L'éDITORIAL DU MOIS

L’INTRODUCTION DE LA TELEVISION NUMERIQUE EN AFRIQUE – LE SENEGAL, LA NAMIBIE ET L’ILE MAURICE, DES PRECURSSEURS DANS CE DOMAINE

Cinq ans en arrière l’idée de la télévision numérique en Afrique paraissait absurde. Ce continent était un goulet d’étranglement en terme de tranmission d’informations. Aujourd’hui  deux pays ont annoncé leur intention d’offrir un accès à la télévision numérique. Le Sénégal semble être le premier pays à être entré dans la danse en laissant un projet pilote auprès de 200 abonnés à la fin de l’année dernière. L’Ile Maurice est entrain d’expérimenter et lancera officiellement un tel service en 2006. L’Afrique du Sud s’est engagée dans cette voie aussi, mais pour l’instant seule une offre de vidéos à la demande est à l’essai. Avec l’accès à des connexions Internet à haut-débit, les acteurs dans ce secteur d’activité seront bientôt en mesure de surenchérir en terme d’offres de services combinant la voix, l’Internet et la télévision via un accès haut-debit. Russell Southwood analyse les limitations qui à présent freinent encore le développement de ce marché.

Le dernier acteur à arriver sur ce marché est la société "London Satellite System" (LSS) de l’Ile Maurice qui a travaillé depuis 1998 à l’introduction de la télévision numérique terrestre et qui a annoncé une offre grand public pour le premier trimestre 2006. Maxime King, le DG de  LSS a expliqué cette semaine lors de l’annonce du lancement « nous sommes au début de l’ère de la télévision numérique ».

Leur plateforme est apparament déjà prête, les boîtiers ont été identifiés et le réseau est en pleine construction. LSS a annoncé que les essais effectués sur leur plateforme ont été positifs.

Selon Maxime King « nous avons déjà investi 50 millions MR. Nous allons investir 20 millions MR en plus durant les deux prochaines années ». Au cours terme leur objectif est de connecter 30,000 foyers dans les deux prochains mois.

LSS a investi dans ce projet dans l’objectif ou la société sera capable d’offrir une image dont la qualité sera comparable ou proche de celle d’un DVD ou d’une réception satellitaire. L’offre comprendra aussi l’accès à l’Internet, un service de vidéos et de jeux sur demande. Le système utilise un boîtier dont le prix sera de 1,000 MR. Dans son offre de lancement LSS offrira 15 chaînes, une combinaison de chaînes françaises, anglaises et asiatiques – pour autant aucun prix de lancement n’a été annoncé. Une dispute est en cours avec le distributeur local de chaînes TNT, Multicarrier (Mauritius). Dans la première phase, la compagnie n’offrira pas de services interactifs mais proposera des services tel que l’accès à l’Internet.

En décembre 2004 la Sonatel a démarré des essais de télévison numérique par ADSL pour proposer une offre en trois volets. Les essais ont eu lieu avec l’aide de France Telecom, un investisseur stratégique et Canal Horizons, un fournisseur d’émissions. Au départ six chaînes ont été proposées tandis que des négociations étaient en cours avec le diffuseur national la Radiodiffusion et Télévision Sénégalaise. Les essais ont été faits auprès de 200 abonnés. Chaque abonné a reçu un modem et un boîtier. L’offre incluait aussi des vidéos à la demande.

Selon les expliquations fournies par la Sonatel durant sa campagne publicitaire d’essai, cette nouvelle technologie permet à l’abonné de devenir son propre directeur de programme. L’abonné peut enregistrer des programmes et les voir plus tard quand bon lui semble.

A la suite de la Sonatel , Multichoice Africa qui opère en Namibie a lancé un système de diffusion de télévision numérique terrestre en février 2005 en profitant du large réseau de fibre optique mis en place par Telecom Namibie.

Parmis les principaux pays qui devraientt joindre ces précurseurs on devrait compter l’Afrique du Sud mais pour des raisons propres à ce pays les choses sont un peu plus compliquées. Telkom a annoncé qu’il allait lancer à l’essai une offre de vidéos à la demande auprès d’un groupe de 400 abonnés. Steven White, le responsable de développement à Telkom a dit a ItWeb qu’une offre en trois volets était évidemment la voie à suivre au regard des récents développements en Europe. «  Nous avons des accords avec M-Net et MultiChoice en termes d’émissions et nous envisageons d’offrir une diffusion de qualité égale à celle d’un DVD en combinaison avec un service de vidéos et de musique à la demande téléchargeable à partir de notre serveur ».

