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INTERVIEW DE MARC RENNARD, DIRECTEUR DES OPERATIONS INTERNATIONALES DE FRANCE TELECOM

En tant que directeur des opérations internationales de France Télécom, comment expliquez-vous que l'Afrique soit une terre de profit pour les opérateurs de téléphone portable ?

En Afrique comme ailleurs, le besoin de communiquer vient immédiatement après celui de se nourrir et de se vêtir. Là où des offres adaptées sont proposées, on observe une croissance à deux chiffres qui devrait se poursuivre pendant plusieurs années encore. Aujourd'hui, sur 100 Africains, entre 8 et 30 selon les pays sont équipés d'un portable, et l'on prévoit que ce taux dépassera un jour 50 (75 en France).

Le mobile est aussi rentable en Afrique qu'en Europe à condition d'avoir des coûts allégés pour tenir compte de recettes un peu inférieures et des risques politiques. Mais la rentabilité est surtout liée au fait que 95 % des usagers africains utilisent des cartes prépayées. Ainsi, à la différence de beaucoup d'autres activités, le client paie à la commande et il n'y a pratiquement pas de piratage.

Le niveau de vie des Africains est-il compatible avec l'usage d'un instrument qui reste onéreux ?

Mais il y a de l'argent en Afrique ! A côté des statistiques officielles, il existe une économie souterraine qui est difficilement mesurée : du cireur de chaussures au vendeur de journaux, la monnaie circule. L'accès au téléphone mobile des populations à faibles revenus dans les zones reculées est d'ailleurs l'une des clés de la croissance du secteur. Nous allons lancer des cartes à 1 000 francs CFA (1,5 euro) à côté de celles à 5 000 ou 10 000. Mis à part la question des offres commerciales, le principal obstacle est plutôt l'absence d'électricité.

Le portable est-il en soi un outil de développement ou d'abord une poule aux oeufs d'or pour les Etats ?

Le portable est un bon accélérateur de la croissance économique, et l'Internet un meilleur encore. Si ce marché est lui-même très sensible au niveau de développement, les télécoms constituent à l'inverse un axe majeur de développement des économies pauvres. C'est pourquoi nous sommes partout en très bonnes relations avec les gouvernements, qui voient d'un très bon oeil l'élément de dynamisme que nous apportons.

Tout le monde y trouve son compte : les populations, qui bénéficient de prix tirés par la concurrence, les Etats, qui perçoivent licences, impôts et taxes, et nous, qui développons du business. Nous sommes souvent les premiers contributeurs des finances nationales, comme au Sénégal, où la Sonatel, dont je suis président du conseil d'administration, pèse entre 7 % et 8 % des recettes de l'Etat. Des tentations de siphonnage peuvent exister dans certaines sociétés issues du monopole de l'Etat mais pas dans les sociétés cotées comme la nôtre.

Le Monde

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