L'éditorial du mois

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Afrique du Sud: Lancement de Broadband Infraco au début 2010: Sa mission? Faire baisser les prix au national et à l’international

Dans plusieurs pays en Afrique, le Gouvernement est intervenu pour encourager des prix plus bas et un meilleur accès à l’infrastructure nationale et internationale en fibre. Au Kenya par exemple, le Gouvernement a même activement participé à la construction de ces infrastructures. Ces interventions comme toujours pointent vers l’importante et difficile problématique du rôle de l’Etat dans l’économie et comment ce rôle doit être exercé. Russell Southwood s’entretient avec Dave Smith, DG de Broadband Infraco en Afrique du Sud sur cette problématique.

Q: Comment a débuté votre participation dans Broadband Infraco ?

J’ai fait parti du Conseil d’Administration dès le début et j’ai participé à son développement du point de vue d’Eskom (société nationale d’électricité en Afrique du Sud). Nous avons commencé à poser de la fibre dans la perspective qu’un second opérateur national recevrait une licence en 2002. Ce processus a connu quelques retards et durant ce temps Eskom et Transtel ont gardé leur infrastructure en sommeil. La licence a finalement été attribuée et nous avons commencé les discussions pour le transfert des infrastructures au profit du second opérateur national.

Le Gouvernement a analysé différentes stratégies politiques pour le secteur des NTIC et l’une d’elles suggérait une baisse des prix de la bande passante via un mécanisme de levier sur les prix de la connectivité nationale et internationale. A la fin de 2006, nous avons racheté l’infrastructure fibre d’Eskom et de Transtel et nous avons passé une année supplémentaire à compléter cette infrastructure. Nous détenons le droit d’usage de l’infrastructure mais sa gestion est assurée par Néotel.

Q: Quelles sont la taille et la capacité de votre infrastructure ?

Nous avons presque doublé notre couverture et triplé notre capacité. Il y a11,800 kilomètres de liens de transmission en fibre optique entre toutes les principales villes et des connexions régionales avec l’ensemble des pays voisins. La seule exception, c’est le lien avec le Zimbabwe le long du pont Bei qui est défectueux et qui a besoin d’être réparé.

Q: Qu’en est-il en termes de licence ?

Ces développements sont intervenus avant le nouveau régime de licence. Dès le départ, nous savions que nous aurions besoin d’une licence couvrant les services électroniques en réseau. L’acte de constitution de Broadband Infraco définissait ce que nous voulions réaliser en termes de réseau et de services électroniques. Par conséquent nous avons introduit deux demandes de licence. Lors des consultations publiques (dans le cadre du processus d’obtention des licences), les fournisseurs d’accès Internet et les fournisseurs de réseau à valeur ajoutée ont exprimé des inquiétudes quant à la concurrence que nous pourrions instiguer dans le segment des services alors que pour nous, il n’avait jamais été question dans nous lancer dans les secteurs des services de détail et l’accès métropolitain.

Mais parmi nos mandats, nous assurons par exemple la fourniture de connectivité pour des projets comme le radiotélescope SKA (Square Kilometre Array) qui nécessite un important volume de bande passante. Selon la loi sur les communications électroniques, toute entreprise qui envisage de proposer ses services à l’Etat devra disposer d’une licence couvrant les services électroniques en réseau.

Nous ne souhaitons pas entre dans le segment des services au détail. La loi sur les communications électroniques est un ensemble très complexe de réglementation. Nous devons avoir une licence couvrant des services électroniques en réseau pour revendre de la capacité et il y a eu un peu de résistance quant à l’obtention ce type de licence.

Q: Quand est-ce que vous envisagez d’être opérationnel ?

Nous allons conclure un partenariat avec Néotel pour une période déterminé. Ce contrat couvre nos besoins d’accéder leurs points de présence. Nous préparerons le lancement commercial lorsque notre réseau sera totalement opérationnel. Néotel continuera à gérer l’aspect capacité pour le restant de la durée du contrat tandis que nous nous occuperons des autres besoins des clients. Par conséquent, dans deux mois, vous pourrez assister à notre lancement commercial.

Q: Quelle sera votre politique des prix au niveau national ?

Nous avons tout chamboulé. Le prix d’un STM1 de Johannesbourg à Cape Town via Telkom South Africa sans la réduction pour l’achat en gros était de 1.5 millions de Rands (198,531 dollars US). Ce prix a changé en août 2009 pour s’établir à 970,000 Rands (128,383 dollars US) et est maintenant tombé à 300,00 Rands (39,706 dollars US). Notre liste de prix est construite sur la base du coût plus un pourcentage et par conséquent nos prix seront proches de ce qui se pratique en ce moment sur le marché.

Le lancement du câble de fibre optique Seacom a eu un gros impact sur les prix au niveau national. Notre politique des prix s’alignera sur celle du marché et nous en rendrons compte au régulateur. Le vrai challenge se situe au niveau des capacités plus importantes qu’un STM1 comme par exemple un STM64. Il y a forcément des économies d’échelle à réaliser lorsque de la capacité additionnelle est activée.

Q: Quelle est votre implication dans le projet sous-marin de fibre optique WACS ?

Nous avons investi dans le projet comme un point d’ancrage. Il y a au total 11 investisseurs dans ce projet (Angola Telecom, Broadband Infraco, Cable & Wireless, MTN, Portugal Telecom, Sotelco, Tata Communications, Telecom Namibia, Telkom South Africa, Togo Telecom and Vodacom). Nous avons approximativement 11.5% de la capacité entre Londres et l’Afrique du Sud. Il y aura des stations d’atterrissage en Namibie, en Angola, au Congo RDC, au Nigéria, au Togo au Ghana et en Côte d’Ivoire.

Q : Encore une fois quelle sera votre politique en matière de prix ?

Je ne peux pas vous donner une réponse définitive. Cela fait déjà quelques mois que je ne me suis pas penché sur les prix à l’international et cela est trop long dans ce jeu. La politique des prix de Seacom est plus économique (que celle de SAT3). La réponse à votre question dépendra beaucoup du volume. Seacom a une capacité de 1.2 térabits tandis que WACS aura une capacité de 5.1 térabits par conséquent la logique économique est différente mais cela ne sert pas à grand-chose avant d’avoir vendu le volume de capacité activée.

Q: L’objectif politique du Gouvernement est de faire baisser les prix pour les utilisateurs. Est-ce que ces prix vont tomber ?

Beaucoup de gens se sont attendus à une baisse importante des prix avec Seacom. Mais l’utilisateur final n’a encore rien vu en raison de blocages constants au niveau de « l’accès au dernier kilomètre ». Plusieurs éléments entrent en question : la réaction de Telkom South Africa envers les sociétés qui ont obtenu de nouvelles licences ; l’entrée de Néotel sur le marché ; la construction par MTN et Vodacom de leur propre réseau. Au niveau de l’international, le fonctionnement des câbles relevait d’un système clos par conséquent l’impact de Seacom et de WACS basé sur un modèle sera énorme. Les principes économiques à la base du modèle ouvert ont été inscrits dans le projet WACS grâce à nous.

Q: Quelles sont les perspectives d’ici cinq ans ?

Nous devons être capable d’assurer que l’Afrique du Sud a assez de capacité pour soutenir des projets comme le radiotélescope SKA. Même avec les meilleurs prix possible à l’international, ce type de projets n’est pas viable et par conséquent nous attelons à résoudre des problèmes de ce type aussi.

Phase 3 Telecoms ouvrira un lien terrestre Lagos-Accra durant le second trimestre 2010 et déploiera son réseau vers les pays enclavés de l’intérieur

Une autre route terrestre en fibre optique le long de la côte entre Lagos et Accra s’ouvrira au second trimestre 2010. L’opérateur télécom nigérian Phase 3 Telecoms a signé un contrat avec la Communauté Electrique du Bénin (CEB) pour poser et opérer une liaison fibre optique sur le réseau de distribution de l’électricité de la CEB. Russell Southwood s’est entretenu avec Stanley Jegede, le Directeur Général de Phase 3 Telecoms pour nous donner les détails du projet.

