficit, c est du passé. Demain, il s agira de vendre à des milliers de clients et pas seulement à la clientèle entreprise qui par ailleurs commence sérieusement à se demander comment les prix des services qui lui sont proposés sont calculés.

La question des prix n n’est pas le seul problème. Certains blocages dans la chaîne de valeur résultent du manque de concurrence au niveau national ou local ou de l absence d un contrôle des prix dans l hypothèse d opérateurs dominants.

Paradoxalement avec la baisse des prix, l attention commence à se porter sur la qualité des services. Certains liens transfrontaliers et nationaux clés offrent un fonctionnement/un temps de service de l ordre de 80%. Cela équivaut à environ deux mois durant lesquels les liens sont hors services! On est bien d accord que l on ne peut pas qualifier cela d un service de transmission mais plutôt d une autoroute qui est fermée six jours par mois. Sur un lien transfrontalier qui nous est familier, l opérateur public historique ne réalise pas à temps les travaux de réparation et par conséquent l opérateur historique du pays voisin a besoin de franchir la frontière pour assurer lui-même la réparation du lien de transmission. L Afrique a besoin de faire face à de nombreux challenges mais le temps de service est un problème qui a des solutions mais celles-ci nécessitent un autre type de gestion que celui proposé par les opérateurs historiques en situation de monopole. L établissement de marchés plus concurrentiels se résume largement par un meilleur temps de service et plus de choix en terme de redondance.

Le challenge pour les opérateurs (mobiles et autres) est d attirer assez d utilisateurs pour l Internet et les services data pour arriver à un « effet de masse critique » permettant d arriver à des prix aussi bas que possible.

    * Les paiements via mobile: L’interopérabilité c est pour quand? Lorsque les opérateurs télécoms ont lancé les premiers réseaux mobiles en Afrique, aucun ne s interconnectait à l autre. Le principe était que si vous aviez beaucoup d abonnés, il valait mieux se les attacher en les gardant en isolation sur votre réseau. Eventuellement certains ont convaincu d autres de s’interconnecter et le reste rentre dans l histoire. Vous allez dépenser plus à appeler des gens si vous avez plus de personnes à appeler.

Cette même conclusion s applique aux services de paiement via mobile comme M-Pesa, Airtel Money, MTN Money ou encore Orange Money. A l exception de M-Pesa, la percée de ces services est soutenue mais lente. On oublie trop souvent que M-Pesa a mis du temps à s’imposer. Pour accélérer le développement des services de paiement via mobile et leur permettre d atteindre une masse critique, les opérateurs devront être persuadés ou obligés de s interconnecter.

    * Les fréquences, encore et toujours les fréquences: Une phrase qui revient régulièrement lorsqu’ il s agit de fréquences, c’est qu’il s agit d une ressource rare (même en Afrique). Il faut bien l avouer, nous n avons nous-mêmes dit cela plusieurs fois.

Dans un rapport préparé pour l Union Africaine des Télécommunications examinant le dividende numérique résultant du passage à la télévision numérique nous avons découvert que seul un petit nombre de pays africains avaient à faire face à une demande importante en terme de fréquences allouées au secteur audiovisuel. Il s agit de pays qui ont un secteur audiovisuel bien développé en terme du nombre de chaînes disponibles et/ou assure une bonne couverture nationale.

    * Trop de projets pilotes qui ne décollent pas vraiment: Pour pousser le facteur « masse critique » dans l équation de la demande, les bailleurs de fonds ont continué à injecter de l argent dans des projets pilotes visant à améliorer l efficacité de services publics de base dans par exemple les secteurs de l éducation et de la santé. Selon notre mémoire collective, cela fait plus de dix ans que cela continue.

Dans un rapport récent intitulé «Scaling Up Mobile Health», les statistiques parlent d elles-mêmes. Entre 2008 et 2009, 23 projets m-santé ne sont jamais allés plus loin que la phase pilote. Dans d autres secteurs, des bailleurs de fonds importants ont donné de l argent à des gouvernements pour mettre en ligne des services clés comme par exemple la collection d impôts. On peut noter quelques progrès mais ils sont peu nombreux. Les intérêts acquis de fonctionnaires pas très productifs rendent cette tache encore plus difficile.

