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Sénégal: Amadou Top, directeur executif du CONTAN - «L'affaire des coréens est une affabulation»

La tension monte à quelques mois seulement du passage pour le Sénégal de l'analogique au numérique. Un basculement qui suscite intérêts et inquiétudes. Le directeur exécutif du Comité national de pilotage de la transition de l'audiovisuel analogique au numérique (CONTAN), Amadou Top revient ici sur les enjeux tout en levant les équivoques.

L'ingénieur informaticien confie que les Coréens qui ont été cités comme étant les futurs vainqueurs de l'appel d'offre relèvent de l'affabulation. Et à ceux qui pensent que le CONTAN va survivre au-delà de sa mission, il tranche net : «sa durée de vie s'arrête au lendemain du 17 juin 2015».

Le 17 juin 2015 est considéré comme une date importante pour la zone Afrique pour le passage de l'analogique au numérique. Est-ce une date butoir ou faut-il être juste prêt pour un basculement progressif ?

C'est une date limite ! Cela veut dire qu'au plus tard, le 17 juin 2015, il faut avoir basculé de l'analogique au numérique. Et c'est une date impérative.

C'est un accord que nous avons signé en 2006 avec l'Union internationale des télécommunications (UIT). Il ne s'agit pas tout simplement d'un accord signé par le Sénégal mais par beaucoup d'autres pays. Et l'ensemble du monde a signé également des accords similaires pour pouvoir basculer de l'analogique au numérique.

C'est en fait le monde entier qui bascule de l'analogique au numérique. Pour notre zone, la date impérative, c'est le 17 juin 2015. Autrement dit, le 18 juin, tous ceux qui n'auront pas la possibilité d'avoir du numérique, ne pourront plus avoir de télévision. Il n'y aura plus de télévision analogique. Du tout !

Des dispositions sont-elles prises au Sénégal pour sensibiliser davantage la population par rapport à ce deadline ?

C'est ce que à quoi nous nous attelons actuellement. Si vous avez remarqué, depuis un certain temps, nous sommes très présents sur les plateaux de télévision. Il faut aussi dire que nous ne sommes installés que depuis moins de quinze jours et que nous prenons le relais d'un Comité national du numérique (CNN) qui a existé pendant trois ans et qui a déposé ses conclusions.

Finalement, c'est seulement depuis le 30 décembre 2013, que nous avons été installés en tant que nouveau comité pour mettre en œuvre les dispositions devant permettre le passage de l'analogique au numérique.

Nous avons déjà commencé à travailler sur les plannings. Nous travaillons sur les aspects infrastructurels : comment avoir les partenaires qui vont nous construire les infrastructures ? C'est pourquoi nous avons lancé un appel à candidatures.

Nous essayons de régler les problèmes liés à l'environnement juridique qui va être extrêmement important. Nous essayons de trouver les moyens de conforter les opérateurs de télévision, dans l'idée qu'ils seront gagnants dans l'opération. Tout cela va se faire simultanément dans un temps très court.

Nous sommes en train de le faire avec toute la volonté et l'énergie requise. Nous allons déployer quatre phases de communication d'une durée d'un mois chacune. Ces quatre phases de communication sont destinées au grand public, aux relais sociaux, aux institutions et à toute la société civile, etc.

L'appel à candidatures que vous avez lancé et qui prend fin le 3 février 2014, fait l'objet d'un débat au Sénégal. D'aucuns déplorent le délai de 15 jours qu'ils jugent trop court. Que leur répondez-vous ?

Les délais ne sont pas courts pour ceux qui ont vraiment les solutions. Ce qu'on demande est très simple, c'est de répondre s'ils peuvent ou non. Nous n'avons pas mis des considérations techniques extrêmes.

Nous avons dit, si vous avez des solutions, proposez les nous. Dites-nous, à combien vous voulez le faire et dans quelle condition vous pouvez le faire. Comment voulez -vous être remboursé ? C'est très simple. Nous n'avons pas mis de conditionnalités extrêmes.

En général, quand vous regardez les appels d'offres, pour 90% ce sont les conditions : «il faut que vous ayez fait ça dans dix pays. Il faut vous ayez quinze ans d'expérience. Il faut que vous ayez fait ceci ou cela».

Nous n'avons pas pris en compte toutes ces dispositions là parce que nous sommes pris par l'urgence. Nous avons mis maintenant les spécifications techniques qui sont des normes adoptées par la CEDEAO, par l'UEMOA et par l'Union africaine (UA).

