L'éditorial du mois

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Les opérateurs télécoms africains peuvent réclamer des crédits-carbone grâce à un nouveau programme lancé par Nedbank Capital

Bien qu’un grand nombre d’opérateur télécoms africains utilisent du diesel pour alimenter leurs stations de base et d’autres équipements télécoms, la « révolution verte » qui devrait les avoir utiliser plus d’énergies renouvelables, reste encore à venir. Les façons de penser telles que « c’est comme ça qu’on fait les choses ici » changent difficilement mais tôt ou tard, les opérateurs télécoms devront incorporer le «facteur vert » dans la gestion de leurs réseaux en Afrique. C’est dans cette perspective que Nedbank Capital a développé un programme qui permet aux opérateurs télécoms de prétendre à des crédits-carbone. Isabelle Gross s’est entretenue avec Fritz Milosevic, responsable des investissements à Nedbank Capital, sur ce nouveau programme et comment les opérateurs télécoms peuvent en tirer partie pour générer un revenu complémentaire des crédits-carbone.

Des opérateurs d’envergure mondiale avec des opérations en Afrique ont déjà annoncé leur engagement à réduire leurs émissions en CO2. Le groupe Vodafone a dit qu’il allait réduire ses propres émissions par 50% à l’horizon 2020 (sur la base des émissions produites en 2006/2007) tandis qu’Orange/France Telecom avançait une proposition similaire. L’opérateur réduira ses émissions en CO2 de 20% par rapport au niveau enregistré en 2006 pour 2020. Le groupe sud-africain MTN a quant à lui signé la Déclaration de Copenhague sur les changements climatiques et vient de publier son premier rapport analysant ses émissions en CO2 et ses conséquences sur l’environnement et les changements climatiques.

Derrières ces grandes annonces de bonnes intentions, les solutions d’énergies renouvelables pour alimenter les stations de base et d’autres équipements télécoms offrent de réelles opportunités de considérablement réduire les coûts opérationnels et de décroître la dépendance vis-à-vis du diesel des opérateurs mobiles africains. Dans un rapport publié en février 2011, Balancing Act explique comment les opérateurs peuvent réduire leur coûts opérationnels en optimisant la consommation énergétique de leurs stations de base et comment ils peuvent aussi ramener leur facture diesel à zéro en passant aux énergies renouvelables comme le solaire ou le vent (voir lien vers le rapport au bas de l’article). Le rapport souligne aussi que « les opérateurs mobiles ne devraient pas prendre le manque d’expertises techniques pour une excuse pour ne rien faire. Les opérateurs mobiles en Afrique doivent prêter plus d’attention aux coûts associés aux opérations qu’ils gèrent. Dans cette perspective, les dépenses énergétiques figurent  dans le top palmarès des dépenses à contrôler ».

Selon Fritz Milosevic de Nedbank Capital «parmi les autres projets verts pour les opérateurs, il y a les centres data et les solutions de recharge pour les mobiles. Ils donnent l’opportunité aux opérateurs de générer des crédits-carbone ou de réduite leur empreinte en CO2. Bien que les possibilités de générer des crédits-carbone se trouvent au cœur de leurs réseaux, les opérateurs mobiles en savent très peu sur les crédits-carbone. Par conséquent ils sont très réticents à dépenser de l’argent (en interne ou en externe) dans des programmes de crédits-carbone ».

Face à cette contradiction et la complexité inhérente du marché des crédits-carbone, Nedbank Capital a développé un service qui permet aux opérateurs télécoms de réclamer des crédits-carbone pour le déploiement de « solutions vertes ». Pour Fritz Milosevic, le programme enlève la nécessité pour les opérateurs télécoms d’avoir à comprendre la réglementation compliquée gouvernant les crédits-carbone et leur permet d’optimiser le revenu potentiel qu’ils pourront tirer de la vente de leurs crédits-carbone. Il y a deux façons de réclamer des crédits-carbone soit par le Mécanisme de développement propre (MDP) soit par une procédure volontaire. Le MDP est  une procédure en 7 étapes soumise à certification tandis que la procédure volontaire a développé des standards moins astreignants dans la mesure ou elle vise plus à la pérennité du projet qu’à son impact sur les changements climatiques. Une conséquence moins intéressante de la  procédure volontaire, c’est que le crédit-carbone vaut moins que celui généré via un projet MDP. Pour Fritz Milosevic, la chose la plus importante pour l’instant est que le programme provoque un déclic chez les opérateurs dans leur façon de penser et suscite une discussion sur les questions de développement durable vue de leur perspective. Il n’y a pas de quota minimum de stations de base « vertes » installées ou en phase d’installation pour rejoindre le programme de crédits-carbone initié par Nedbank Capital.

Selon une étude de cas réalisée par Nedbank Capital, les opérateurs mobiles peuvent générer un revenu annuel complémentaire de l’ordre de 6% pour chaque station de base qui utilise des énergies renouvelables comme sa principale source d’alimentation (en assumant une économie d’énergie de 75%). Cela semble peu mais au regard de la baisse des ARPUs voix et des revenus incertains sur les services data, les opérateurs mobiles seront peut-être d’avis que cela permettrait d’améliorer leur chiffre d’affaires ou de payer en partie pour les coûts de déploiement de solutions vertes pour les stations de base. Le programme initié par Nedbank Capital a pour but de motiver les opérateurs télécoms à utiliser des énergies renouvelables lorsqu’ils mettent en place de nouveaux équipements ou renouvèlent leurs équipements existants. Selon Fritz Milosevic, le programme s’adresse à l’ensemble des opérateurs télécoms -  petits ou grands, locaux ou internationaux. Il ajoute que « les opérateurs devraient joindre le programme maintenant. Quelque soit l’avancement de vos projets, venez nous en parler. Nous pouvons définir un programme taillé sur votre plan de déploiement et vous fournir un mécanisme de contrôle qui vous aidera à générer des crédits-carbone ou à réduire votre empreinte d’émissions en CO2 ».

L’adoption de “solutions vertes” dans l’industrie télécoms en Afrique est lente mais il y a des signes encourageants. Progressivement certains opérateurs augmentent le nombre de stations de base fonctionnant aux énergies renouvelables – de moins d’une douzaine à plus d’une centaine. L’opérateur mobile namibien MTC a annoncé à la fin du mois d’avril, des tests concernant une nouvelle manière de générer de l’électricité via l’énergie éolienne. La turbine éolienne est directement montée sur la tour radio alors que la majorité des systèmes suppose une structure séparée. Il n’est pas trop difficile de calculer les économies réalisées – la construction d’une tour séparée – sur le coût global de ce projet d’énergies renouvelables.

De plus en plus d’opérateurs mobiles (même le petit opérateur que j’ai récemment visité au Libéria, y pense !) se lancent dans des expérimentations de solutions basées sur des énergies renouvelables. En termes de connaissance et de compréhension de ces questions par les opérateurs télécoms, on vient de dépasser le stade embryonique et il faut certainement encourager des banques africaines qui sont prêtes à offrir des services innovants et à supporter des projets porteurs en matière d’énergies renouvelables.

Pour de plus amples information sur le rapport de Balancing Act intitulé  “Energy for Cellular Base Stations in Africa: the quick fix approach and the long term perspective to saving energy”, cliquez sur le lien suivant

Vidéos et films: la prochaine étape pour les internautes mobiles

La vitesse à laquelle Facebook a été adoptée dans les pays du continent africain qui servent de baromètre pour mesurer les adoptions précoces a été impressionnante. Twitter est un peu à la traîne avec des chiffres plus petits mais ce n’est qu’une question de temps. Le réseau social MXit en Afrique du Sud a connu une forte adoption. Ce qui a manqué dans l’explosion des médias sociaux c’est l’intérêt pour les vidéos et les films via des sites comme YouTube et Vimeo. Russell Southwood argumente que cette montée en puissance est proche et sera supporter par le mobile.

Alexa.com propose un classement des sites internet pour 14 pays africains. La liste ci-dessous donne le classement de YouTube pour ces pays.

Egypte: 3
Algérie: 3
Tunisie: 3
Maurice: 4
Afrique du Sud: 4
Ouganda: 5
Tanzanie: 5
Congo-B: 5
Kenya: 5
Sénégal: 5
Nigéria: 6
Ghana: 6
Côte d’Ivoire: 6
Madagascar: 8

La chose la plus incroyable dans ce classement c’est le niveau élevé d’usage  qui est clairement là bien avant la capacité pour assurer une bonne transmission. Les jeunes sont les principaux utilisateurs et le fait qu’une université du Ghana a interdit à ses étudiants d’y accéder durant les heures de travail, est un bon indicateur de sa popularité.