Q: Quel est votre accord avec la Communauté Electrique du Bénin ?

R: Il s’agit d’un contrat de concession nous permettant de proposer l’architecture, de construire et d’opérer l’infrastructure pendant 15 ans. Le réseau électrique de la CEB couvre le Bénin et le Togo et nous posons des fibres aériennes sur les lignes haute-tension de 161 kV. Avec ce réseau, nous pourrons mettre en place un lien allant de Lagos à Accra en passant par le Bénin et le Togo.

Nous avons déjà commencé la pose de la fibre optique et la longueur totale du réseau sera entre 3,000 et 4,000 kilomètres.

Q: Jusqu’ou s’étend le réseau de la CEB dans le nord ?

A: Il va jusqu’à Karimama au Bénin, une ville qui se situe à la frontière avec le Niger et à travers le milieu des deux pays avec un tracé formant un U retourné : de Parakou au Bénin et Atakpama au Togo via Oujougou et Sokode.

Q: Quand est-ce que le lien Lagos-Accra sera-t-il prêt?

R: Il sera opérationnel au second trimestre 2010 et nous nous sommes donnés jusqu’à la fin du premier trimestre 2010 pour la pose de la fibre et l’installation des équipements de transmission.

Q: Quelle est la taille de votre réseau domestique au Nigéria ?

R : Il est posé sur des lignes haute-tension de 132 kV et 330kV formant plusieurs larges boucles. Du nord à Sokoto, il s’étend vers l’ouest du pays jusqu’à Lagos et ensuite il passe par la partie sud du pays de Lagos au Bénin avec une extension vers Port Harcout qui sera ouverte sous peu. Son tracé se poursuit ensuite dans le milieu du pays vers Jos et Kano avec une extension en construction vers Katsina. Nous avons aussi une extension à partir d’une boucle principale de Lagos à Sakete au Bénin.

Q :Qui allez-vous connecter entre le Togo et Accra ?

R: Phase 3 travaillera en étroite collaboration avec Vodafone pour transporter son trafic vers Accra et vers la station d’atterrissage SAT3.

Q: Quel est le type de votre clientèle au Nigéria ?

R: Notre clientèles inclut les principaux opérateurs mobiles au Nigéria comme Globacom, Zain et les opérateurs CDMA comme Intercellular et Visafone. Nous transportons aussi du trafic pour les FAIs, les banques et le Gouvernement.

Nous proposons des liens à partir d’un E1 jusqu’à une capacité d’un STM1 se connectent à la station d’atterrissage SAT3 de Nitel. Avec l’ouverture de nouveaux liens, nous pourrons nous connecter à la station d’atterrissage de SAT3 à Cotonou via Bénin Telecom et à celle d’Accra via Vodafone. Cela nous permettra d’offrir à notre clientèle des options de redondance et plus de choix en termes de prix en jouant les différentes stations d’atterrissage.

Q : Pensez-vous que votre clientèle pour ces nouveaux liens sera la même que celle que vous avez pour votre réseau domestique ?

R : Dans une certaine mesure, oui parce que ce type de clients existent dans l’ensemble des pays de l’Afrique de l’ouest. Les opérateurs télécoms en particulier ont besoin de s’interconnecter avec des opérateurs dans d’autres pays africains.

A présent, il n’y a pas de lien de redondance et cela nous permettra de bien nous positionner pour offrir une boucle de redondance entre Lagos et Accra. Ce lien de redondance utilisera les nouveaux câbles sous-marins entre Accra et Lagos.

Q : Pensez-vous qu’il y aura un important volume de trafic entre ces pays ?

R : Je pense qu’il y a beaucoup de trafic entre Lagos et Accra et si nous construisons une extension vers la Côte d’Ivoire, il y aura des volumes de trafic relativement importants mais il n’y en a probablement pas beaucoup entre le Bénin et le Togo mais cela s’accroitera avec le temps.

Q : Avec l’introduction de quatre nouveaux câbles internationaux (Glo One, Main One, WACS et ACE) quelles seront les conséquences pour vous ?

A : Les conséquences seront positives pour nous dans la mesure ou la capacité disponible au niveau de la côte devra être acheminée vers l’intérieur et notre réseau aérien en fibre pourra être utilisé à cette fin. Nous avons des droits de passage qui s’étendent jusqu’à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger et nous sommes potentiellement le mieux placé pour fournir de la bande passante internationale à ces deux pays. C’est dans notre meilleur intérêt de collaborer avec les opérateurs de câbles internationaux parce que nous nous complétons l’un l’autre.

Q : Quels sont les prix que vous allez proposer sur le lien Lagos-Accra ?

R : Nous sommes entrain de finaliser notre grille tarifaire mais nous comptons bien sûr être moins cher que certains opérateurs.

Correction: Le patron de Microsoft Afrique est Cheikh Modibo Diarra et non Modibo Keita comme indiqué dans un article paru dans le numéro 119.

La Banque Mondiale soutient le financement du réseau fibre de l’Afrique Centrale avec une mise en service prévue pour 2011

Avec l’arrivée du câble Glo One, le Ghana et le Nigéria sont les deux premiers pays de l’Afrique de l’ouest à héberger deux stations d’atterrissage de câbles sous-marins de fibre optique. Trois autres projets de fibre optique, à savoir Main One, WACS et ACE ont annoncé des stations d’atterrissage dans de nombreux pays le long de la côte ouest de l’Afrique. Les promoteurs du câble Main One, le projet le plus avancé parmi les trois cités plus haut, ont aussi annoncé des stations d’atterrissage au Ghana et au Nigéria, Cette pléthore de stations et de bande passante internationale qui seront bientôt disponibles resteront sous-utilisées si elles se limitaient à desservir les zones littorales (incluant les capitales dans la majorité des pays de l’Afrique de l’ouest). La construction ou le renforcement de réseaux nationaux et trans-frontaliers desservant les pays enclavés est de plus en plus à l’ordre du jour s’il s’agit de maximiser l’utilisation de cette capacité internationale. La décision récente de la Banque Mondiale de financer la construction d’infrastructure en Afrique centrale est un pas important dans cette direction. Isabelle Gross de Balancing Act s’est entretenue avec Yann Burtin, responsable des Opérations au département TIC de la Banque Mondiale à la Banque Mondiale sur ce projet de réseau en Afrique centrale (Central African Backbone – CAB)

Selon Yann Burtin, le projet est né suite à la demande du gouvernement tchadien d’utiliser la fibre optique existante le long de l’oléoduc Komé-Kribi et de construire une extension vers N’Djamena et Bangui, la capitale de la République Centrafrique. Le câble existant d’une longueur de 1,000 km a été posé tout le long du parcours de l’oléoduc et comporte 18 fibres optiques, dont la jouissance est partagée entre le Tchad et le Cameroun. Avec son extension vers N’Djamena et Bangui, le réseau comprendra 1,800 à 2,000 Km de câble de fibre optique. Le projet financera aussi des câbles de redondance et d’autres routes de sortie ou d’accès à de la capacité internationale en particulier vers le Nigéria et le Gabon. En d’autres termes ce projet permettra au Tchad et la République Centrafrique d’accéder à de la capacité internationale par fibre au lieu uniquement de capacité internationale satellitaire dont le coût reste élevé et dont la disponibilité n’est pas toujours assurée. Le projet permettra aussi de maximiser l’utilisation du câble existant de fibre optique le long de l’oléoduc dont l’usage jusqu’à présent est resté quelque peu limité.

