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Zambie: "Des privatisations en cascade"

La Zambie a vendu plus de 262 entreprises publiques au cours des 18 dernières années, la toute dernière étant la société de télécommunications Zamtel également menacée.

Pendant que les discussions se poursuivent sur le fait de savoir si la privatisation est la meilleure option politique pour le pays, le gouvernement a tiré leçon de ses expériences et pris davantage en compte les préoccupations des travailleurs dans la cession la plus récente.

L'opérateur de télécommunications Lap Green Networks, l'un des investissements du gouvernement libyen, a acheté en juin les 75 pour cent des actions de Zamtel pour 384 millions de dollars, le montant le plus élevé négocié par une entreprise publique depuis que ce pays d'Afrique australe s'est embarqué dans le processus de privatisation en 1992.

La privatisation fait partie des conditions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) pour la poursuite du soutien des bailleurs de fonds. Lorsque le gouvernement du MMD est venu au pouvoir en 1991, les deux institutions de Bretton Woods ont exigé le programme d'ajustement structurel qui ferait passer le pays d'une économie socialiste à une économie de marché.

James Matale, le premier directeur général de l'Agence zambienne de privatisation, déclare à IPS que la privatisation a été proposée comme panacée aux maux économiques de la Zambie "mais elle est motivée par de grands intérêts d'affaires en rapport avec le gouvernement qui privatise en cascade les entreprises et les actifs. Il y a trop de corruption".

Il trouve surprenant que la Zambie poursuive encore la privatisation dans le cadre de son programme de développement. Par expérience, il pense qu'avec l'injection de capitaux dans les entreprises publiques et moins d'intervention du gouvernement dans leur exploitation, elles vont retrouver leur équilibre.

L'ancien président Frederick Chiluba n'est pas de cet avis. Il déclare à IPS que la privatisation est une politique fondamentale de libéralisation de l'économie. Lorsqu'il a accédé à la présidence en 1991, l'Etat s'était engagé à "faire du pain et à fournir le service de transport en autobus", soutient Chiluba.

Le gouvernement subventionnait les entités qui tournaient à perte telles que les mines de cuivre, à hauteur d'un million de dollars par jour à un moment et il était lui-même confronté à de sérieuses difficultés financières et à des dettes extérieures allant jusqu'à sept milliards de dollars.

Chiluba, qui a été disculpé des charges de corruption en 2009, a reconnu qu'il y a eu des pertes. Il n'y avait aucune courbe d'assimilation; il y avait environ 300 sociétés chancelantes soutenant l'économie qu'il fallait mettre entre les mains d'acteurs privés. Des emplois ont été inévitablement perdus, en particulier au niveau des sociétés tournant à perte qui étaient aussitôt liquidées dès la vente.

"Mais en tant que mesure politique, la privatisation est un succès. Elle a apporté de l'efficacité et de la prévisibilité à l'économie. L'argent qui était dépensé en guise de subventions du gouvernement peut maintenant être mieux utilisé ailleurs. Le secteur minier a connu une croissance exponentielle. Les pertes temporaires ont été compensées par de nouveaux employeurs dans le secteur économique".

Le ministre du Commerce Felix Mutati déclare à IPS que la vente de Zamtel demeure la plus bénéfique. Le gouvernement a mobilisé environ 433 millions de dollars au total à partir des 267 précédentes transactions. Cette fois-ci, il a eu comme gain 257 millions de dollars et 127 millions de dollars supplémentaires comme garantie de financement.

Mutati explique que le gouvernement était à la recherche de moyens pour renforcer les exploitations de Zamtel et trouver des solutions à ses problèmes de longue date. L'entreprise publique s'est effondrée totalement avec plus de 50 pour cent de ses revenus mensuels affectés au paiement des salaires de ses 2.400 travailleurs. Zamtel a tourné à perte de 17 millions de dollars en 2008, ce qui a grimpé à plus de 30 millions de dollars en 2009.

En outre, malgré son statut de monopole, Zamtel essaie seulement de gérer 100.000 abonnés environ de lignes fixes et de réseau sans fil pendant que les deux opérateurs mobiles, Zain et MTN, partagent plus de 3,5 millions d'abonnés.

Bien qu'il compte moins d'abonnés, Zamtel emploie presque quatre fois plus de travailleurs que les concurrents privés.

Les opérateurs privés ont également contribué d'environ 270 millions de dollars au trésor public pendant que Zamtel doit à l'Etat plus de 56 millions de dollars comme impayés d'impôts.

Le gouvernement avait deux options: injecter un montant supplémentaire de 200 millions de dollars dans la société ou engager un partenaire actionnaire. "Le gouvernement n'avait pas d'argent, donc la privatisation était la meilleure option", a déclaré Mutati.

Il y a eu une tentative sérieuse d'opposition à la vente par les leaders de l'opposition Hakainde Hichilema et Michael Sata du front patriotique UPND qui déclarent que le processus manque de transparence, que le gouvernement avait cédé beaucoup d'actions, et cela à un prix bas.

Mais le gouvernement a assuré que la principale cause d'inquiétude - les indemnités de licenciement et le chômage - était placée en priorité.

Le secrétaire général de l'Union nationale des travailleurs en communication (NUCW), Clément Kasonde, salue la vente, affirmant que le syndicat a été collaborateur du gouvernement et qu'il revient aux nouveaux acheteurs de se prononcer sur les indemnités de licenciement au profit des employés une fois qu'ils seront officiellement adjudicataires.

Le personnel recevra des avantages complémentaires comprenant la rémunération correspondant à trois mois de salaires pour chaque année de travail, le paiement de deux mois de salaires pour le rapatriement et un mois de salaire en guise de préavis. La restructuration et les nouvelles embauches sont prévues pour commencer en ce mois de juillet 2010 et pour prendre fin au plus tard en août.

"Cela a mis fin à la vague des critiques", déclare Justine Sinkoko, comptable à Zamtel, qui attend avec impatience de recevoir son offre pour faire "quelque chose d'autre" de sa vie.

"Nous avons fait fi des appels au boycott de la vente parce que nous ne sommes pas dans de bonnes conditions ici. Nous ne savions jamais d'un mois à un autre quand est-ce que notre salaire allait tomber. Parfois, le paiement connaissait des retards de deux mois. Aucun travailleur ici ne s'oppose à la vente. Ceux qui le désirent peuvent faire de nouvelles demandes d'emploi pour revenir", déclare Sinkoko à IPS.

C'est la première fois que des dispositions sur les indemnités de licenciement sont contenues dans un contrat de cession. Par le passé, il revenait aux nouveaux propriétaires de respecter leurs promesses de payer les bénéfices. Il y a des centaines de travailleurs qui attendent encore leurs droits depuis 10 ans que des sociétés ont été vendues.

Source: IPS

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