Le contenu audiovisuel sur l’Afrique ou issu de l’Afrique est inégal. Il y a beaucoup de choix pour certains types de contenu comme les films et la musique mais presque rien sur beaucoup d’autres sujets. Quelques exemples permettent d’avoir une idée de l’intérêt suscité sur la base du nombre de vues. Evidemment toutes ces vues ne viennent pas seulement du continent mais selon notre propre expérience (ci-dessous) beaucoup plus viennent du continent que ce que les plus sceptiques veulent bien croire.

Musique nigériane:
Timaya/Platinum Boy                  707,234
Ono 2 Sexy/Jusustina                 401,778
I go chop Yo Dollar                     151,326
Highlife from Ghana
(musique par Tumi Ebow Ansa)    64,092

La presse en Afrique est très petite parce que dans de nombreux pays les gens préfèrent écouter la radio ou regarder la télévision. Si ce constat général se révèle exacte alors il est encore plus exact pour le groupe de gens entre 18 et 35 ans qui poussent ce type d’usage. Un responsable de la publicité m’a dit que «mon amie a cessé d’acheter un journal. Elle lit les titres sur son mobile. Et elle est toujours au courant des nouvelles avant moi…. ».  Il ne faut pas avoir trop d'imagination pour voir que les clips phares et les nouvelles de dernières minutes seront populaires.

Alors comment est-ce que ce flux de vidéos arrive sur votre téléphone portable? Bien, la réponse la plus simple c’est par l’Internet et même si le nombre de « smartphones » est toujours au environ d’une centaine de milliers, ce nombre pourrait facilement atteindre 25% des usagers dans certains pays. Lorsqu’une personne dans un groupe d’amis montre aux autres un clip rigolo ou désobligeant, ne pensez-vous pas quand les autres amis vont rentrer chez eux ils vont vouloir le même portable ? Si le prix est juste, les clips vidéos seront un moteur pour l’adoption de smartphones.

Construire une stratégie commerciale basée sur le téléchargement de ce contenu gratuit sur des mobiles doit donner aux opérateurs des nuits sans sommeil. Bien sur, il est possible de le supprimer ou de le contenir mais c’est comme un train de marchandise donc il sera difficile de le stopper.

Comme toujours, la réponse quant à la stratégie commerciale est prévisible encore faut-il qu’elle soit correcte. Il y a trois options:
- un abonnement prépayé par carte avec un accès Internet
- la vidéo à la demande en mode prépayé avec des prix aussi attractifs que possible pour encourager les utilisateurs
- la publicité permettant à une  société d’afficher son logo et ses couleurs sur l’ensemble de la chaîne et de paraître «cool » auprès des jeunes

La TV par IP et la fibre au cabinet: Moteur de croissance pour Orange Maurice

Des projets de fibre optique au cabinet ont été annoncés dans les plus grands marchés africains: la société Jamil au Kenya, i3 en Afrique du Sud et Algérie Telecom ont lancé des pilotes. Pour la plupart des opérateurs télécoms, la prochaine étape après les réseaux métropolitains c’est la fibre au cabinet. Ensemble, ils permettront aux opérateurs de téléphonie fixe de se « réinventer » et de se placer en tête de la concurrence mais pour ce faire il faut une bonne combinaison d’investissements consistants dans le réseau fibre et dans le contenu qui sera proposé sur le réseau nouvellement créé. La semaine dernière Russel Southwood a discuté de l’expérience d’Orange Maurice avec Sarat Lallah, son DG.

Bien que Maurice fasse partie de l’Afrique, le pays est bien différent du reste du continent. Le niveau de vie est considérablement plus élevé et c’est une île géographiquement compacte avec une bonne infrastructure et un taux de pénétration de la téléphonie fixe élevé. Le pays a toujours été un bon indicateur de ce qui va se passer en Afrique parce qu’il a souvent investi dans la technologie avant les autres: c’est par exemple le premier endroit ou un déploiement commercial de la 3G a été réalisé. La stratégie du gouvernement de développer une cyber-ile a suscité de nombreuses critiques mais son objectif de promouvoir l’externalisation de services comme un facteur de croissance montre que cela peut être fait. Des imitateurs dans d’autres pays africains ont eu moins de succès. Par conséquent il est possible de tirer une leçon de son expérience même si Maurice est très différente d’autres pays en Afrique. 

Orange Maurice a commencé à investir dans la fibre au cabinet avec une phase test à Wolmar sur la côte ouest en 2006. En 2007 l’opérateur avait installé 15 cabinets et cela a été étendu à 77 cabinets cette année. Selon Sarat Lallah, le DG « nous en installons toujours et nous souhaitons accroître la couverture à l’ensemble de l’île. Nous plaçons les cabinets dans la rue et le raccordement final est en cuivre ».

L’objectif global est d’offrir une couverture à l’ensemble de la population ou presque pour 2015. En parallèle à ce réseau, l’opérateur a déployé de la fibre aux entreprises. « Nous avons installé de la fibre dans les hôtels et les entreprises implantées dans la cyber-cité d’Ebène en utilisant notre réseau GPON. Toutes les administrations centrales sont équipées de connexions à 100 mbps ».

Pour encourager l’usage des utilisateurs sur son réseau fibre, Orange Maurice a lancé en 2006 un service TV par IP sous le label « MyT » offrant des titres en VOD et 18 chaînes TV. Le contenu s’est accru au cours du temps en particuliers une fois que les questions de droits ont été résolues. En 2010, l’opérateur a lancé un bouquet avec 5 chaînes indiennes et il y aura 10 chaînes supplémentaires pour le lancement d’Orange Expo plus tard cette année. L’opérateur offre maintenant 500 titres en VOD dont 20% de contenu mauricien.

En 2006, la couverture était seulement de 60% mais cela a considérablement augmenté et en 2015 la couverture universelle sera presque atteinte. La vitesse de téléchargement est en moyenne de 5mbps tandis que la vitesse ascendante est de 684 kbps et le service est proposé aux clients via 3 plans: 1mbps, 2mbps et 4 mbps avec des ratios de partage différents.

Les opérateurs historiques en Afrique semblent hypnotisés par le succès des opérateurs mobiles et lorsqu’ils ne possèdent pas leur propre filiale mobile c’est avec envie qu’ils lorgnent des licences GSM. La prochaine phase de développement (voix et données) sera du trafic IP sur fibre. Par conséquent il faut qu’ils s’accrochent à leurs plans et investissent dans des réseaux nationaux et métropolitains en fibre.

Le contenu sera le moteur pour les services résidentiels. Dans de nombreux pays il y a une classe moyenne d’une taille significative qui formera les premiers clients pour ces services. Pour l’opérateur historique le choix crucial est quant à se limiter uniquement au transport du contenu (en s’alliant avec des fournisseurs existants de TV payante) ou à devenir un fournisseur de contenu de plein droit.

Quelque soit le choix c’est le chemin qui permettra de transcender les acquis du fixe. La data mobile avec la technologie LTE offrira bien plus mais ceux qui le peuvent voudront être assis devant un écran d’une taille décente et un clavier avec une connexion du tonnerre. Ils voudront s’asseoir devant un écran TV pour regarder des films et du sport et non pas s’agglutiner autour d’un smartphone équipé de la technologie LTE. Les opérateurs historiques ont traversé une phase grâce au déploiement de la technologie CDMA mais maintenant il leur faut trouver les financements pour devenir sérieux. Après tout, il y a une vie après le mobile…

Glo ambitionne de devenir un acteur majeur dans les segments mobile et fibre en Afrique de l’Ouest

L’opérateur nigérian Globacom s’est progressivement construit une position en Afrique de l’Ouest par l’acquisition de licences mobiles et le nombre croissant d’opérateurs souhaitant se connecter à son câble sous-marin Glo One. Russell Southwood s’est entretenu avec Mohamed Jameel, le COO de Globacom sur les ambitions de l’opérateur en matière de technologie LTE et de fibre optique.

Q: Quelle est la situation à l’heure actuelle dans le segment du mobile au Nigéria ?

