L'éDITORIAL DU MOIS

Le Nigéria se prépare à devenir le plus grand marché pour les paiements mobiles

Il y a quelques semaines deçà, Orange annonçait le lancement de M-Money au Mali tandis que l’opérateur mobile Zain déclarait qu’il allait bientôt lancer son service de paiements via mobile (Zap) au Kenya pour concurrencer le service M-Pesa offert par Safaricom. Le véritable gros marché pour ce type de services sera le Nigéria aussi longtemps que les opérateurs fassent les choses biens. Bien que les banques du Nigéria soient parmi les plus actives du continent, il reste beaucoup d’opportunités à saisir selon Emmanuel Okoegwale.

La possibilité de payer pour des biens et des services sans argent liquide ou une carte est très attractive. En Afrique, cette idée est poussée par le besoin de réduire le risque lié au vol. Le portable est idéal parce qu’il est peu cher et omniprésent. Il peut en plus identifier le payeur et le receveur ainsi qu’enregistrer la transaction.

Les services de paiement via mobile vont changer la façon dont les consommateurs font des paiements et réagissent aux services financiers. Ces services financiers via mobile inclueront des informations sur le compte du client, des mises à jour, des alertes, le paiment des factures, des opérations interpersonnelles ainsi que des transferts à l’étranger.

Au Nigéria ou l’électricité et les transports sont erratiques, le portable est une force de changement - et pas seulement pour les appels téléphoniques. La téléphonie mobile peut réduire les barrières de prix dans le cycle de la valeur.

Le succès de M-pesa au Kenya (avec plus de 2 millions d’utilisateurs) a démontré le besoin indéniable d’une plateforme qui permettrait aux Africains de faire des transactions sans argent liquide et sans se rendre dans une banque. Les débuts plutôt lents des paiements via mobile au Nigéria présentent de vastes opportunités qui peuvent révolutionner le secteur des paiements, créer une nouvelle catégorie d’entrepreneurs mobiles et de nouvelles stratégies commerciales dans un marché comptant 54 millions d’usagers du mobile avec un potentiel de 140 millions d’habitants.

Le téléphone portable est un moyen puissant pour développer le commerce. Les banques ont été jusqu’à présent incapables d’attirer la population jeune parce qu’elles essayent de se rapprocher de ce segment en utilisant des moyens traditionnels de communication et pas le téléphone portable. Il est bien possible que les jeunes adoptent plus vite les services de paiements via mobile que les gens plus âgées parce que les jeunes sont toujours les premiers à adopter une nouvelle technologie. La bonne nouvelle, c’est que les jeunes constituent une majorité des abonnés mobiles au Nigéria et ils sont largement sous bancarisés. Un calcul simple à partir de la base d’abonnés au Nigéria montre que 54 millions d’abonnés mobiles représentent deux fois plus que les 24 millions de personnes qui disposent d’un compte bancaire. Incontestablement, il reste 30 millions de personnes avec un mobile mais sans compte bancaire.

Les acteurs des services financiers au Nigéria sont toujours à la recherche de solutions technologiques particulièrement élusives et les progrès vers une inter polarité des systèmes pour les paiements via mobile sont lents. Le processus est d’autant plus compliqué à cause du grand nombre d’acteurs dans ce secteur et du challenge que constitue l’intégration dans une seule plateforme de modèles commerciaux différents et d’applicatifs variés. Même le terme de paiements via mobile recoupe des définitions différentes. Certaines banques qui offrent aujourd’hui des services bancaires sur mobile classifient par erreur leur service comme des paiements via mobile en particulier lorsque l’utilisateur est limité à accéder le solde de son compte et peut seulement faire des virements entre ses comptes domiciliés à la même banque.

Les opérateurs mobiles ne sont pas très enclins à fournir des moyens de paiements et des services financiers et par conséquent il est nécessaire d’établir une collaboration intersectorielle telle que celle entre Glo et First Bank pour une carte de paiement ou celle entre MTN et la banque UBA. Ce type de collaboration peut être un succès comme l’illustre le partenariat entre l’opérateur mobile sud-africain MTN et Standard Bank.

En Afrique du Sud, MTN a lancé une carte SIM sous le label «Y’ello Bank » offrant des services bancaires mobiles avec Standard Bank basé sur une collaboration 50:50. Le service est opéré par une division particulière de Standard Bank et par conséquent est soumis à la réglementation bancaire en vigueur assurant la conformité et l’interpolarité du service avec le reste de l’infrastructure de paiement.

Un grand nombre de banques du Nigéria sont entrain d’évaluer des solutions de paiements mobiles venant de l’étranger sans pour autant avoir vraiment compris la douloureuse expérience de l’Afrique avec le « WAP Bancaire ». L’envoi à l’étranger de données bancaires basé sur la technologie WAP a été un désastre parce que la technologie IP a été utilisée avec les portables résultant en une expérience qui était lente, peu fiable, cher pour un consommateur africain habitant un continent pratiquant des prix élevés sur l’Internet mobile, avec une mauvaise couverture, sur des portables avec des fonctionnalités limitées et des consommateurs mal éduqués. Des technologies plus simples auraient eu un meilleur résultat. Cependant il faut noter que telle était la situation avant que les opérateurs mobiles aient déployé des réseaux data.

Les messages par SMS continueront à être le support dominant des paiements mobiles alors que les technologies WAP, USSD et la communication en champ proche (Near Field Communication ou NFC) vont aussi se développer. La technologie NFC a attiré l’attention de nombreux acteurs au Nigéria en raison de sa facilité d’utilisation et l’emphase européenne mais pour l’instant elle a négligé d’inclure l’utilisateur final à ce stade précoce. La limitation principale de la technologie NFC est la nécessité pour l’utilisateur de posséder un portable compatible NFC. Cela sera un obstacle majeur dans une économie où le revenu par habitant est faible et la périodicité de remplacement d’un portable est de 4 ans. La communication audio en champ proche développée par Tag Attitude en France se veut clairement être une technologie de transition qui ne nécessite pas l’achat d’un nouveau combiné et est compatible avec la majorité des portables.

Au Nigéria, les échanges informels de crédits d’appels représentent plus de 5% de l’ensemble des crédits d’appels achetés. Les banques risquent de perdre des parts de marché si les gens trouvent plus commode de faire circuler l’argent pour payer leur dette, envoyer de petits transferts à leur famille et amis via ce système informel.

La question des paiements via le mobile n’est pas un problème d’ordre technologique. C’est la gestion de l’écosystème des acteurs comme les banques qui manquent de technologie, les opérateurs mobiles non coopératifs, la compréhension partielle des questions financières et en dernier lieur une réglementation qui ne tient pas compte de la vitesse en matière d’innovations technologiques, qui enfin compte gênera la croissance de ce secteur qui fleurit déjà de façon informelle.

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