Ces normes-là, nous disons, qu'il faut les appliquer. Toute solution qui applique ces normes-là, en réalité est capable de répondre aux besoins du passage à la TNT (Télévision numérique terrestre).

Tous ceux qui ont vraiment des solutions n'ont pas besoin de deux, trois jours, pour répondre à ces normes-là. Maintenant la question, c'est de savoir s'ils ont les moyens parce que l'Etat dit : «je n'ai pas d'argent, je veux que vous, vous préfinanciez».

Toute la question est là. Et là aussi, nous ne demandons pas tout de suite qu'ils amènent une garantie. C'est une phase de présélection, nous allons après, remettre au chef de l'Etat qui décidera.

Nous leur disons, donnez la preuve de votre capacité financière, c'est tout. Maintenant, la preuve des capacités techniques, ce sont des références. Là aussi, nous ne leur demandons pas un nombre de références déterminées. Nous leur demandons de donner des références.

Et sur la base du comparatif des différentes offres qui pourront le faire. Cela nous l'avons fait parce que nous sommes pris par des délais tellement courts que nous sommes obligés de tenir compte aussi des conditions dans lesquelles, ils vont avoir à travailler parce qu'il faut qu'ils fassent tout le pays, qu'ils entrent dans toutes les maisons.

Qu'ils changent ou ne changent pas les appareils, qu'ils mettent ou posent des décodeurs, réorientent les antennes, qu'ils fassent ce qu'on appelle du simulplast. Parce que, pendant la période où ils vont passer de l'analogique au numérique, les gens doivent continuer à recevoir la télévision analogique et la recevront jusqu'au 17 juin 2015.

Et pendant que l'opérateur d'infrastructure est en train de mettre en place son infrastructure, il faut qu'il continue d'offrir lui-même l'analogique. C'est ça la difficulté. C'est pourquoi, nous sommes vraiment pris par les délais. Nous savons que quelle que soit la société qui va le faire, si elle ne commence pas maintenant, elle ne pourra pas le faire. Voilà les raisons.

N'y a-t-il pas eu absence de communication en direction des patrons de presse. Notamment ceux de l'audiovisuel ?

Avant même que nous ne tenions notre première réunion, j'ai écrit à tous les directeurs de presse pour leur demander de me recevoir afin que je leur présente le projet tel que nous l'avons élaboré et les urgences.

J'ai rencontré tous ceux qui m'ont répondu. Et chaque fois que j'ai expliqué la situation, il n'y a pas eu de problèmes. Au contraire ! Leur question, c'était quand est-ce que vous commencez parce qu'il y a urgence.

En revanche, ceux qui n'avaient pas répondu, avaient une position figée. Parce que la plupart d'entre eux, disaient ne pas comprendre pourquoi, ils ne sont pas sur le décret de constitution des membres du CONTAN. Alors que le décret n'est pas d'abord de mon ressort (rires). C'est le président de la République qui le prend.

Ensuite, les raisons qui ont poussé le chef de l'Etat à prendre un tel décret, c'est qu'il fallait parer à l'urgence, faire en sorte que toutes les structures de l'administration concernée, de près ou de loin par la question, de l'information, de l'internet, de la télécommunication, puissent se retrouver rapidement afin qu'on harmonise les positions au sein de l'administration.

Ensuite, dans le même décret, il précise qu'il faut avoir une participation de tous les acteurs dans ce que nous faisons. C'est la raison pour laquelle, nous avons été installés le 30 décembre 2013.

Le 2 janvier 2014, nous avons tenu la première réunion de ce comité en question. Il a fallu pousser pour qu'on aille vite. Parce que ce sont les instances qui désignent leur représentant, notamment la Primature, l'Assemblée nationale, le Conseil économique social et environnemental, les ministères des Finances, de la Culture, de la Communication. Nous avons tout fait pour les réunir le 3 janvier, puis le 6.

Ensuite, nous avons tenu deux journées d'études pour nous entendre parce que ce sont des personnes qui viennent d'horizons différents.

Et au vu de l'urgence, nous avons lancé l'appel à candidatures qui était permis par l'article 32 du code des Télécommunications. Nous avons une réunion demain (aujourd'hui, Ndlr) dans laquelle, nous allons définir, les différentes task-forces. C'est-à-dire des groupes de travail qu'il va falloir mettre en place par secteur. Parmi ceux-ci, il y a un qui ne concerne que les télécommunications.

Source: Sud Quotidien

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