Nous sommes proche de la saturation. Les opérateurs sont maintenant très agressifs pour conquérir les quelques clients qui restent. Il est crucial de maintenir sa clientèle existante et par conséquent on se concentre sur la rétention. Nous envisageons de lancer des programmes de fidélisation. La guerre des prix entre les opérateurs est un bon indicateur de la situation actuelle. Les tarifs « on-net » sont tombés à 25-30 Kobos mais pas grand-chose n’a encore été fait en ce qui concerne les tarifs « off-net ».

Les réductions de prix alors que le marché est proche de la saturation vont heurter les opérateurs. Ils devront réduire leurs coûts et se préparer à recevoir un coup financier. Les programmes d’investissement seront retardés. Lorsque les prix tombent, l’usage augmente et par conséquent il vous faut un réseau robuste. Ce n’est pas un modèle sain particulièrement dans un marché comme le Nigéria ou les coûts sont très élevés.

Q: Comment sont vos ventes au niveau des services data ?

La pénétration des ordinateurs est très basse mais nous sommes entrain de rattraper le retard grâce à une croissance à deux chiffres. Les potentiels sont bons. Les services data ont augmenté de façon impressionnante. Il y a environ 70,000-80,000 abonnés utilisant la 3G via leur ordinateur portable et les mobiles intelligents représentent environ 5% de nos abonnés. Beaucoup de personnes utilisent les services Blackberry.

Q: Vous avez annoncé que vous étiez entrain de tester la technologie LTE. Quand comptez-vous commencer à déployer ?

Nous venons juste de commencer les tests mais nous serons les premiers sur le marché en terme de commercialisation. Nous sommes entrain de tester 30-40 sites à Lagos et les vitesses sont impressionnantes. Avant de commercialiser le service, nous devrons avoir l’accord du régulateur parce que nous opérerons la technologie LTE sur une autre bande de fréquence. A présent nous utilisons une combinaison de bandes de fréquence GSM et 3G mais lorsque nous nous lancerons commercialement nous voulons utiliser des fréquences 2.1 et 2.6. La technologie LTE a besoin de portables et de modems spécifiques et ces équipements ne sont pas encore disponibles sur le marché.

Q: Le câble Glo One est arrivé mais qu’en est-il des services ?

Le câble est « live » à Londres, Accra et Lagos. Il y a de nombreux clients pour l’Internet haut-débit entre Londres et Lagos. En ce qui concerne Accra, nous pensons avoir des clients bientôt.

Q: Mis à part le Nigéria, dans quels autres pays avez-vous des licences ? Quels sont vos plans d’expansion ?

Nous avons des licences en Gambie, en Côte d’Ivoire et au Sénégal et nous sommes déjà opérationnel au Ghana, au Bénin et au Nigéria. Lorsque les opérations dans ces derniers pays seront bien établies, nous irons dans les autres pays ou le câble est arrivé. Nous escomptons aussi obtenir des licences dans 2 ou 3 autres pays en Afrique de l’Ouest. Nous avons 16 branchements sur le câble Glo One et nous souhaiterions les proposer dans d’autres pays en particulier dans les pays enclavés ou les opérateurs peuvent obtenir une licence pour un réseau terrestre. Nous examinons aussi la possibilité de créer un anneau entre Accra et Lagos avec un lien terrestre via la Guinée pour compléter le lien maritime de Glo One.

Q: Ou en êtes-vous avec la station de Glo One au Sénégal ?

Nous avons déjà posé 200km de câbles et nous sommes en discussion avec Expresso. Nous ambitionnons de devenir la plus grande passerelle en Afrique de l’Ouest et de dominer le marché international voix dans la région.

En terme d’acheminement de la capacité vers l’intérieur du Ghana et du Nigéria, nous aurons soit notre propre réseau terrestre soit nous établirons des partenariats avec d’autres opérateurs.

Q: Quels sont les prix en gros maintenant au Nigéria ?

Le Nigéria a été un marché prédominament satellitaire à cause des problèmes de Nitel et par conséquent nous avions de bons espoirs lorsque nous avons été connectés. Aujourd’hui il y a 3 opérateurs (SAT3/Nitel, Main One et Glo One) et par conséquent les prix ont baissé. Au départ, les prix étaient de l’ordre de 1,500 à 2,000 dollars US par méga par mois et ceux-ci sont maintenant tombés aux alentours de 400 à 500 dollars US par méga par mois. Deux câbles supplémentaires sont prévus et par conséquent les prix baisseront encore.

Dans le temps nos connexions étaient à 100% satellitaires mais maintenant 15 à 25% du marché est passé à la fibre. D’autres ont commencé le processus de transition mais ils doivent attendre la fin de leur contrat. Certains gardent un peu de capacité satellitaire pour des raisons de redondance. Sur l’international, nous utilisons à 100% la fibre, les connexions satellitaires sont pour le trafic domestique avec des BTS éloignés et cela touche environ 10 à 15% de nos BTS.

La structure des prix des services de paiement via mobile: des services à deux vitesses pour la plupart des opérateurs mobiles africains

Il y a quatre ans presque jour pour jour, Safaricom laissait M-Pesa au Kenya. L’opérateur mobile qui a introduit le premier service de paiement via mobile le 6 mars 2007, a depuis été témoin de l’introduction de ce service par d’autres opérateurs mobiles dans plusieurs autres pays africains incluant des services concurrents dans son propre pays. Juste pour nommer quelques pays qui ont introduit des services de paiement via mobile, on peut citer l’Afrique du Sud, Madagascar, l’Ouganda ou encore la Côte d’Ivoire. Pourtant  aucun des services mobiles dans ces pays n’ont encore atteint la diversité et l’étendue des services de paiements via mobile offerts par Safaricom. L’opérateur mobile offre bien sur les services standards de paiements via mobile mais aussi des transferts internationaux, des comptes bancaires, le paiement de factures, l’achat de biens et de services ou encore une carte de retrait – en somme tous les services que vous escomptez d’une banque traditionnelle. Les services de paiement via mobile ont bien pris racine en Afrique et ils s’en développeront plus dans le futur. Ces services ont aussi démontré qu’il est bien possible d’en faire beaucoup plus avec un téléphone standard que de simplement passer des appels. Si les services de paiement via mobile méritent qu’on leurs décerne des couronnes de lauriers, il n’en reste pas moins que des améliorations restent à faire et en particulier en ce qui concerne la structure des prix qui gouverne ces services en Afrique. C’est la conclusion à laquelle aboutit l’analyse réalisée par Isabelle Gross des services de paiement via mobile de quatre opérateurs à savoir Safaricom au Kenya, Orange en Côte d’Ivoire, Telma à Madagascar et MTN en Ouganda.

L’inscription au service de paiement via mobile proposé par chacun de ces quatre opérateurs est bien sur gratuite. Le client sera peut-être amené à échanger sa puce SIM pour une nouvelle pour être en mesure d’utiliser le service de paiement via mobile. A MTN Ouganda, l’échange de la puce SIM est gratuit pour les clients post-payés mais les clients prépayés devront payer une petite charge de moins d’un dollar US (1,500UGX). L’opérateur mobile Telma à Madagascar propose l’échange de la puce SIM pour un plus d’un dollar US (2,000 Ariary). Cependant, tous les quatre opérateurs limitent l’accès au service de paiement via mobile à leurs propres abonnés. MTN Ouganda présente cette limitation d’une manière plutôt positive en disant « ce service est ouvert à tous les abonnés mobiles de MTN » tandis que Safaricom au Kenya mentionne cette limitation de façon plus cursive lorsqu’il détaille les informations dont les clients doivent se munir pour s’inscrire au service. « Vous devrez présenter à l’agent votre numéro de mobile Safaricom, votre nom de famille et votre prénom, votre date de naissance et un document officiel attestant votre état civil ». La limitation du service aux abonnés de l’opérateur mobile encourage grandement à posséder plusieurs puces SIM. Si un client n’est pas un abonné de MTN Ouganda ou d’ Orange Côte d’Ivoire ou encore de Telma Madagascar et de Safaricom mais souhaite utiliser leur service de paiement via mobile, il ne lui reste plus qu’à acheter une puce SIM de l’un de ces opérateurs. Enfin de compte il se retrouvera avec deux puces SIM l’une qu’il utilisera pour ses appels et l’autre pour ses transferts d’argent par mobile.