Sur les 215 millions de dollars US approuvés par le Conseil d’Administration de la Banque Mondiale, 26,2 millions iront en faveur de cette première phase consistant à développer le réseau national fibre du Tchad et de la République Centrafrique et à donner à ces deux pays un accès à la fibre internationale. Le coût total de ce projet est estimé à 40 millions de dollars US. Le solde sera financé par les Etats eux-mêmes (Tchad et Cameroun) et d’autres organisations comme la Banque Africaine de développement (BAD), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Union Africaine (UA).

Il est prévu de créer une banque d’affaires associée à un cabinet juridique pour assurer dans un premier temps la construction de l’infrastructure et maximiser les investissements privés. Cela permettra de réaliser un équilibre entre les intérêts des Etats (en particulier leurs opérateurs historiques) et la promotion du principe de l’accès ouvert au nouveau réseau fibre. En parallèle à la finalisation de la structure qui chapotera ce réseau, il sera aussi nécessaire de mettre à jour le cadre réglementaire des trois pays en question. Des directives adoptées au niveau de la CEMAC doivent être transposées au niveau national pour permettre de donner une assise légale à ce réseau régional entre le Tchad, la République Centrafrique et le Cameroun.

Dans la perspective de ce nouvel accès à de la capacité internationale fibre pour le Tchad et la République Centrafrique, il y a lieu de penser que les prix en gros de la bande passante internationale baisseront et par conséquent les prix des services Internet dans ces deux pays seront plus abordables aussi. Pour Yann Burtin, il est nécessaire que le réseau fibre disposent de plusieurs sorties sur l’international pour faire jouer la concurrence. Dans le passé des négociations entre le Tchad et le Cameroun ont échoué à cause du prix élevé proposé par le Cameroun pour la connexion internationale. Le projet envisage donc de construire des extensions vers le Nigéria et le Gabon pour disposer de plusieurs sorties vers l’international.

Si le calendrier de réalisation de ce réseau fibre est maintenu: à savoir la finalisation des transactions à mi-2010 ; la pose de la fibre optique et l’installation des équipements jusqu’à mi-2011, le projet coïncidera avec l’arrivée de nouveaux câbles sous-marins de fibre optique. Avec une offre de capacité internationale plus abondante, la concurrence pourra enfin jouer son rôle pour faire baisser les prix de la bande passante internationale en Afrique centrale.

Un nouveau rapport conclut que les points d’échange Internet en Afrique ont permis de réduire la latence et d’augmenter la vitesse de téléchargement mais n’ont pas contribué à réduire son coût pour le consommateur.

Les promoteurs de points d’échange Internet en Afrique (et Balancing Act en a fait partie) ont défendu plusieurs de ses bénéfices majeurs. Ils permettraient de faire des économies parce qu’une large proportion du trafic serait échangée en utilisant de la bande passante locale plutôt que de la bande passante internationale. Ils permettraient d’améliorer la vitesse d’accès pour les utilisateurs et de réduire les délais de téléchargement en diminuant le temps de latence. Ils permettraient de créer des opportunités d’affaires parce que l’hébergement de domaines locaux serait plus facile et une meilleure vitesse d’accès pour les utilisateurs encouragerait l’utilisation de certains applicatifs. Treize ans après le lancement du premier point d’échange Internet à Johannesbourg, un rapport de recherche vient d’être publié évaluant leur impact.

Le but de ce rapport intitulé « The Impact of IXPs – A review of the experiences of Ghana, Kenya and South Africa » et mandaté par OSI est d’identifier les éléments qui viendraient corroborer les impacts décrits ci-dessus. Le point principal est d’évaluer si les économies réalisées ou pas par les points d’échange Internet ont permis aux FAIs locaux de faire bénéficier les utilisateurs des changements de prix.

La proportion de trafic local transitant via un point d’échange Internet dans un pays africain varie entre 10% et 60% fonction de la taille et du niveau de développement du marché en question. Trois pays africains ont été sélectionnés pour refléter la diversité de développement à différentes étapes.

Les chercheurs ont analysé un ensemble d’éléments pour mesurer les différents impacts: le prix au détail, le point de vue des opérateurs quant à la réduction des prix, les changements dans la vitesse d’accès, la croissance ou non du contenu et de l’hébergement local, des facteurs externes pouvant avoir un effet. La partie centrale du rapport consiste en une étude de cas couvrant le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud.

Les conclusions des études de cas sont les suivantes:

- Même dans le cas ou la proportion de trafic local transitant via le point d’échange Internet est élevée, l’Afrique du Sud par exemple avec 60% en 2008, les opérateurs affirment que les économies réalisées sur le coût de la bande passante sont insignifiantes. Cependant dans ce cas de figure, les économies réalisées ont bénéficié aux FAIs de second rang qui avaient seulement besoin de payer pour se connecter au point d’échange Internet plutôt que de payer plusieurs fournisseurs. Lorsque le secteur Internet est divisé comme au Ghana par exemple, il n’a pas été possible de pleinement bénéficier des avantages que procure un point d’échange Internet unifié.

- L’argument initial d’une économie à réaliser par les FAIs sur la bande passante était basé sur une différence substantielle des prix en gros du trafic local, national et international. Depuis l’introduction des points d’échange Internet, la réduction du coût de la bande passante sur SAT3 a eu pour effet que dans certains cas, le prix de la bande passante nationale est au même prix ou même un peu plus cher que la bande passante internationale sur une base du calcul du prix par rapport à la distance. Au Nigéria, c’est moins cher d’envoyer du trafic de Lagos à Sessimbra au Portugal que d’envoyer le même volume de trafic de Lagos à Abuja. Avec l’arrivée de nouvelle capacité internationale en 2009 et 2010, ce différentiel de prix sera un challenge pour les FAIs souhaitant attirer du trafic local. Tout comme la réduction des prix de la bande passante internationale, les prix des transmissions locales et nationales devront baisser pour s’aligner par rapport à eux. Pour maintenir la rentabilité des points d’échange Internet, les FAIs devront pousser pour des prix plus bas de la bande passante nationale.

- Depuis l’introduction de points d’échange Internet, on a observé une baisse des prix au détail des abonnements Internet (et de l’accès dans les cybercafés) au Ghana et au Kenya. Il serait facile de conclure que l’économie de coûts qu’apporte les points d’échange Internet aux FAIs a été passée aux utilisateurs. Mais comme ces réductions ont aussi été introduites par les FAIs qui n’adhéraient pas au point d’échange Internet, il est donc fort à penser que les baisses de prix ne sont pas le résultat d’économies liées à l’introduction de point d’échange Internet. En Afrique du Sud, les prix de l’Internet bas débit ont très peu changé dans les dix dernières années tandis que les prix de l’ADSL ont baissé depuis son lancement en 2003 bien après le lancement du point d’échange Internet de Johannesbourg (JINX). Une fois encore, il est peu probable que les économies réalisées soient en relation avec l’introduction des points d’échange Internet. Au Ghana et en Afrique du Sud, les FAIs affirment que les économies ont été passées aux consommateurs sous la forme d’une amélioration de la qualité de service. Il est bien clair que les économies réalisées par l’introduction de points d’échange Internet n’ont pas bénéficié aux consommateurs sauf dans un cadre plus large de concurrence accrûe entre les opérateurs.

- L’un des impacts majeurs de l’introduction de points d’échange Internet a été la fin du monopole sur le trafic international (Kenya), une augmentation de la concurrence et une baisse significative du prix de la bande passante internationale. En Afrique du Sud par exemple, le prix de la bande passante internationale par rapport au coût total est passé de 60% en 2003 à 45% en 2008. Dans ce cas il y a un lien direct entre les points d’échange participants, les associations de FAIs et la baisse des prix. Au Ghana, GISPA a joué un rôle majeur dans le signature d’un contrat permettant l’achat à un prix réduit de bande passante sur SAT3. TESPOK, l’équivalent de GISPA au Kénya, a été une association leader dans le processus de libéralisation.