Steve White souligne qu’il y a toujours des obstacles à surmonter tel que le système de facturation mais durant la période d’essais Telkom offrira le service gratuitement à ses abonnés. «  Nous pensions commencer les essais plus tôt, mais évidemment nous avons eu à faire face à un large contenu d’émissions et un vaste système de distribution. Par conséquent il y a eu quelques problèmes à régler au départ mais les essais vont bientôt commencer ».

Selon Steve White « Il y a aussi quelques question de droits d’auteurs qu’il faut considérer avec un tel service. Nous sommes entrain de régler ce problème avec les diffuseurs en question et nous discutons aussi des considérations de marque associéesau contenu ».

Les deux principales limitations à la croissance de la télévision numérique sont l’accès à des programmes et l’accès à une transmission à haut-débit à un prix abordable (soit par satellite ou par fibre optique). L’accès à des programmes est toujours difficile et particulièrement en Afrique. Naspers via son DSTV dispose sans doute de la plus importante  part de marché de chaînes télévisées satellitaires et à des accords pour tous les programmes internationaux en vogue. La société est aussi propriétaire du FAI MWeb qui est un candidat idéal pour lancer une offre complète si tant est que Telkom soit moins prohibitif pour l’accès à une connexion à haut-débit.

Ailleurs en Afrique la diffusion de programmes d’émissions demeure (en même temps que la presse) un monopole de l’Etat. Au Malawi des discussions ont eu lieu quant à la privatisation de l’opérateur national de télécommunications. Pour l’instant l’un des acheteurs potentiels n’est autre que la compagnie nationale de presse, propriété de l’Etat. La seconde libéralisation qui fait suite a celle de l’Internet et des télécommunications sera évidemment une révolution du monde des médias et cela renvoie à la question de qui va en acquérir la propriété. Ce processus de privatisation a démarré avec les radios FM et communitaires en Afrique de l’Ouest, mais partout ailleurs l’Etat est le seul acteur à avoir accès aux moyens de diffusion. Les nouvelles technologies offrent la chance d’élargir les moyens  de distribution du contenu médiatique : radio vers portable ; diffusion directe vers des portables ou des Ipods ; nouvelles chaînes numériques pour la télévision et la radio.

Le Togo a introduit cette semaine une nouvelle agence pour les médias, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Son conseil d’administration sera composé de 7 membres, 4 membres issus de l’Assemblée Nationale  et trois membres nommés par le Président. L’Union Européenne a demandé au gouvernement togolais de revoir les prérogatives de cette organisation pour assurer en particulier son indépendance vis-à-vis des autorités publiques et des partis politiques. Ces recommandations vont sans doute faire sourire nos lecteurs et pourtant c’est de cette façon qu’avait démarrée le processus de libéralisation des télécommunications. Tout le monde a été un peu sceptique au départ jusqu’au point ou cette indépendance a été revendiquée.

La seconde contrainte touche l’accès à un prix abordable à des connexions à haut-débit. Les trois pays précurseurs qui ont fait des essais sont tous connectés à SAT3, le câble optique international.Par ailleurs l’introduction modérement discrète d’une offre dans ce domaine par Telkom en Afrique du Sud n’est pas sans relation avec la volonté de cette compagnie de réduire aussi lentement que possible les prix de connexion vers l’international pour maximiser son retour sur investissement au cours terme. Cela dit sans ces opérateurs nationaux qui contrôlent la baisse des prix il sera difficile pour eux et d’autres d’entrer sur ce marché. La même règle s’appliquera pour tout nouveau projet de câble sous-marin.

En novembre cette année des délégués du monde entier vont se réunir à Tunis pour la session plénière du Sommet Mondial de la Société de l’Information. Il y aura bien sur des discours et des débats houleux concernant la création  d’une «  société de l"informations ». Il serait intéressant pour ce qui vont participer à ce sommet de réfléchir aux deux principales contraintes freinant le développement de la télévision numérique. A savoir comment un groupe de citoyens est propriétaire et gère les médias, en particuliers les médias de diffusion. ? Comment les gouvernements peuvent dépasser les limitations structurelles qui empêchent les citoyens (et pas seulement eux) de pouvoir accéder à des connexions à un prix abordable – en d’autres termes les ingrédients nécessaires pour contruire une « société d"information ».

Tweet  LinkedIn  Send to a friend  Share