Cette approche commerciale « du jardin clôturé » que les opérateurs mobiles pratiquent pour l’inscription à leur service de paiement devient encore plus évidente lorsqu’on analyse la structure des prix des transferts. Le dénominateur commun entre ces quatre opérateur est le suivant: si vous faites un transfert d’argent à un abonné qui a souscrit au service de paiement via mobile, les frais de transferts seront moins chers mais si vous transférez de l’argent à une personne qui n’a pas souscrit au service ou qui est abonné auprès d’un autre opérateur mobile alors les frais à payer peuvent être cinq fois voire même 20 fois plus que les frais à payer pour un transfert vers un abonné inscrit.

A Telma Madagascar, les transferts en faveur d’un abonné qui a souscrit au service s’établissent comme suivent: il vous faudra payer 0.14 dollar US (250 Ariary) pour transférer un montant entre 0.07 dollar US et 3.7 dollars US (100 à 500 Ariary) mais il vous en coûtera  trois fois plus pour transférer le même montant d’argent à une personne qui n’a pas souscrit au service ou qui n’est pas un abonné de Telma. Pour des transferts d’argent d’un montant plus élevé, la différence entre les frais de transferts s’accentue. Il vous en coûtera 2.2 dollars US (3,000 Ariary) pour transférer un montant entre 731 dollars US et 3,652 dollars US (1,000,001 et 5,000,000 Ariary) mais il vous faudra débourser 3.6 fois plus si ce transfert est en faveur d’une personne non-inscrite.

A Safaricom au Kenya, la différence entre les frais est similaire lorsqu’il s’agit d’un transfert vers « une personne membre du réseau » et « une personne qui n’est pas membre du réseau ». Il vous en coûtera  0.12 dollar US (10 KShs) pour transférer un montant d’argent entre 0.60 dollar US et 1.20 dollar US (50KShs et 100KShs) à un abonné inscrit au service tandis que cela vous faudra débourser 7.5 fois plus pour transférer le même montant à une personne non-inscrite ou d’un autre réseau mobile. Pour des transferts d’un montant plus élevé, la différence entre les frais est encore plus importante. Il vous en coûtera 0.36 dollar US pour transférer un montant entre 1.2 dollars US et 850 dollars US (101KShs et 35,000KShs) mais 14 fois plus pour un transfert vers une personne non-inscrite.

Chez MTN Ouganda, c’est la même histoire à nouveau. Il vous en coûtera 0.34 dollar US (800UGX) pour transférer un montant entre 2.12 dollars US et 425 dollars US (5,000UGX et 1,000,000UGX) en faveur d’une personne inscrite au service mais cela sera deux  fois plus cher de transférer 2.12 dollars US à une personne non-inscrite et presque 24 fois plus cher de transférer le montant plus élevé de 425 dollars US. Les prix des frais de transferts à des abonnés non-inscrits et à des abonnés d’autres réseaux sont tellement prohibitifs qu’ils deviennent un argument supplémentaire pour obtenir une puce SIM de l’opérateur proposant le service de paiement via mobile.

Orange en Côte d’Ivoire ne pratique pas cette différence de prix dans les frais de transferts mais c’est seulement parce que l’opérateur mobile propose uniquement son service de paiement via mobile à ses abonnés inscrit. Juste pour le plaisir de la comparaison, il vous coûtera 0.36 dollar US (150 CFA) pour transférer un montant d’argent entre 0.1 dollar US et 10.86 dollar US (5CFA et 5,000 CFA) et 4.35 dollars US pour transférer un montant entre 109 dollars US et 217.4 dollars US (50,005 CFA et 100,000 CFA).

Pour retirer l’argent transféré, les personnes non-inscrites sont mieux loties que les abonnés qui ont souscrit au service. Chez MTN Ouganda, Telma Madagascar et Safaricom au Kenya, le retrait est gratuit pour des abonnés non-inscrits et les abonnés des autres opérateurs. Cela explique partiellement pourquoi les frais de transferts sont si élevés pour les personnes non-inscrites. Pour les abonnés inscrits, les opérateurs mobiles partage les frais de transfert et de retrait entre l’envoyeur et le receveur. En répartissant les frais entre l’envoyeur et le receveur, le service parait aussi moins cher. En plus les frais de retrait d’un abonné inscrit sont bien plus élevés que les frais de transfert dont l’envoyeur doit s’acquitter.  Les opérateurs mobiles sont de fins psychologues et ils en savent long sur les mentalités humaines: il est plus facile de payer (les frais de retrait) avec de l’argent qui ne vous appartient pas encore totalement (l’argent transféré). Pour retirer 850 dollars US (35,000KShs), il vous en coûtera environ 2 dollars US (170KShs) avec Safaricom. MTN Ouganda vous facturera presque 4 dollars US (9,000UGX) pour un retrait d’un montant de 425 dollars US (1,000,000UGX) tandis que Telma Madagascar exigera 4.4 dollars US (6,000 Ariary) pour retirer 3,652 dollars US (5,000,000 Ariary).

Malgré les frais de retrait dont les abonnés inscrits doivent s’acquitter, la différence en terme de coût total (les frais de  transfert et les frais de retrait) entre les abonnés inscrites les personnes non-inscrites reste considérable.

A Telma Madagascar, c’est 1.2 fois plus cher pour une personne non-inscrite.
- 3,000 Ariary pour le transfert et 6,000 Ariary pour le retrait pour un abonné inscrit
- 11 Ariary pour le transfert et le retrait pour une personne non-inscrite

Chez Safaricom, c’est deux fois plus cher pour une personne non-inscrite.
- 30KSsh pour le transfert et 170KSsh pour le retrait pour un abonné inscrit
- 400KSsh pour le transfert et le retrait pour une personne non-inscrite

A MTN Ouganda, c’est aussi presque deux fois plus cher pour une personne non-inscrite.
- 800UGX pour le transfert et 9,000UGX pour le retrait pour un abonné inscrit
- 19,000UGX pour le transfert et le retrait pour une personne non-inscrite

Pourquoi une telle différence de prix entre un abonné inscrit et l’abonné d’un autre réseau ? Les processus sous-jacents au transfert et au retrait sont les mêmes pour les abonnés inscrites et les abonnés des autres réseaux  et par conséquent les coûts pour les opérateurs mobiles sont les mêmes aussi. MTN Ouganda présente son service de paiement via mobile comme «la banque virtuelle qui comble le fossé envers la population n’ayant pas accès au service bancaire». Cela semble un peu surfait lorsque son service de paiement fonctionne comme un service à deux vitesses: un service moins cher pour les abonnés de l’opérateur et un service plus cher pour les abonnés des autres opérateurs. Est-ce l’inter polarité entre des systèmes de paiement concurrents qui aura raison de cette approche commerciale de « jardin clôturé ». Nous verrons bien quelle position les opérateurs mobiles adopteront lorsqu’ils devront mettre en œuvre une inter polarité de leurs services. Cela arrivera tôt out tard.

Les tarifs des quatre opérateurs sont disponibles aux liens suivants :
- Safaricom: http://www.safaricom.co.ke/index.php?id=255
- MTN Uganda: http://www.mtn.co.ug/MTN-Services/Mobile-Banking/MTN-MobileMoney-Rates.aspx
- Orange Money Côte d’Ivoire: http://orangemoney.orange.ci/transfert.php
- Telma Madagascar: http://www.mvola.mg/tarifs.html
  
Les stratégies web de médias d'Afrique:

stratégie web d'Afrik.com - par Frank Salin, rédacteur en chef
http://www.youtube.com/watch?v=ZrqKyCJcJlM&feature=channel_video_title

stratégie web d'Africa no.1 - par Dominique Guihot - Dir
http://www.youtube.com/watch?v=cSsR-Qpyvh0&feature=channel_video_title

stratégie web de TV5 Monde Afrique - par Denise Epoté, directrice de TV5 Monde Afrique
http://www.youtube.com/watch?v=e6-daYgbSi0&feature=channel_video_title

stratégie web de Canal+ Afrique, émission "+ d'Afrique" - par JF Hassoun, co-producteur, Libero Films
http://www.youtube.com/watch?v=8OqCQ3Poq_o&feature=channel_video_title

La guerre des prix en Afrique de l’Est: les DG de Safaricom et d’Orange Ouganda s’expliquent sur les pressions qu’elle impose aux les opérateurs

La guerre des prix fait maintenant partie de la vie du secteur mobile en Afrique et il y a peu de réseaux qui soient aussi concurrentiels en ce moment qu’en Afrique de l’Est. Des tarifs toujours plus bas mettent même beaucoup de pression sur des opérateurs aussi bien établis et dominant que Safaricom au Kenya.  Les opérateurs partagent le sentiment qu’il faut qu’ils y participent  pour gagner plus de parts de marché. Les premiers résultats pour ceux qui se sont engagés dans cette voie sont modestes. La concurrence sur la qualité et les services est moins médiatisée en tant que stratégie mais elle fait certainement partie de leur approche. Russell Southwood s’est entretenu avec deux DGs très différents qui se trouvent au cœur de cette guerre des prix. Il s’agit de Bob Collymore, le DG de Safaricom et de Philipe de Luxcey, le DG d’Orange Ouganda, le premier défendant sa position d’opérateur dominant alors que le second cherche à développer son réseau. 