- La vitesse d’accès semble s’être améliorée mais il reste difficile de différencier les conséquences d’une amélioration des liens nationaux et internationaux de celle de l’introduction des points d’échange Internet quant à la vitesse d’accès. Qui plus est, avec la baisse des prix de la bande passante internationale, les utilisateurs bénéficient d’une vitesse accrûe de téléchargement.

- Quand bien même le volume de trafic local passant par un point d’échange Internet ait beaucoup augmenté au Kenya et en Afrique du Sud, cette augmentation a été surplombée par des augmentations de la bande passante internationale. Le volume de trafic local a en fait baissé en proportion par rapport au trafic global en Afrique du Sud. Au Ghana, les points d’échange Internet ne mesurent pas le volume de trafic et par conséquent il n’est pas possible de tirer des conclusions en termes de volume de trafic local par rapport à la croissance de l’ensemble du volume de trafic.

- Il en va de même pour la croissance du contenu local dont l’accès par les utilisateurs a été éclipsé par un intérêt plus grand pour du contenu international. Avec la baisse des prix de la bande passante internationale, il est plus facile pour les opérateurs d’offrir des services Internet moins chers. Il en résulte une augmentation du nombre des Internautes. Bien que le contenu local se soit accrû dans les trois pays en question, l’utilisation principale (l’accès courriel en particulier) reste internationale. Facebook et You Tube sont par exemple parmi les 10 premiers sites Internet fréquentés par des pays africains selon Alexa.com. La croissance de l’usage de l’Internet a aussi bénéficié à un petit nombre de sites Internet locaux. Les points d’échange Internet ont encouragé l’introduction de nouveaux services et d’applicatifs locaux : au Kénya par exemple avec l’introduction d’un service d’impôts en ligne par l’administration des impôts et la mise en ligne de logiciels gratuits par l’université de Nairobi.

Les auteurs du rapport intitulé « The Impact of IXPs – A review of the experiences of Ghana, Kenya and South Africa » sont Charles Amega-Selorm, Muriuki Mureithi, Dobek Pater et Russell Southwood. Si vous souhaitez obtenir une copie gratuite du rapport (uniquement disponible en anglais), envoyez un mail à l’adresse suivante advertising@balancingact-africa.com.

Les écoliers maliens se préparent à l’arrivée du portable OLPC

Quatre ans après le lancement du projet d’un portable par enfant (One Laptop Per Child – OLPC) par Nicolas Negroponte, l’occasion s’est présentée de dresser un bilan non-exhaustif des réalisations et des projets en cours à ce jour en particulier en Afrique. Isabelle Gross de Balancing Act s’est entretenue avec Nathalie Avidar, responsable de la coordination pays à la fondation OLPC Europe basée en Belgique.

Avec 1.5 millions de portable OLPC déployés à travers le monde et l’objectif d’atteindre le chiffre de 2 millions on 2010, le pari d’offrir à des enfants des pays émergeants, la possibilité de s’initier aux TICs semble se réaliser. Selon Nathalie Avidar, la première étape dans le processus de déploiement est de s’assurer du soutien de principe du gouvernement du pays en question, en particulier le Ministère de l’Education. A l’heure actuelle, la fondation OLPC a recueilli l’accord des Gouvernements du Rwanda, du Mali, du Burundi, de la Tanzanie, du Zwaziland, du Congo RDC, de la Côte d’Ivoire, du Maroc et du Mozambique. Un ensemble de pays africains qui est aussi divers par leur situation géographique que par leur niveau de développement économique.

La seconde étape consiste à trouver des financements et un site local pilote pour distribuer 10,000 à 12,000 portables OLPC. Au Mali, ou la phase pilote est prévue de démarrer en décembre prochain, se seront les écoliers des écoles primaires de Tombouctou et de sa région qui se verront remettre ce cadeau moderne auxquels ils ne s’attendaient sans doute pas. Le financement de ce lot de plus de 10,000 portables a été possible grâce à un don d’une fondation internationale suisse, nous assure Nathalie Avidar. Selon elle, un lot de 10,000 à 12,000 portables OLPC nécessite un financement de l’ordre de 2 à 2.4 millions de dollars US. Ce montant comprend les portables, les coûts de livraison ainsi que la formation sur place des personnels enseignants et techniques. Le coût du service après-vente est aussi inclus dans ce montant. Pour permettre la réparation des portables ou assurer leur replacement en cas de défectuosité majeure, la fondation OLPC offre des unités supplémentaires à hauteur de 1% de la quantité totale livrée.

Au Rwanda ou le projet d’un portable par enfant avait démarré bien plutôt, le nombre de portable OLPC s’élève aujourd’hui à 150,000 unités. Cela représente un taux de pénétration de l’ordre de 5%. Il faudra compter 5 à 6 ans de plus pour arriver à saturation. Comme au Mali, le déploiement au Rwanda s’est déroulé en phases successives. Kigali, la capitale du Rwanda avait servi de site pilote et le passage à la vitesse supérieure n’a démarré qu’après un phase d’évaluation et l’obtention de financement supplémentaires. L’expérience rwandaise a permis selon Nathalie Avidar d’établir que le portable OLPC joue un rôle plus important que seulement celui d’outil éducatif durant les heures de cours. Lorsque les enfants quittent la classe en fin de journée, ils emportent avec eux le portable permettant sa découverte et son utilisation par l’ensemble des membres de la famille.

Mis à part sa robustesse, sa faible consommation de courant et sa capacité à accéder l’Internet, le portable OLPC propose à l’heure actuelle plus 150 applicatifs différents avec des activités permettant aux enfants d’apprendre à lire, à écrire et à compter par exemple. La conception des applicatifs est basée sur la théorie du constructivisme: l’enfant n’a pas besoin de savoir comment lire pour opérer les applicatifs parce que l’interaction est basée sur des icônes tandis que les activités d’apprentissage proposées s’appuient sur une démarche similaire à la programmation.

Avec un marché ciblant les enfants scolarisés de 6 à 12 ans dans les pays émergeants (représentant des centaines de millions d’écoliers), le projet OLPC a “du pain sur la planche” dans les années à venir. Les objectifs du projet sont nobles. Dans une certaine mesure cela devrait suffir pour en assurer sa pérennité à condition que la question du prix du portable OPLC ne devient pas un obstacle. Lors du lancement de l’idée d’un portable par enfant, le prix de 100 dollars US avait été annoncé. Il avait été jugé irréaliste à l’époque mais cela était bien avant l’arrivée des netbooks. Aujourd’hui le prix d’un portable OLPC (livraison et formation incluses) coûte 180 dollars US tandis les prix des netbooks sont de l’ordre de 300/400 dollars US. A l’heure actuelle, il est possible par exemple de trouver un Asus Eee PC 701 chez Amazon à 250 dollars US. La différence de prix se réduit de plus en plus. Au mois d’août dernier, un article publié sur le site Liliputing ((http://www.liliputing.com/2009/08/lanyu-ebook-ly-eb01-7-inch-netbook-rev...)

) annonçait l’arrivée du Lanyu LY-EB01 eBook, un netbook « made in China » à moins de 100 dollars US mais malheureusement uniquement disponible en Chine. Lorsque certains Gouvernements africains franchiront le pas entre l’accord de principe et le déploiement de portables OLPC dans les écoles primaires, quel sera le poids du prix du portable OLPC dans leur décision finale au regard de la nécessité de trouver des bailleurs de fonds internationaux pour financer le déploiement?