D un coté vous avez des projets pilotes financés par des bailleurs de fonds démontrant que des services de meilleure qualité peuvent être offerts (comme par exemple le projet Grameen avec des femmes enceintes et des infirmières au Ghana) face à des gouvernements qui sont incapables d intégrer et d étendre ces services à un niveau national.

Par conséquent, pourquoi ne pas mettre ces services en place d une manière plus innovante? Le gouvernement peut attribuer un contrat à un fournisseur externe qui assure la gestion du service? Un partenariat public-privé qui gère le service au nom du gouvernement. Il s agit bien de trouver des façons pour achever cela si le secteur public en Afrique veut bénéficier des TICs. Il s agit de changer le type de stimulants dans le système: arrêter de payer pour des voitures tout terrain et commencer à payer pour des services rendus.

L’année prochaine nous publierons les rapports suivants: une mise à jour du rapport sur les data centres (African Data Centre Markets) ; les perspectives de la publicité sur les téléphones mobiles et enfin le quatrième volet de notre rapport intitulé «African Telecoms and Internet Markets Part 4: Southern Africa ».

Balancing Act a lancé une chaîne TV sur le web via You Tube qui propose des interviews avec des personnages clefs du secteur. Ce n est pas seulement un supplément vidéo à nos bulletins d’information dans la mesure il propose un contenu exclusif qu’il vaut bien le coup de vérifier régulièrement. Il y a aussi des clips vidéo en français et des clips vidéo sur le secteur de l audiovisuel en Afrique qui pourront être utile à la réflexion des opérateurs mobiles à la recherche de contenu audiovisuel à diffuser. Pour s abonner cliquez ici

Balancing Act est aussi présent sur Twitter à (@BalancingActAfr ou nous postons régulièrement des informations et de temps à autres des rumeurs qui circulent dans le secteur. Nous sommes toujours dans une phase d exploration des nouveaux réseaux sociaux et vos commentaires sont les bienvenus.

Cette année, nous avons conduit un certain nombre de projets de recherche pour une clientèle très diverse. La taille de ces projets a été fonction de la demande du client et ces projets se sont traduits soit par un travail de recherche soit par une étude de conseils. Nous restons à votre disposition pour étudier votre demande de conseils ou de recherche. Face à de nouvelles situations, nous pouvons presque toujours vous fournir les données et les idées qui vous permettront de trouver la meilleure solution pour aller de l'avant.

L'ensemble de nos activités ne serait pas possible sans votre soutien et nous espérons qu'à travers les bulletins d'infos "News Update" et les "Dernières Nouvelles" nous vous offrons la possibilité de lire des informations intéressantes (voir des opportunités). Encore une fois, nous vous remercions pour votre aide en 2010 et nous comptons sur votre collaboration pour l'année 2011.

Le prochain numéro des "Dernières Nouvelles" paraîtra le jeudi 12 janvier 2012.

Cordialement

Russell Southwood
CEO
Balancing Act

Isabelle Gross
Senior Analyst
Balancing Act

Sylvain Beletre
Senior Analyst
Balancing Act


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La data mobile en Afrique: Quelles sont les perspectives en termes de chiffre d’affaires?

Lors de la présentation des résultats des six derniers mois (à fin septembre 2011), Pieter Uys, le DG du groupe Vodacom a fait le commentaire suivant concernant les bons résultats des services data en Afrique du Sud « la croissance du trafic data des smartphones est dix fois plus élevée que celle des clés USB ou des modems ». Il n’y a aucun doute que l’Afrique du Sud est le leader en termes de taux de pénétration et de chiffre d’affaires pour la data mobile mais s’agit-il d’un cas isolé ou le signal d’une tendance qui tôt ou tard s’étendra à d’autres pays en Afrique subsaharienne. Au travers d’une analyse des chiffres d’affaires de la data mobile en Afrique du Sud, au Kénya, au Nigéria et au Ghana Isabelle Gross conclut que derrière les effets d’annonces autour du lancement de réseaux 3G, les chiffres d’affaires actuels de la data mobile sont encore bien faibles.