- L’entretien avec Bob Collymore est centré sur la qualité du réseau, le service clientèle, la technologie LTE et le développement de contenu local.

La guerre des prix au Kenya s’est récemment traduite par une annonce d’Airtel d’une baisse des prix des appels de 8 shillings à 3 shillings par minute. L’opérateur a par la suite « rectifié le tir » en annonçant qu’il s’agissait d’une promotion et non pas d’un nouveau tarif. L’homme qui se trouve sur des chardons ardents, c’est Bob Collymore, le DG de Safaricom, l’opérateur qui a la plus grosse part de marché du segment mobile au Kenya.

« Notre part de marché sur la base du nombre d’abonnés s’élève à 77%. Notre ARPU est plus élevé que celui des autres. Nous avons une position significative sur le marché mais nous avons le sentiment que c’est parce que les autres n’étaient pas vraiment compétents. La direction en charge du second opérateur manquait de consistance par exemple. Nous sommes ok avec l’idée de perdre des parts de marché (aux regards des tarifs d’appels irréalistiquement trop bas) et de nous concentrer sur Nairobi et les communautés disposant de revenus confortables. Les populations qui habitent dans des endroits reculés reçoivent plus d’appels (qu’ils n’en font). Si les tarifs continuent à baisser, pourquoi est-ce que je devrais continuer à le faire aussi ? »

Collymore souhaiterait que le Gouvernement fixe un prix plancher en dessous duquel les tarifs d’appels ne peuvent pas être réduit. Cela a été fait au Congo RDC et au Sri-Lanka. « Une solution alternative serait de taxer les appels à bas prix mais une taxe ne résoudra pas les autres problèmes (comme les besoins d’investissements). Face à ces challenges, Bob Collymore dit qu’il sera nécessaire d’adopter un autre modèle commercial plus centré sur les services professionnels à valeur ajoutée. « Nous n’emploierons plus des personnes diplômés dans nos centres d’appels. Pour l’instant nous évitons d’externaliser ». C’est un message clair pour le Gouvernement. En plus de ce message alarmant, il y a les pertes financières pour l’Etat, actionnaire de Safaricom.

Avec cette guerre des prix et d’autres problèmes, Bob Collymore a beaucoup communiqué avec les médias cherchant à ne rien cacher de telle sorte qu’ils ne viennent pas le hanter plus tard dans son parcours. Il s’agit d’une personne beaucoup plus douce que son prédécesseur et il est bien conscient des challenges qui l’attendent.

Sur le sujet de notoriété publique du réseau congestionné de Safaricom: « Lors de mes rencontres avec des clients, il est clair que la qualité du réseau est un souci pour beaucoup d’entre eux. Les gens vous disent des choses si vous les écoutez. Notre trafic a beaucoup augmenté. Notre trafic dans la semaine 50 de 2010 était 100% plus élevé que la même semaine en 2009 ».

Et du côté des services data? « Nous ne sommes pas aussi vulnérable que sur le segment voix. Ce n’est pas mauvais et nous n’avons pas autant de plaintes concernant les prix et la couverture. Mes 3,000 adeptes sur Twitter me le diraient si quelque chose n’allait pas ».

Le service clientèle très peu réactif de Safaricom : « l’accès aux centres d’appels aurait du être mieux contrôlé. Chaque jour nous recevons en moyenne 500,000 tentatives d’appels mais nous avons seulement une capacité de 100,000 appels. Par conséquent seul un appel sur 5 aura la chance de passer. Cela dit le nombre à baisser après une pointe de 800,000 appels par jour ».

La grande partie de cette demande est générée par l’opérateur lui-même soit parce qu’il n’explique pas bien les choses à ses clients soit parce que ses tarifs sont trop compliqués. Bob Collymore a décidé de simplifier la structure des tarifs d’appels qui comptait 20 tarifs différents en la réduisant au prépayé et post-payé  (et aux appels on net et off net). Il y avait trop de tarifs. Cela sème la confusion dans le secteur. Nous devons dire la vérité aux consommateurs”.

En dépit des pressions causées par la guerre des prix, Safaricom continue à jouer son rôle d’innovateur sur le marché kenyan. L’Internet résidentiel et une offre triple? « C’est sur notre feuille de route. Nous devrons inévitablement proposer cela parce que c’est ce que le consommateur veut”. La technologie LTE ? « Nos tests se sont bien passés mais il faut encore compter 12 à 18 mois parce que les portables ne sont pas encore vraiment disponibles. Mais nous sommes prêts et nous serons les premiers sur le marché ».

Le service M-Pesa ? « Nous avons 14 millions de clients et 2.5 millions de transactions journalières pour une valeur de 1.3 milliards de shillings. Il y a de la concurrence dans ce segment mais nous continuons à ajouter de nouvelles fonctionnalités en exclusivité. Le service a besoin de devenir plus omniprésent». Est-ce que Safaricom va s’interconnecter avec d’autres services de paiements via mobile ? « Il n’en est pas question ». Mais vous avez le sentiment d’après l’éclat de ses yeux que cela arriver.
 
Il n’est pas question que nous nous lancions dans la construction d’un réseau national fibre. « C’est trop tard pour le faire. Nous aurions du le faire il y a cinq ans deçà. Le réseau n’est pas très fiable en ce moment. Il y a eu des coupures perturbantes sur la fibre lorsque nous avons annoncé nos résultats pour le premier semestre et leurs occurrences étaient suspectes. Nous avons construit un partenariat solide avec KPLC, Telkom Kenya et JTL qui nous proposent des prix concurrentiels ».

Est-ce que cela veut dire que les prix de l’Internet vont continuer à baisser ? « Oui, les prix vont continuer à baisser. Plus il y a de personnes qui l’utilisent, plus cela sera moins cher ». Quels sont les potentiels du marché ? « Je souhaiterai que tous les enfants kenyans puissent être connectés à l’Internet. Il faut l’utiliser pour encourager le développement social et j’ai la passion de le faire ».

Est-ce que Safaricom est impliqué dans le développement de contenu et pourquoi le partage des revenus est aussi défavorable pour les développeurs ? « J’ai suivi le débat sur KICTANET ou l’on nous accuse d’en profiter. Nous demandons 70%. Pourquoi est-ce que les développeurs pensent qu’ils doivent en profiter immédiatement. Nous n’avons pas l’intention de changer notre modèle commercial ».

« Nous souhaitons développer le contenu local et nous avons consenti des efforts et investi du temps dans la musique locale. Nous gérons notre propre maison d’édition. Nous avons des contrats d’exclusivité avec les artistes et nous les aiderons à se développer. Nous nous lancerons dans d’autres types de contenu mais nous savions que la musique était importante pour Bharti et nous avons pensé que c’était une bonne chose à faire. Le chiffre d’affaires est petit et nous ne générons pas des tonnes d’argent. Il s’agit de créer quelque chose de durable. Les musiciens doivent bien vivre ». Qu’en est-il des rumeurs qui disent que vous allez lancer une plate-forme pour les applicatifs mobiles ? « Nous n’allons pas le faire maintenant mais nous le ferons. Le Kenya est un pays qui a soif de technologie ».

- Philippe Luxcey, le DG d’Orange Ouganda à propos du déploiement de la 3G, de la technologie LTE et de la TV mobile

En tant que dernier entrant sur le segment mobile, Orange Ouganda s’est investi dans son développement. En terme de profile public, leur publicité extérieure est partout dans Kampala mais il reste encore à l’opérateur de « gagner les cœurs » des consommateurs voix. Comme Safaricom au Kenya, l’opérateur essaye de s’adapter à une guerre des prix initié par Essar, le nouveau propriétaire de Warid Telecom.