Pour de plus amples informations sur les activités de la fondation OLPC Europe, visitez leur site Internet à http://www.olpceu.org

Effortel cherche à accéder au marché Africain avec une offre MVNO

L'Afrique offre deux visages au sujet de MVNOs : d'une part, les MVNOs semblent avoir pris racine en Afrique du Sud, mais ailleurs ils provoquent des réactions nerveuses de la part des acteurs du marché. Les opérateurs de réseau mobile virtuel (MVNO) sont considérés comme la prochaine étape sur les marchés fortement concurrentiels. La formule des MVNOs conviennent aux opérateurs qui luttent pour gagner des parts de marché : ils contribuent à la croissance financière qui permettent d'éponger le CAPEX des opérateurs. Pour l'investisseur, un MVNO dans le contexte africain est probablement adapté pour une entité qui a déjà une base clients sur place, que cela soit une institution financière ou un détaillant. Russell Southwood a parlé au Président d'Effortel - Arkadi Panitch - au sujet des raisons qui le motivent à considérer l'Afrique pour lancer des opérations MVNO.

Arkadi Panitch a travaillé chez Orange marketing avant de lancer sa propre société. Une de ses tâches chez Orange était d'examiner quelle stratégie la compagnie pouvait élaborer pour lancer des MVNOs. Il a alors proposé de former une association avec diverses chaînes de magasins de vente au détail incluant Carrefour. Ce type de MVNO cible un groupe de population particulier en s'appuyant sur marque connue. L'idée s'est avérée être trop eloigné de la stratégie d'Orange et Panitch a donc décidé de fonder sa propre société pour ce faire. L'idée a pris du temps à décoller mais un jour, il a reçu un appel positif de Carrefour. Le distributeur avait atteint un point où les ventes de nourriture et de marchandises non-alimentaires se stabilisaient. Carrefour recherchait des services offrant de nouveaux débouchés pour ses ventes au détail. En complément de services financiers offert par le détaillant, des services mobiles prépayés furent jugés adaptés. Effortel fournit l'expérience dans les télécoms et Carrefour son réseau de distribution via une licence de marque.

Selon Panitch : "Nous leur avons apporté le produit et avons veillé à ce que l'interface avec l'opérateur mobile se passe correctement, contrôlant avec soin le service client et les ventes tout en dirigeant le back office et une partie du front office." Le service est signé Carrefour et Effortel l'a fourni pour Carrefour Belgique avec le soutien du groupe hollandais KPN qui offre des services mobiles dans ce pays.

La plupart des opérateurs mobiles africains offrent un choix ahurissant d'offres prépayées mais peu ont les ressources nécessaires pour chasser des marchés niches avec succès.

Comme Panitch l'observe : "Il (le MVNO) peut ne pas s'insérer dans leurs processus existants. Ils (les opérateurs télécoms) sont adaptés pour s'attaquer à des marchés grand-publics. C'est un peu comme demander à VW de commencer à construire des voitures sur mesure, adaptées aux besoins du client."

Ainsi, du point de vue de l'opérateur mobile africain, il s'agit d'ajouter un complément de valeur pour un coût minimum. "C'est une pure contribution financière." Le marché des MVNO peut être un levier de croissance pour les opérateurs classiques qui n'arrivent plus à attirer de clients sur leur offre classique. Une partie du réseau inutilisé peut être revendu.

Effortel a cinq MVNOs dans quatre pays - Belgique, Pologne, Italie (ciblé sur une communauté de Diaspora) et Taiwan - avec plus de 600.000 activations.

L'offre de Panitch s'adaptera bien à un opérateur qui essaye de développer des parts de marché avec la nécessité d'externaliser des affaires : " Ce pourrait être l'opérateur no. 3 ou 4 sur un marché donné qui a besoin d'augmenter son trafic et ses revenues. Les titulaires tendent à réagir de façon défensive lorsqu'il s'agit d'externaliser, et le "cannibalisme" est la principale crainte. Ou encore ils disent "nous pouvons le faire nous-mêmes". Vodafone Italie a décidé d'externaliser, mais c'est l'exception plutôt que la règle."

Dans les bonnes circonstances, le point d'équilibre financier pour une opération de MVNO est assez bas : " Selon l'ARPUs et les marges de distribution, il peut être entre 60.000 et 100.000 abonnés. L'ARPUs MVNO à Taiwan est de US$6-7 et celui en Belgique est légèrement plus élevé ".

À un niveau global, les abonnés de MVNO représentent 5% du marché et sur quelques marchés la part peut grimper à 15%.

Alors pourquoi cibler l'Afrique ? : "C'est un continent énorme avec beaucoup de possibilités pour des mises en place de MVNOs. En Europe, c'est plus difficile parce que les opérateurs veulent faire tout eux-mêmes. Il y a plus de possibilités en Afrique où cela coûtera moins d'argent pour démarrer. "Les meilleurs investisseur seront ceux qui dirigent déjà des entreprises de services dans un segment en place : Par exemple, il pourrait s'agir des communautés libanaises ou indiennes où l'investisseur a déjà une large base clients."

L'investissement requis est dans l'ordre de US$ 0.5 million et en ce qui concerne les opérations menées par Panitch jusqu'ici, le retour sur investissement se fait en moins d'une année.

En juin 2008, il y eut une histoire annonçant que Kirene, une marque d'eau minérale au Sénégal lançait un MVNO avec Orange Sénégal. L'annonce a été très rapidement suivi d'un communiqué du régulateur ARTP expliquant que l'offre de Kirene n'était pas un MVNO (simplement Co-branding) et que le cadre de normalisation du pays ne pourrait pas s'adapter aux MVNOs.

Deux vagues actuelles vont en faveur des MVNOs (Afrique incluse) : premièrement, il y a une concurrence intense dans de plus en plus de marchés libéralisés, et les acteurs qui ont pris du retard ont besoin d'aide pour remonter la pente ; et deuxièmement, dans un délai de trois ans, le ralentissement de la croissance sur quelques marchés va obliger les opérateurs à dénicher de nouvelles méthodes pour trouver de nouveaux clients vis à vis des concurrents.

Pour contacter Arkadi Panitch, écrire à editorial@balancingact-africa.com

Un nouveau rapport conclut qu’en Afrique, l’ARPU du segment mobile sera en déclin jusqu’en 2013 à l’exception des pays jouant la carte de l’Internet mobile

Une bonne nouvelle pour les consommateurs se traduit par une mauvaise nouvelle pour les opérateurs. Avec l’extension de la couverture des réseaux et plus de concurrence, l’ARPU baissera dans un certain nombre de pays africains, une tendance à long terme jusqu’au moins 2013. Dans les pays qui exploiteront les opportunités offertes par l’Internet mobile, l’ARPU augmentera.

Les opérateurs mobiles africains sont entrain d’ajuster leurs objectifs et se concentrent sur l’amélioration de leur ARPU plutôt que la croissance du nombre des abonnés. Ils essayent d’enrailler son déclin en rationalisant leurs opérations et en lançant des services « nouvelle génération ».

L’émergence des technologies 3G combinées à la quasi non-existence de réseaux fixes en Afrique offrent une opportunité d’introduire de l’Internet haut débit en conjonction avec des services multimédia et de divertissement.

Balancing Act vient de publier un nouveau rapport intitulé « African Mobile ARPU, Subscriber and Market Size Forecasts (2009-2013) » qui analyse la baisse des revenus dans différents pays et propose des projections du nombre des abonnés ainsi que de la taille des marchés dans les pays sélectionnés.

Les 24 pays figurant dans ce rapport reflètent la diversité des marchés du mobile en Afrique. Certains des pays retenus sont petits en termes de nombre abonnés tandis que d’autres sont beaucoup plus grands. Les pays sélectionnés offrent aussi un éventail d’exemples en termes de taux d’alphabétisation, de croissance du PIB et de langues. Le chapitre d’introduction comprend une analyse détaillée des origines du déclin de l’ARPU. Le rapport identifie les niveaux d’utilisation et les revenus générés dans les différents pays ainsi que les navigateurs utilisés et le contenu qui est accédé.

Parmi les 24 pays analysés dans ce rapport, 17 d’entre eux ont à faire face à une baisse de l’ARPU au court et moyen terme. Les 7 pays restants verront leur ARPU augmenter. L’ARPU n’est pas toujours suffisant pour déterminer la profitabilité mais il y a assez de données permettant son utilisation pour l’évaluation globale de la performance d’une société.

Au cours des trois à cinq dernières années, l’ARPU en Afrique est passé de 10-20 $US à 5-8 $US. Deux raisons principales expliquent ce déclin. En premier lieu, le niveau de concurrence dans le segment mobile est plus élevé et cela a entraîné une guerre des prix : c’est bon pour les consommateurs mais c’est une moins bonne nouvelle pour les opérateurs. Avec l’entrée par exemple de deux nouveaux opérateurs au Kenya portant le nombre total d’opérateurs à quatre, l’ARPU d’Orange Kenya est tombé à 2.67 $US à la fin de 2008 pour remonter par la suite. Zain Ghana a annoncé des chiffres similaires lors de sa récente phase de lancement.

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La seconde raison expliquant le déclin de l’ARPU est relative à l’extension de la couverture des réseaux. En étendant leur couverture, les opérateurs mobiles offrent un accès à des populations moins aisées. En d’autres termes, ils s’étendent à la limite du marché accessible. Avec l’augmentation du nombre d’abonnés dépensant peu, l’ARPU moyen baisse.

Parmi les 17 pays dont la l’ARPU est en baisse, 13 d’entre eux auront à nouveau un ARPU en croissance vers 2013 à la fin de la période des projections. Pour les pays cherchant à augmenter leur ARPU, la clé de leur succès réside dans l’exploitation des revenus potentiels des services mobiles de données : en termes de définition, cela couvre l’ensemble des revenus générés par les SMS et l’Internet mobile.

Pour les opérateurs mobiles, le challenge n’est pas seulement l’ARPU mais aussi une position de leader dans le segment de l’Internet haut débit en Afrique. Au Maroc par exemple, WANA, un outsider, a lancé son offre d’Internet mobile en mars 2007. A la mi-2008, il avait acquis 74% de ce marché sous le nez de son rival bien mieux établi sur le marché. La part de marché de WANA sur l’ensemble du segment Internet s’établit à 19%.

Balancing Act en collaboration avec Intelligent Networx a développé un modèle de projection de l’ARPU spécifiquement pour les marchés mobiles africains qui tient compte du pouvoir d’achat du consommateur, de la maturité du marché en termes de pénétration et du niveau de concurrence qui existe ou qui existera dans le futur. Avec son approche « comparative empirique », le rapport « African Mobile ARPU, Subscriber and Market Size Forecasts 2009-2013 » propose un modèle qui a été testé pendant plusieurs années d’être utilisé. Durant cette période test, le modèle a bien fonctionné offrant une précision considérable. En combinant les projections du PIB et de la croissance du nombre d’abonnés pour chaque pays, il permet de faire des prévisions quant à la valeur globale du chiffre d’affaires du secteur mobile.

Le rapport contient des projections du nombre d’abonnés mobiles, de l’ARPU et de la taille totale de 24 marchés africains sur la période 2009-2013 en conjonction avec une analyse du marché et des statistiques pour chaque pays du nombre d’abonnés et de l’ARPU entre 2003-2008. Au regard des incertitudes quant aux conséquences de la crise économique mondiale sur la région, deux type de projections ont été établis pour chaque pays : une croissance basse ou une croissance élevée. Cela permettra aux lecteurs de choisir les marchés les plus rentables et d’adapter leur politique d’investissement en fonction des potentiels dans chaque marché.

Le rapport intitulé « African Mobile ARPU, Subscriber and Market Size Forecasts (2009-2013) » couvre les 14 pays suivants : Algérie, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, le Congo-Brazaville, la Côte d’Ivoire, la République Démocratique du Congo, l’Egypte, le Gabon, le Ghana, le Kenya, Madagascar, le Maroc, le Mozambique, le Niger, le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Soudan, la Tanzanie, la Tunisie, l’Uganda et la Zambie. Ce rapport de 180 pages comporte 121 graphiques, 50 tableaux et des cartes détaillées des pays avec la densité de la population, la couverture GSM et les réseaux.

Pour plus d’informations sur le rapport, cliquez sur le lien suivant

http://www.balancingact-africa.com/publications.html

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Nouvelle taxe sur les communications internationales en Côte d’Ivoire: une marche à reculons !

Lorsque le câble sous-marin de fibre optique SAT3 a été endommagé le 24 juillet dernier à hauteur de Cotonou au Bénin, des routes alternatives pour faire transiter le trafic international voix & données en provenance et à destination du Bénin, du Nigéria et du Togo ont été rapidement mises en place. Le Bénin et le Togo ont sollicité Cote d’Ivoire Telecom, laquelle a pu leur fournir dans les 24 heures Côte d’Ivoire Telecom nous a confirmé qu’ils ont été sollicités par le Bénin et le Togo le samedi 25 juillet 2009. Côte d’Ivoire Télécom a pu fournir le dimanche 26 juillet à 15h pour le Togo et à 19h pour le Bénin de de la connectivité. Cet incident a démontré le rôle vital de routes terrestres alternatives de transmission mais aussi la place privilégiée que la Côte d’Ivoire peut occuper en tant que « hub » de transit pour le trafic des pays de la sous-région. Cette dernière option vient juste d’être remise en cause par l’instauration d’une taxe sur le trafic téléphonique international entrant en Côte d’Ivoire. Isabelle Gross s’interroge sur les impacts de la décision du gouvernement ivoirien aux regards de sa volonté politique de faire de la Côte d’Ivoire un centre d’excellence des TICs dans la région.

Le 10 août dernier, les opérateurs télécoms ivoiriens ont été informés par le Ministère des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication que la taxe sur l’interconnexion internationale est entrée en vigueur à partir du 1 juillet 2009. Il est à noter que la date initiale d’entrée en vigueur était fixée au 4 mai 2009, date de parution du Journal Officiel du 16 avril 2009 promulguant cette nouvelle taxe, mais des demandes de clarification à l’initiative de l’UNETEL, l’organisation patronale des opérateurs ivoiriens, ont en quelque sorte suspendu son application. Cette taxe s’applique à toutes les communications téléphoniques internationales en provenance de l’étranger : elle inclut les appels internationaux entrants directs et en transit ainsi que les appels émis en roaming international vers la Côte d’Ivoire.

Dans le Journal Officiel du 16 avril 2009 promulguant cette nouvelle taxe, l’article 54 énonce entre autre « qu’elle est à la charge de l’entreprise étrangère bénéficiant de l’interconnexion et acquittée pour son compte par l’opérateur national. Son tarif est fixé à 20 francs (0,03 Euro) sur la minute de communication internationale à destination de la Côte d’Ivoire. » En d’autres termes le gouvernement ivoirien a augmenté les prix en gros de terminaison ou de transit du trafic vers la Côte d’Ivoire de l’ordre de 20%. Cette augmentation, pour le moins, va à contre-courant de l’évolution des prix en gros des terminaisons d’appels en Afrique. Les conséquences au court terme pour les opérateurs ivoiriens sont plutôt claires : une baisse du volume des appels internationaux entrants qui se traduira par une baisse de leurs revenus. Si le prix de la minute vers la Côte d’Ivoire augmente, les gens (pensez seulement à la diaspora ivoirienne) vont appeler moins longtemps ou moins souvent !

Dans cette histoire, les opérateurs télécoms ivoiriens font figure de boucs émissaires. A eux, « le sale boulot » d’annoncer aux opérateurs étrangers (en Europe, en Amérique mais aussi en Afrique) qu’ils devront débourser 20 francs de plus pour chaque minute acheminée vers la Côte d’Ivoire. A eux encore, la tâche de collecter la taxe et de rédiger le chèque pour le compte de l’administration fiscale ivoirienne. Lorsque les opérateurs étrangers ont pris connaissance de cette augmentation, il est fort probable que certains d’entre-eux qui ont des accords bi-latéraux d’acheminement du trafic se sont sentis enclin à négocier leurs prix de terminaison à la hausse. Résultat des courses : certaines destinations internationales vont devenir plus chères pour les ivoiriens et par conséquent ils vont appeler moins longtemps ou moins souvent. Les opérateurs télécoms ivoiriens se retrouveront donc doublement pénaliser avec une chute possible du volume du trafic international sortant.

Dernier point épineux : qui va payer les 20 francs par minute pour l’ensemble du trafic international entrant entre le 1 juillet et le 10 août dernier ? Les opérateurs ivoiriens, les opérateurs internationaux ? Il est difficile de croire que les opérateurs internationaux vont assumer cette charge financière qui équivaut à une perte sèche pour eux. Pour minimiser les risques de recouvrement de la taxe par les opérateurs ivoiriens, il serait mieux de la prélever à l’encaissement plutôt qu’à la facturation.

Cette taxe de 20 francs sur les appels internationaux entrants va servir à quoi ? Selon le Journal Officiel du 16 avril 2009 :

- 12 francs (0,018 Euro) sont « destinés au financement des actions de contrôle du trafic téléphonique international entrant en Côte d’Ivoire et de lutte contre la fraude en matière de télécommunications. Cette quote-part est affectée à un Fonds créé à cet effet et dénommé Fonds de contrôle et de lutte contre la fraude en matière de télécommunications. »

- 7 francs (0.01 Euro) sont « affectés au Budget de l’Etat. »

- 1 franc (0.001 Euro) est « affecté au Fonds de la Culture »

Il est surprenant que 60% de la taxe soit allouée à un fonds de contrôle et de lutte contre la fraude alors que l’exposé des motifs précise qu’il « s’agit d’assurer un minimum de perception fiscale sur les chiffes d’affaires résultants de ses prestations. » Malheureusement la Côte d’Ivoire n’est pas le seul pays en Afrique à s’engager dans cette logique de contrôle. Au Congo, des mesures similaires viennent d’être prises. Dans une interview au magazine Réseau Telecom, le ministre des Postes et Télécommunications, Thierry Lézin Moungalla parle du rôle de contrôle du régulateur et justifie le recours à une assistance technique étrangères dans les termes suivants “Effectivement, la Société Global Voice (GVG), bien cotée sur le marché international des terminaisons de minutes, nous a adressé une offre de services assortie d’un contrat de partenariat de premier choix ; nous n’avons pas hésité à saisir la balle au bon. C’est, pour tout dire, un partenariat de type gagnant – gagnant.” A 12 francs la minute, la société qui remportera le contrat de contrôle en Côte d’Ivoire, touchera plutôt le jackpot! Avec un trafic mensuel international entrant de l’ordre de 50 millions de minutes, la taxe rapportera environ 1.5 millions d’Euros par mois.

Cette taxe qui s’apparente à une nouvelle frontière tarifaire est un sérieux handicap au positionnement des opérateurs télécoms ivoiriens sur le segment du trafic de transit des pays de la sous-région. Si le tarif en gros de la minute de transit par la Côte d’Ivoire devient trop cher, les opérateurs demandeurs de capacité de transit trouveront des pays fournisseurs alternatifs. Récemment, Ernest Ndwuke, le DG de la Nigeria Communications Commission, l’autorité de régulation au Nigéria, a avancé le concept de « fibre sans frontières » (fibre without borders) comme « une panacée pour réaliser la révolution des télécommunications en Afrique en termes de connectivité sans interruption et d’accès rapide à des services Internet haut-débit à des prix abordables pour l’ensemble des citoyens ». Il semble bien que la Côte d’Ivoire vient de faire un grand pas dans le sens contraire !

Centres de traitement des données: Est-ce le prochain gisement de croissance alors que le secteur se prépare pour l’arrivée de la fibre optique ?

Un certain nombre de sociétés dans différents pays en Afrique ont installé ou se préparent à installer des centres de traitement des données. Certains de ces centres sont directement gérés par des opérateurs télécoms tandis qu’autres n’ont pas d’affiliation avec un opérateur en particulier. Comme dans toutes ces situations de partages d’infrastructures, la confiance et les standards de service seront des éléments cruciaux. Russell Southwood s’est entretenu avec Tim Parsonson, Directeur Général de Teraco sur le pourquoi des centres de traitement des données et pourquoi à présent?

Ancien Directeur Général de Storm, une société fournissant des services d’accès Internet en Afrique du Sud avant qu’il l’ait vendue, Tim Parsonson estime que le secteur est mûr pour des acteurs indépendants souhaitant installer des centres de traitement des données. Il a des projets à long terme visant à offrir ce service dans tous les pays qui seront desservis par Seacom, le câble sous-marin de fibre optique en Afrique de l’Est. A présent il se concentre sur le développement de trois centres de traitement des données en Afrique du Sud.

Teraco Data Environments (Pty) Limited a annoncé la semaine dernière une levée complémentaire de capitaux de 50 millions de Rands principalement constituée de capitaux propres et de prêts. Cette annonce s’inscrit dans la conclusion d’une première levée de capitaux de l’ordre de 45 millions de Rands en 2008.

L’installation du premier centre de traitement des données a été achevée en février 2009 et il se situe dans le même bâtiment que Verizon (maintenant la propriété de MTN) à Cape Town. Parsonson explique que « le centre accueille l’ensemble des opérateurs qui disposent tous de câbles de redondance ». Cela inclut des opérateurs comme Telkom South Africa, Neotel, Fastnet, T-Systems, Dark Fibre Africa et Vodacom et des fournisseurs d’accès Internet tel que Web Africa. Un certain nombre de sociétés spécialisées dans l’externatisation des services utilisent aussi le centre comme site de secours.

La disponibilité du service est de type 5x9. Cela signifie que le temps de panne est proche de zéro et qu’il y a assez de capacité de redondance ainsi qu’une alimentation électrique indépendante et la climatisation. Tous les clients bénéficient d’un contrat de service garantissant ces éléments.

Avec la libéralisation du secteur des télécommunications et le nombre croissant d’opérateurs qui ont besoin de s’interconnecter, ils se retrouvent face à un double choix : construire leur propre centre de traitement des données pour s’interconnecter à d’autres opérateurs ou louer les services d’un centre indépendant. Le problème avec la première option, c’est qu’il s’agit presque « d’une course à l’armement nucléaire » que seuls les grands opérateurs sont capables de remporter. IS, Telkom South Africa, BCX et Vodacom ont par exemple construit leurs propres centres. Celui de Vodacom cible aussi le segment voix et données des grandes entreprises privées.

Certains penseront que ces centres sont comparables à la construction d’un point d’échange Internet mais bien plus grand et avec une orientation purement commerciale. Parsonson nous répond que « le centre offrira un service de point d’échange ainsi qu’un service de peering à moindre coût. Nous tenons fortement à rester neutre et à ne pas empiéter sur les activités des autres. L’objectif est de démarrer avec les opérateurs TIC et ensuite d’aller vers la clientèle entreprise. Nous cherchons à reproduire le modèle de Telehouse à Londres au Royaume-Uni ». Selon Parsonson, des accords de partenariat avec des sociétés comme T-Systems leur permettra de pénétrer ce segment de marché.

Le second centre de traitement des données se trouve à Johannesbourg sur un site près de l’aéroport. Tous les centres existants sont principalement situés dans les quartiers de Mid Rand et Centurion ou il y a de plus en plus de problèmes d’infrastructures en particulier quant aux besoins supplémentaires en électricité. Le nouveau centre de Teraco se trouve à Isanda à une vingtaine de kilomètres de ces zones et la commune leur a promis la fourniture de 7MVA d’électricité. L’ouverture du centre est prévue pour la fin de cette année avec les mêmes clients que ceux du centre de Cape Town.

Il est possible d’avoir une idée plus précise de la taille de ces opérations en fonction de leur surface d’occupation. Le centre de Johannesbourg à Isando occupe une surface de 3,500 m² tandis que le centre de Cape Town dispose d’une surface de 600 m². Un troisième centre de traitement des données sera probablement construit à Durban et aura la même taille que le centre de Cape Town. Pour comparaison, un centre de traitement des données dans un pays de taille moyenne en Afrique de l’Est est de l’ordre de 110 m ².

La construction de ces centres a coûté 12 millions de dollars US. Les investisseurs dans Teraco sont la direction et Sir Peter Michael, un investisseur britannique spécialisé dans les nouvelles technologies qui avait déjà investi dans Storm, la société que Parsonson dirigeait auparavant. Parmi les autres investisseurs, on compte aussi une société privée d’investissement dont les capitaux proviennent majoritairement de la communauté économique noire.

Est-ce que vous avez des projets d’investissement à l’extérieur de l’Afrique du Sud ? « Oui, nous comptons nous développer à l’extérieur de l’Afrique du Sud mais ses plans sont toujours au stade d’étude. Tous les pays connectés à Seacom sont des points potentiels de présence ».

La prolifération de câbles de fibre optique sur le continent africain est le prélude à une baisse des prix du trafic entre pays.

Avec le déploiement de six câbles internationaux de fibre optique durant les deux prochaines années, la course pour la construction de réseaux nationaux de fibre optique et d’interconnexions entre pays à un prix compétitif vient de démarrer. Des communiqués de presse dans les deux dernières semaines indiquent que l’arrivée de câbles internationaux à déclencher une vague de projets nationaux de déploiement de fibre optique. Les nouvelles routes conduiront à des prix plus bas pour les transmissions nationales et un re-aiguillage du trafic entre pays africains de l’international vers des routes régionales. Russel Southwood analyse la situation et tire les conséquences pour les opérateurs et les utilisateurs de bande passante.

Durant les deux dernières semaines, quatre communiqués de presse relatifs à des réseaux nationaux et des interconnexions trans-frontalières ont été publiés. Ils concernent le Cameroun, les Iles de l’Océan Indien, le Rwanda et le Togo. Ils s’inscrivent tous dans un mouvement plus profond qui voit les opérateurs africains se préparer à la transition vers une abondance de capacité en fibre optique, plus importante que ce qu’ils peuvent imaginer en faire.

Camtel, l’opérateur historique au Cameroun a annoncé le déploiement de 5,600 km de câbles de fibre optique à travers l’ensemble du pays. Seules deux routes de fibre optique existent à présent. Elles portent les noms romantiques de D1 ((Douala-Edéa-Nkondjock-Matomb-Mbankomo-Yaoundé) et D2 (Douala-Mbanga-Nkongsamba-Bafang-Baham-Bafoussam-Bandjoun-Bangangté-Bafia-Obala-Yaoundé).

Dans la première phase du projet, le réseau de fibre optique sera étendu aux principales villes dans les dix provinces du pays. Le budget du projet est de 76 milliards de FCFA. Avec les équipementiers et constructeurs Sagem et Alcatel, Camtel compte avoir posé plus de 3,000 km de câbles d’ici 2012. Selon Camtel, l’un des objectifs principaux de ce projet est de réduire les dépenses opérationnelles de son réseau national actuel.

Pour des raisons budgétaires, certains liens seront au départ des liens hertziens : entre Buea et Bamenda ainsi qu’entre Bafoussam et Ngaoundéré par exemple. Le câble de fibre optique sera posé dans des tranchés creusées le long des routes en parallèle avec le programme national de développement routier. Le communiqué n’a cependant pas fait mention du câble existant de fibre optique le long du pipeline entre le Cameroun et le Tchad construit par la société gérant l’oléoduc. Pourquoi pas ?

Deux extensions sont prévues au sud : l’une vers Mbalmayo et une autre vers Nyong. Ces liens permettront de relier trois autres pays, le Gabon, le Congo-Brazaville et la Guinée Equatoriale. La Banque Mondiale a apporté son soutien financier pour cette portion du projet ainsi que pour des liens vers le Tchad, la République Centrafrique et le Congo RDC.

La semaine dernière Orange Madagascar (en partenariat avec Mauritius Telecom et sa maison-mère) ont annoncé que le projet de câble Lion a été complété et qu’une station d’atterrissage à Toamasina connectera l’île avec ses voisins et les stations d’atterrissage sur la côte est de l’Afrique. Le câble d’une longueur de 1,800 km a une capacité de 1.3Tbps et connectera Madagascar, la Réunion et l’Ile Maurice. Des promesses ont été faites quant à une réduction par cinq des prix actuels. Bien qu’il s’agisse d’un câble appartenant principalement à France Telecom, l’opérateur sera forcé d’être concurrentiel.

A la Réunion, un tarif plus concurrentiel a été é imposé par l’ARCEP, l’autorité française de régulation qui a ramené le prix de la bande passante sur SAFE à 410 dollars US par mégabits. A l’Ile Maurice, le gouvernement a dit que toute station d’atterrissage sera proposée sur la base d’un modèle ouvert. Des discussions sont en cours à Madagascar quant au modèle économique à adopter pour les licences.

La semaine dernière, le Ministre en charge des Sciences et des Technologies, Prof. Romain Murenzi a mis beaucoup d’emphases sur une interconnexion avec l’Ouganda et le Kenya pour recevoir de la capacité internationale à partir du Kenya. Il y a deux routes en Ouganda (Rwandatel et MTN) et toutes les deux seront connectées sous peu. Il y a aussi un projet de connexion vers le Burundi (soutenu encore par la Banque Mondiale pour un montant de 24 millions de dollars US) qui envisage aussi de construire un réseau national en fibre optique. Le Rwanda a chargé la société coréenne Korea Telecom de la construction de son réseau national de fibre optique. Le Rwanda est représenté dans le consortium d’EASSy par MTN Rwanda et Altech. Altech servira de point national de présence pour le câble Seacom.

Finalement à l’échelle local, Togo Telecom est devenu le second opérateur (après Mauritius Telecom) à s’investir dans une solution de fibre optique jusqu'au trottoir: ECI Telecom, la société chargée de la construction mettra en place 300 cabinets à travers le pays. Deux déploiements de fibre jusqu’au domicile sont en cours: un à Lagos par 21st Century et un second par Algérie Telecom. Ces solutions offriront une grosse capacité en terme de bande passante permettant des applicatifs comme la télévision par IP.

Deux éléments découlent de ce type de développement. Tout d’abord avec l’arrivée de capacité internationale, les prix offerts doivent inciter les opérateurs et leurs clients (en particulier les gros clients) à réfléchir à la disparité des prix entre une bande passante internationale relativement pas chère et le prix bien plus élevé de la capacité nationale (sur une base dollars US par km). On peut discuter du fait que la capacité terrestre est plus chère que la capacité sous-marine en terme de coûts opérationnels mais tout de même pas beaucoup plus chère.

Ensuite le routage par défaut du trafic entre les pays africains - en particulier le trafic voix - rend compte de la situation détaillée ci-dessus. Il est moins cher de router le trafic via Londres ou New York et avec plus de volume, les rabais sont plus importants. Avec une augmentation de nombre de routes trans-frontalières dont certaines sont opérées par des opérateurs compétitifs, il sera bientôt temps de revoir cette situation.

Si les opérateurs régionaux peuvent ramener les prix de la fibre régionale au même prix ou plus bas que la fibre internationale, ils n’auront pas besoin de payer pour de la capacité internationale fibre ou satellite en dollars. Ils pourront par conséquent réaliser des économies considérables à leur profit. Un dollar fort renforce simplement cette argumentation.