Quelque soit l’opérateur mobile en Afrique du Sud, leurs résultats montrent une solide croissance du chiffre d’affaires de la data mobile. Entre mars et septembre 2011, le chiffre d’affaires de la data mobile de Vodacom en Afrique du Sud a affiché une croissance de 29.4% générant un chiffre d’affaires de l’ordre de 450 million de dollars US. Pour sa part MTN a enregistré un chiffre d’affaires aux alentours de 250 millions de dollars US pour la data mobile sur les six premiers mois de l’année 2011. Ces chiffres sont intéressants mais ils se prêtent mal à faire des comparaisons entre les chiffres d’affaires de la data mobile entre différents opérateurs dans différents pays. L’ARPU data (chiffres d’affaires de la data mobile/ nombre total d’abonnés mobiles) est un bien meilleur indicateur pour faire des comparaisons. En Afrique du Sud, Vodacom et MTN ont un ARPU data supérieur à 2 dollars US (2.59 dollars US pour Vodacom et 2.07 dollars US pour MTN). Avec cet élément de comparaison en tête quelles sont les performances de la data mobile au Kénya, au Nigéria et au Ghana ? Au Kénya, l’ARPU data de Safaricom est à présent à 0.32 dollars US tandis que celui de MTN au Nigéria s’établit à 0.21 dollars US. Au Ghana, MTN enregistre un ARPU data de 0.11 dollars US. L’ARPU data de MTN en Afrique du Sud est dix fois plus élevé que celui réalisé par son opération au Nigéria et ce chiffre en dit long sur la faible pénétration de la data mobile au Nigéria. Les chiffres pour le Ghana et le Kénya ne sont pas beaucoup plus encourageants même si le DG de Safaricom pourrait argumenter avec raison que son ARPU data est trois fois plus élevé que celui de MTN au Ghana.

Lorsqu’il s’agit de comparer l’ARPU data à l’ARPU total, l’Afrique du Sud est bien évidemment à nouveau en tête. Pour Vodacom en Afrique du Sud, l’ARPU data représente maintenant 15.2% de son ARPU total tandis que pour MTN, il représente 10.4% de l’ARPU total. Au Kénya, l’ARPU data de Safaricom représente 6.4% de son ARPU total. Au Nigéria et au Ghana, l’ARPU data de MTN représente respectivement 2.1% et 1.6% de l’ARPU total. Le Kénya se classe second après l’Afrique du Sud mais l’ARPU data de Safaricom est néanmoins 10 points derrière celui de Vodacom en Afrique du Sud. L’ARPU data de MTN au Ghana est dix fois plus bas que celui réalisé par son opération en Afrique du Sud. Si l’ARPU data de MTN Ghana venait à doubler chaque année, il lui faudra tout de même plus de trois ans encore pour atteindre le niveau actuel de l’ARPU data de Vodacom en Afrique du Sud.

Si ces chiffres montrent bien que les revenus de la data mobile comptent pour une très faible part dans l’ensemble du chiffres d’affaires des opérateurs mobiles africains (à l’exception de l’Afrique du Sud), ils suscitent aussi des doutes quant à la possibilité pour les opérateurs mobiles africains d’utiliser les revenus de la data mobile comme une stratégie pour protéger leur chiffre d’affaires global de l’érosion des revenus de la voix (c’est la stratégie adoptée par un grand nombre d’opérateurs mobiles dans les pays développés). Au 30 septembre 2011, le chiffre d’affaires voix de Safaricom sur les six derniers mois s’est élevé à 356.6 millions de dollars US, un recul de 26.6 millions de dollars US en comparaison avec la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires data mobile a affiché un résultat de 34.8 millions de dollars US avec un gain de 9.3 millions de dollars US par rapport avec la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires de Safaricom pour les SMS était légèrement en recul (-0.4%) mais le chiffre d’affaires de son service de paiement via mobile, M-Pesa, enregistrait par contre un gain de 29.9 millions de dollars US passant de 59.8 millions de dollars US à 89.2 millions de dollars US. Les chiffres ci-dessous indiquent clairement que les revenus de la data mobile n’auraient pas été suffisants pour couvrir la perte de revenus dans le segment voix. Ce sont plutôt les revenus que Safaricom tirent du service M-Pesa qui ont couvert les pertes dans le segment voix.

La plupart des opérateurs mobiles africains sont encore très loin de générer un chiffre d’affaires de la data mobile qui en vaille « vraiment la chandelle » mais qui plus est au court terme cela limite leurs options quant aux stratégies utilisables pour pallier à la chute du revenu du segment voix.

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