Phillipe Luxcey ne croit pas que la guerre des prix apportera quelque chose de bien.  « C’est fou, c’est vraiment fou. Il y a des offres qui proposent des appels gratuits pendant 24 heures lorsque vous rechargez UGS1,000 de crédits. Les appels off-net ont baissé jusqu’à UGS3 par seconde et le tarif d’interconnexion est à UGS131 par minute. A cela il faut ajouter, le paiement d’un impôt de 30% sur le chiffre d’affaires. Nous n’avons pas assez de marges pour couvrir les coûts de réseaux. Tous les appels off-net se traduisent par une perte d’argent. Warid a commencé cette guerre des prix et Airtel lui a enjambé le pas ».

“ Cependant en dépit des prix bas, leur part de marché n’a pas beaucoup bougé. Les opérateurs sont trop confiants qu’ils vont tuer les autres (leurs concurrents) et ils prétendent aussi que le volume de trafic va augmenter ».

Combien d’abonnés avez-vous à présent ? « Trois mois après le lancement commercial, nous avons 600,000 abonnés mais cela va doucement. Nous comptons que les clients actifs ».

Est-ce qu’Orange a eu plus de succès avec ses services data ? « Nous avons été les premiers à lancer la technologie HSDPA et UPA et le service a eu un succès très vif dès le premier jour. Nous avons la couverture 3G la plus large avec 230 stations de base 3G. Nous avons à présent 50,000 abonnés et le chiffre est en augmentation puisque nous avons la meilleure qualité et le réseau le plus rapide. Il y a de plus en plus de téléphone 3G sur le marché et beaucoup viennent du marché parallèle. Vous pouvez acheter des téléphones mobile tactiles pour environ 100 dollars US ou moins. Nous allons aussi offrir des services WiMAX mais pas à grande échelle. Nous offrons une version de la Livebox d’Orange sous le label Flybox qui fonctionne avec la 3G ».

L’Internet est principalement utilisé pour aller sur Facebook, BiTorrent, Yahoo et You Tube. Google a créé un serveur cache local mais ce n’est pas bon pour l’instant.  « Nous étions connecté à Google Global Cache et c’était rapide mais maintenant c’est un cauchemar. Nous allons avoir une réunion avec Google pour leur dire que nous ne sommes pas contents. Nos clients se plaignent et UTL (l’opérateur historique) ne sait pas comment gérer le serveur cache ».

Est-ce que Orange va introduire la technologie LTE en Ouganda? « Nous avons des réseaux pilotes en Europe mais je pense que pour cette année c’est trop tôt mais nous reverrons la situation l’année prochaine. Il nous faut d’abord stabiliser l’équipement ». Qu’en est-il de la TV mobile ? « Nous allons partager une plate-forme avec le Kenya pour fournir ce service via la 3G. La structure des tarifs sera soit fonction du temps ou du type d’événement avec des tarifs spéciaux pour faire des choses différentes et en garantir son succès ». Orange Money ? « Ce n’est pas encore disponible en Ouganda mais cela le sera bientôt. Le future des paiements mobiles est l’interpolarité ».

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« Trop peu de projets de stations de base utilisant des énergies renouvelables en Afrique » - ce sont les conclusions d’un nouveau rapport qui vient de paraître

Le nombre de stations de base utilisant des énergies renouvelables en Afrique reste faible. Seulement 3.1% du nombre total de déploiements à travers le monde (9,558) sont situés en Afrique. Cette annonce tombe tandis que la presse rapportait la semaine dernière une augmentation alarmante du prix du pétrole brut avec le baril de brut Brent franchissant le seuil des 101 dollars US pour la première fois depuis octobre 2008.

Un grand nombre de stations de base en Afrique nécessitent deux générateurs et dans certains cas leurs réservoirs peuvent contenir parfois jusqu’à trois mois d’approvisionnement en fuel. Des stations de base dans les régions plus reculées doivent être approvisionnées par bateau ou par chariot et dans les pays les plus grands, les opérateurs gère une importante flotte de camions pour assurer l’approvisionnement en fuel de leurs stations de base.

Isabelle Gross, l’auteur du rapport publié par Balancing Act intitulé « Energy for Cellular Base Stations in Africa: the quick fix approach and the long term perspective to saving energy » explique que « les opérateurs mobiles ne devraient pas prendre le manque d’expertises techniques pour une excuse pour ne rien faire. Les opérateurs mobiles en Afrique doivent prêter plus d’attention aux coûts associés aux opérations qu’ils gèrent. Dans cette perspective, les dépenses énergétiques figurent  dans le top palmarès des dépenses à contrôler. Isabelle Gross souligne aussi que « l’ARPU voix va continuer son érosion par le bas en raison de la baisse continue des prix des appels téléphoniques et l’acquisition de nouveaux clients disposant de revenus plus bas. La pression de côté du chiffre d’affaires va aller en augmentant pour les opérateurs mobiles ». Au Ghana par exemple, l’ARPU voix est passé de 17 dollars US en 2006 à 7 dollars US en 2010.

Le rapport indique que lorsqu’il s’agit de réduire les dépenses énergétiques « il n’y a de solutions clef en main mais cela peut être fait ». La meilleure approche consiste d’abord à voir comment gérer les stations de base de façon plus efficace sur le plan énergétique. En d’autres termes, il s’agit de l’approche « système D » qui consiste à modifier ou à re-paramétrer certains équipements dans la station de base pour réaliser des économies d’énergie sans avoir besoin de réaliser des investissements. Le système de refroidissement est par essence un bon point de départ parce qu’il peut représenter jusqu’à 35% de la consommation totale d’électricité d’une station de base. Cette part peut augmenter à 50% s’il y a moins d’émetteurs utilisés. Des opérateurs mobiles comme Vodacom, Orange ou MTN ont commencé à expérimenter des solutions de refroidissement naturel en combinaison ou non avec par exemple une augmentation de la température dans la cabine de la station de base.

En parallèle à l’analyse détaillée des différentes systèmes mis en place par les opérateurs mobiles pour gérer plus efficacement leurs stations de base, le rapport présente aussi les solutions « vertes » disponibles sur le marché et qui permettraient aux opérateurs mobiles de réduire encore plus leur facture énergétique. Il y a de plus en plus de solutions à disposition utilisant des énergies renouvelables (énergie solaire ou éolienne, solutions fonctionnant avec des biocarburants, pile à combustible à l’hydrogène) mais toutes impliquent au départ un investissement considérable en capital.

Le rapport propose une analyse commerciale des solutions « vertes » pour les stations de base tout en donnant des exemples d’opérateurs mobiles africains qui ont commencé à déployer des projets d’énergie renouvelable pour alimenter leurs stations de base. Le rapport établit que l’énergie solaire en conjonction avec un générateur diesel requiert le plus faible investissement en capital. Dans ce cas de figure, les coûts d’exploitation seront réduits (baisse de la facture carburant) mais pas totalement éliminés. Une combinaison énergie solaire et éolienne supporté par des batteries permet de réduire au maximum les frais d’exploitation mais représente l’investissement en capital le plus lourd.

Selon l’auteur du rapport, l’approche « système D » permettra de réduire les coûts d’exploitation mais seulement jusqu’à un certain niveau. Pour réduire d’avantage ces coûts, il va falloir faire un investissement en capital pour soit acheter des équipements plus efficaces soit pour déployer des solutions d’énergie renouvelable. La décision financière revient en fin de compte aux opérateurs mobiles et dépend de leur stratégie d’investissements et ainsi que de leur vision quant à leur rôle au long terme.

Ce rapport de 45 pages contient 5 illustrations, 4 tableaux, 8 graphiques et 4 cartes. Il se termine par un annuaire de sociétés offrant des équipements et des services pour améliorer l’efficacité énergétique des stations de base ainsi que les coordonnées d’entreprises proposant des solutions utilisant des énergies renouvelables. Cet annuaire sera bien à toute personne qui va se trouver en charge de ces questions dans l’avenir.

