Le mix technologique, la valeur sûre de la TV

Diffusion Audiovisuel

Par M. Olivier Huart - DG de TDF

Sous nos yeux, le secteur audiovisuel ne cesse de repousser les frontières technologiques pour offrir au consommateur une expérience toujours plus immersive, toujours plus mobile. C’est l’ultra haute définition (ou 4K) qui créée une qualité d’image époustouflante.

Ce sont les multiples écrans, tablettes, smartphones, en principe toujours connectés à haut débit, qui incitent à une consommation sans limites, à la maison comme à l’extérieur. Chacun veut et peut, dans une certaine mesure, accéder à tous les contenus, à tout moment, en tout lieu et sur tout type de terminal. