ACTUALITéS INTERNET

Les limites du marché Internet au Maroc

La généralisation de l'accès à l'Internet n'est pas pour demain. Beaucoup de chemin reste à parcourir pour développer le marché Internet au Maroc qui évolue en dents de scie. En dépit d'un certain discours, le nombre d'abonnés n'atteint même pas les 90.000 et les chiffres sont encore loin du potentiel de développement évalué à 500.000 internautes. Certes, le nombre d'abonnés a connu une légère amélioration avec le lancement de l'offre ADSL haut débit, mais le taux de pénétration et l'accès à l'Internet restent en deçà des réalisations des pays au même niveau de développement économique que le Maroc. Cette situation est essentiellement imputable à l'analphabétisme informatique, au sous-équipement en ordinateurs et au prix d'accès à l'Internet.

Une remarque s'impose au préalable : En dépit des efforts accomplis par le Royaume, la réglementation du commerce électronique reste embryonnaire et nécessite un intérêt particulier. Les raisons sont multiples: étant signataire de plusieurs conventions sur la propriété intellectuelle et industrielle, le Maroc est obligé de légiférer pour maîtriser ce commerce. De surcroît, le téléchargement "gratuit" de fichiers et documents n'est pas sans danger. Les sites offrent souvent une matière incitant à la violence et à la haine et c'est au pouvoir législatif d'en réglementer l'accès.

Par ailleurs, l'étude de l'ANRT constitue un outil d'identification des actions permettant d'accélérer le développement du marché de l'Internet et de mettre en place un modèle économique viable pour tous les acteurs du marché, afin de proposer des offres de services accessibles.

Aujourd'hui, la fourniture de l'accès Internet au Maroc est effectuée essentiellement par des Fournisseurs de Service Internet (FSI). Ce marché est fortement dominé par Menara qui est la marque commerciale Internet de l'opérateur historique avec une part de marché de 88% tous accès confondus, et de 94% sur ADSL. Les autres FSI se partagent le reste du parc, sans pour autant connaître des évolutions importantes.

Il faut signaler, cependant, que le nombre de fournisseurs d'Internet commercialisant des accès Internet baisse sans cesse depuis des années. Cette situation s'est traduite par un monopole du fait entre deux principaux opérateurs: Menara et Maroc Connect. Cette tendance fait que l'évolution du marché de l'Internet durant les dernières années s'est faite essentiellement grâce aux cybercafés dont le nombre dépasse les 2000.

Une autre contrainte réside dans le faible taux d'équipement en PC qui devrait être réglé afin d'élargir la base de clients potentiels. A cet obstacle, s'ajoute celui de la nécessité de souscrire à un abonnement téléphonique afin de pouvoir bénéficier d'un abonnement Internet pour les offres d'accès Dial Up et ADSL.

L'étude constate aussi que le positionnement actuel des offres Internet ne permet pas d'offrir des solutions d'accès adéquates à une large gamme de la population, et ce au regard des offres actuelles. Si l'offre ADSL d'entrée gamme, qui se situe autour de 300 DHS, a eu un effet dynamique, de nouvelles offres devraient être mises en place à des prix suffisamment différenciés pour atteindre de plus larges adhésions. D'où la recommandation d'effectuer un repositionnement des offres Internet.

Concernant le contenu, l'analyse des utilisations effectuées démontre, d'aprrès l'étude, que cet outil est encore sous utilisé à cause du manque de contenu local adapté pouvant susciter un intérêt d'une plus grande partie de la population, ainsi que le manque de sensibilisation sur les potentiels bénéfices qui peuvent en être tirés.

Malgré ces contraintes, l'introduction de l'Internet dans la nouvelle définition du service universel permettra d'étendre la couverture et l'accès aux services Internet. De son côté, le processus de libéralisation en cours permettra une multiplication d'acteurs ainsi qu'une diversification des offres de gros qui réduiraient la dépendance des fournisseurs par rapport à l'opérateur historique.

Des risquent persistent cependant. Ils sont en rapport avec la continuité du monopole sur les services fixes, l'acceptation de l'attitude fataliste sur la faible évolution de l'Internet sous prétexte qu'il n'existe pas de potentiel de développement du marché de l'Internet ainsi que l'augmentation de la facture numérique avec une grande partie des foyers à fort revenu abonnés à l'ADSL, et la majorité se contentant de Cybercafés comme seul moyen de connexion.

Libération

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