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www.envoidargent.fr: un site pour tout savoir sur les transferts internationaux d’argent et bien plus…

Le site internet www.envoidargent.fr qui a fait peau neuve en mai 2010 offre un comparateur des prix des transferts internationaux d’argent à partir de la France. L’initiative fait suite à une décision du Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement (CICID) du 18 juin 2006 chargeant l’Agence Française de Développement de mettre en œuvre le projet. Isabelle Gross s’est entretenue avec Cécile Berriet, responsable au Département des Relations Extérieures et de la Communication à l’Agence Française de Développement sur les fonctionnalités  et les informations disponibles sur le nouveau site.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les services d’envoidargent.fr, il s’agit d’un outil permettant aux personnes qui envoient régulièrement une somme d’argent à l’étranger de comparer le coût de cet envoi d’argent mais également d'estimer les délais de services offerts par les établissements de transfert, selon le type d’opération. Si par exemple je souhaite connaître les prix des transferts vers un pays africain, il me suffit de renseigner les informations suivantes dans le comparateur : le pays destinataire, le type d’opérations et le montant que je souhaite envoyer. Ma requête « Bénin ; espèces à espèces ; 500 Euros » me retourne 9 services de transferts internationaux offerts par des banques (BOA-France, la Banque Postale, etc) ou des opérateurs financiers (Western Union, Coinstar Money, etc). Pour chaque service, je dispose du nom du service, du coût d’envoi, du coût d’arrivée si disponible, du délai de l’envoi et d’informations complémentaires sur le service en question. Par cette analyse comparative, le site m’offre à moi, consommateur final, une meilleure visibilité sur les offres disponibles – plus de transparence au bout du compte. Je peux en plus m’inscrire aux flux RSS pour me tenir informée des dernières modifications sur le pays que j’ai sélectionné.

Même si à un niveau individuel, les montants transférés sont souvent petits, l’ensemble des transferts représente une somme non négligeable  ou comme dit le proverbe, les petits ruisseaux font les grandes rivières. Les envois d’argent formels effectués par les migrants depuis la France ont été estimés par la Banque de France - sur la base des données de la balance des paiements - à environ 3,4 milliards d'euros en 2008. Ces estimations ne prennent en compte à ce stade ni les envois effectués via des opérateurs privés, ni les envois effectués de manière informelle. On estime ainsi que les transferts effectués à partir de la France s’élèveraient à environ 8 milliards d'euros vers l'Afrique. Il s’agit souvent de petites sommes transférées de façon régulière (200 à 300 euros en moyenne).

Selon Cécile Berriet, envoidargent.fr est un service comparable à sendmoneyhome.org (ou sous le nouveau label www.fxcompared.com suite au changement de statut de l’organisation en société privée) qui existe au Royaume-Uni.  L’originalité du projet français réside dans le fait que les établissements bancaires et financiers figurant sur le site sont des partenaires et collaborent activement à la mise à jour des informations disponibles sur le site. Ce partenariat est formalisé par la signature d’une convention avec le Ministère des Finances et l’organisme bancaire ou financier en question. A l’heure actuelle, envoidargent.fr compte 13 organismes partenaires incluant les plus grands noms de la place comme la BNP Paribas, la Banque Populaire, la Caisse d’Epargne, la Société générale ainsi qu’une banque du sud, Attijariwafa Bank. Bien que le principe d’envoidargent.fr soit de mettre en concurrence les offres de transferts proposées par les organismes bancaires et financiers, ces derniers ont commencé à réaliser que la facilité d’accès à l’information pour le consommateur peut jouer à terme en leur faveur. En effet, combien d’entre nous n’ont pas abandonné une recherche d’information concernant un service sur le site d’une banque par frustration de ne pas trouver l’information après vingt minutes de navigation? Par ailleurs les organismes bancaires et financiers peuvent présenter sur envoidargent.fr leurs services connexes comme par exemple les assurances de rapatriement de corps ou les crédits locaux disponibles.

A l’heure actuelle, il est encore trop tôt selon Cécile Berriet de dire si le comparateur des prix des transferts internationaux a eu un impact sur les prix des transferts. En effet, c’est seulement depuis la mise en ligne du nouveau site, qu’il est possible de consulter un historique des prix des coûts des transferts. Il faudra six mois de plus pour recueillir suffisamment de données avant  de lancer une analyse statistique de l’évolution des prix des coûts de transferts. Espérons pour les consommateurs comme vous et mois que l’analyse aboutira à la conclusion que les prix des transferts ont baissé. La disponibilité de  ses informations statistiques historiques sur les coûts de transferts permettra aussi à envoidargent.fr et l’AFD (ou le Ministère des Finances) de proposer à la Banque Mondiale d’utiliser ces données pour ces rapports comparant les prix des transferts internationaux par pays à l’échelle mondiale. Apparemment, la France ne figure pas en tête de liste parmi les pays les moins chers et il y a de la concurrence entre les pays dans ce secteur. Selon Cécile Berriet, la BM n’a pas les données actualisées dont dispose envoidargent.fr. C’est pour comble ce « gap » que l’organisation envisage d’obtenir la certification banque mondiale qui lui permettra de fournir ces informations.

Aujourd’hui, envoidargent.fr accueille environ 5,000 visiteurs par mois. Les internautes proviennent majoritairement d’Europe (88%). Seulement 8% des visites viennent d’Afrique. Les statistiques les plus intéressantes sont celles concernant les requêtes d’information par pays. Les pays en tête de liste sont les suivants: le Maroc, le Sénégal, le Cameroun, l’Algérie et la Tunisie. Le nouveau site permet d’avoir des informations plus granulaires couvrant les demandes par corridor géographique, par opérateur et par produit. Au-delà des nouvelles fonctionnalités offertes aux visiteurs, le nouveau site d’envoidargent.fr propose maintenant un espace éditorial ouvert aux établissements bancaires et financiers ainsi qu’aux organisations de la société civile, en particulier les associations de migrants. En France, il y a plus de 600 associations représentant sous une forme ou une autre la population de migrants. Envoidargent.fr travaille en étroite collaboration avec les associations dites tête de réseaux et le Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations (FORIM).

NOTE:

L'UIT vient de publier des appelsà candidature pour des experts en matière de gestion du spectre de fréquence pour l’Afrique. Pour plus de détails consultez la section emploi

Taux de pénétration de la téléphonie mobile en Afrique sub-saharienne: sont-ils vraiment aussi bas qu’ils n’y paraissent ?

Parmi les prédictions 2011 pour le secteur de la téléphonie mobile en Afrique, il reste fort à croire que le faible taux de pénétration figurera toujours dans cette liste magique de facteurs qui sont supposés à eux seuls garantir une croissance forte dans les années à venir. Un petit tour d’horizon des taux de pénétration dans certains pays africains peut en effet laisser à penser que ce facteur est parfaitement valide. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile en Ouganda est à présent de 35%. Au Libéria, il était de l’ordre de 31% en 2009. Au Cameroun avec le duopole MTN et Orange, le taux de pénétration mobile s’établissait aux alentours de 38% en juin 2010 tandis qu’il franchissait juste la barre des 50% au Kenya à la même période. Au Rwanda, il atteignait environ 25% au début de l’année 2010. Mais à vrai dire, est-ce que ces taux de pénétration sont-ils vraiment aussi bas qu’ils n’y paraissent ? Pour, Isabelle Gross, d’autres raisons parmi lesquelles la structure de la population et ses conséquences économiques maintiennent le taux de pénétration à un niveau plus bas dans les pays d’Afrique sub-saharienne que dans les pays développés. Ce paradoxe crée des challenges et des opportunités pour les opérateurs télécoms africains

Reprenons l’exemple du Libéria cité plus haut avec un taux de pénétration de la téléphonie mobile de l’ordre de 31% et une population totale qui s’établit autour de 3.5 millions d’habitants. En 2008, le gouvernement d’Ellen Johnson Sirleaf a réalisé le premier recensement après vingt ans de guerre civile. Les chiffres concernant la structure d’âge de la population libérienne sont éloquents: 1,458,072 de personnes recensées avaient moins de 15 ans soit environ 42% de la population; 1,900,425 de personnes recensées avaient entre 15 et 64 ans, soit environ 54% de la population; et seulement 118,111 de personnes recensées avaient plus de 64 ans soit moins de 4% de la population totale.

Au Kenya, la structure par âge de la population est presque identique à celle du Libéria. Le recensement réalisé en 2009 a chiffré la population totale à 38,610,097 habitants. Presque 43% de la population recensée avait moins de 15 ans soit environ 16.5 millions de personnes; un peu plus de 55% de la population recensée entre dans la tranche des 15 à 64 ans soit environ 20.6 millions de personnes et moins de 4% de la population recensée dépasse les 65 ans soit environ 1.3 millions de personnes.

Au Sénégal, la situation n’est pas très différente. Le dernier recensement effectué en 2002 portait la tranche d’âge entre 0 et 19 ans à 54.9% de la population totale tandis que la tranche d’âge des personnes entre 20 et 69 ans représentait presque 43% de la population totale. Ces quelques exemples montrent le poids de la population jeune dans la démographie des pays africains. Dans les pays développés et en particulier en Europe, la répartition par âge de la population reflète bien sur les tendances bien connues d’une population vieillissante. En France, le pays dans lequel je suis née, la population métropolitaine s’élevait à 62.8 millions en 2010. Des statistiques plus détaillées fournies par l’INSEE indiquent seulement 11.5 millions de personnes de moins de 15 ans soit un peu moins de 19% de la population totale. Dans mon pays de résidence, le Royaume Uni, le scénario est similaire: en 2009, la population totale du pays s’établissait à 61.8 millions d’habitants dont 18.6% était âgée de moins 15 ans. Dans les pays d’Afrique sub-saharienne, le pourcentage de la population de moins de 15 ans représente plus du double de celle la même tranche d’âge dans les pays développés.

Cette différence démographique a des conséquences intéressantes sur le taux de pénétration de la téléphonie mobile. Dans un article paru en décembre 2010 dans le journal “New Vision”, Themba Khumalo, le directeur général de MTN Ouganda expliquait que « ces statistiques (il faisait référence aux taux de pénétration mobile) devraient être lues en sachant qu’environ 50% de la population est âgée de moins de 15 ans et est sans pouvoir d’achat. En termes de marché adressable, nous atteignons un taux de pénétration supérieur à 70% et nous avons réalisé un bon travail dans ce pays». Si l’on revisite donc les taux de pénétration de la téléphonie mobile évoqués plus haut en tenant compte de la notion de marché adressable c'est-à-dire principalement la tranche de la population âgée entre 15 et 64 ans, les taux de pénétration sont loin d’être aussi faibles que tout le monde veut bien s’en enorgueillir. 

Au Kenya, le nombre d’abonnés au mobile s’établissait en juin 2010 à un peu plus de 20 millions. Si l’on reporte ce chiffre au nombre total de personnes entre 15 et 64 ans (soit 20,685,000 selon le recensement de 2009), on frôle un taux de pénétration de l’ordre de 100%. Au Liberia, le taux de pénétration de la téléphonie mobile rapporté à l’ensemble de la population s’élevait à 31% en 2009 soit environ un peu plus d’un million d’abonnés. Si l’on refait le calcul sur la base de la notion de marché adressable, le taux de pénétration grimpe jusqu’à 60%. Selon la NCA, l’autorité de régulation des télécommunications au Ghana, le nombre d’abonnés au mobile atteignait près de 17 millions en octobre 2010. Le dernier recensement dans ce pays date de 2000 et établissait que la tranche des personnes entre 15 et 64 ans représentait environ 54% de la population totale. La population totale est estimée à presque 24 millions d’habitants en 2010. En dix ans, la population ghanéenne a certes un peu vieilli mais cela n’a probablement pas dramatiquement affecté la répartition par age de la population telle qu’elle a été définie en 2000. Par conséquent, le taux de pénétration de la téléphonie mobile basé sur le marché adressable s’élèverait à 131% environ à fin 2010 au Ghana.

Bien moins faible qu’ils n’y paraissent à première vue, ces taux de pénétration présentent des challenges et des opportunités pour les opérateurs mobiles. En terme d’opportunités, les opérateurs africains sont plus ou moins certains de pouvoir compter sur un flux régulier et important de nouveaux jeunes clients qui dès qu’ils disposeront d’un petit peu d’argent, s’empresseront d’acheter un mobile et des crédits d’appels. En même temps, ce segment des moins de 15 ans qui représente une part importante de la population est un frein à l’extension du marché adressable. Ce dernier dans certains pays commence même à montrer des signes de saturation (ci-dessus, le Ghana par exemple avec un taux de pénétration de 131%).  Alors, quelle est la stratégie commericale et marketing à adopter pour attirer les moins de 15 ans sachant que les resources financières familiales dans un grand nombre de pays africains sont à peine suffisantes pour payer les frais de scolarité ?

Le soleil pour recharger votre portable, c'est le pari de Suntrica

Suntrica, une société finlandaise, proposait le “SolarStrap”, un chargeur pour portable fonctionnant à l’énergie solaire. Isabelle Gross s’est entretenue avec Jouko Hayrynen, le Directeur Général de Suntrica sur cette solution d’alimentation (recharge) et comment elle peut aider les utilisateurs du mobile en Afrique à résoudre un de leurs plus gros problèmes – trouver une source d’électricité pour recharger leur téléphone mobile.

Le SolarStrap de Suntrica ressemble à un petit portefeuille carré ou rectangulaire aux bordures en mousse/plastic souple. Lorsqu’il est plié en deux, il mesure 144x95x25mn. Le volet avant est constitué d’un fin panneau photovoltaïque. Il est très flexible et a été spécialement conçu pour un usage à l’extérieur dans des conditions dures. Vous pouvez plier le panneau en deux sans risquer de l’endommager. Selon Jouko Hayrynen « même si vous percez un trou dans le panneau, il continuera à fonctionne ». Sous le volet avant s trouve une batterie très légère qui stocke l’énergie solaire. Selon le modèle (3 disponibles pour l’instant), la capacité de la batterie varie entre 3.4Wh et 5.5Wh. La batterie disposant de la capacité de stockage la plus grande est parfaitement adaptée pour les smartphones. Suntrica a spécialement conçu un modèle pour les utilisateurs d’iPhones et d’iPods Le SolarTrap vient avec des adaptateurs pour le chargeur qui sont compatible avec la plupart des téléphones portables, des lecteurs mp3, des GPS et des caméras numérique ainsi que de tout équipement électronique utilisant un tension de charge de 5V.

Quel niveau de performance peut un utilisateur africain escompter du SolarStrap?  Bon, selon Jouko Hayrynen, « une heure de recharge solaire peut par exemple fournir 16 minutes de conversations téléphoniques ou 10 heures de « stand-by ». 8 heures de recharge solaire peuvent permettre 2 heures de conversations téléphoniques ou 78 heures de « stand-by ». Comme l’énergie solaire est stockée dans la batterie, on n’a pas besoin de continuellement connecter le portable au chargeur solaire. L’utilisateur a seulement besoin de connecter son portable au SolarStrap lorsque son portable a besoin d’être rechargé. Le poids total du SolarStrap de Suntrica est entre 60g et 65g selon le modèle.

Le seul inconvénient est le prix. Le SolarTrap est en vente à un prix au détail qui varie entre 39 et 100 Euros. Le chargeur le plus cher est celui recommandé pour l’iPhone et l’iPod. Les utilisateurs mobiles qui peuvent se payer un iPhone n’auront sans doute pas de problème de payer 100 Euros pour un chargeur écologique. C’est bien plus la majorité des utilisateurs 2G  africains qui seront rebutés par le prix. Selon Jouko Hayrynen, les pays africains devraient baisser le nouveau des taxes d’importation sur des équipements utilisant des énergies renouvelables pour les rendre plus accessible à la population. Au Nigéria, ou Suntrica vient de signer un  accord de distribution avec la société locale OMAC Business Solutions Ltd, la taxe d’importation est de l’ordre de 20%. Le Directeur Général de Suntrica est confiant que sa société sera en position de réduire le prix du SolarTrap en dessous de 20 Euros d’ici deux ans.

Selon une étude réalisée par l’association professionnelle GSMA, un utilisateur du mobile n’ayant pas accès à l’électricité paye 0.25 dollars US pour recharger son mobile au Kenya. A raison de trois recharges par semaine, il dépense 3 dollars US en moyenne par mois. Même à 39 Euros l’unité, l’utilisateur mobile  au Kenya mettra plus d’un an pour réaliser un retour sur investissement. Un peu long, non à moins que toute la famille se mette à l’utiliser. Jouko Hayrynen envisage aussi de proposer aux opérateurs mobiles un « paquet » combinant une carte SIM et SolarStrap pour leurs abonnés. Encore une fois, une étude du GSMA suggère une augmentation de l’ARPU de l’ordre de 10 à 14% parmi les opérateurs offrant à leurs clients mobiles sans accès à l’électricité, un moyen de recharger leur portable.  Alors que la bataille pour acquérir les clients « au bas de la pyramide » - ceux avec un ARPU inférieur à un dollars US, se poursuit, il est peu probable que des opérateurs mobiles vont être intéressés par un gadget qui va faire augmenter le coût d’acquisition de ce type de nouveau client. Il me semble que le SolarStrap pourrait plutôt faire partie de l’éventail de cadeaux que les opérateurs mobiles africains proposent dans le cadre de leur programme de fidélisation.

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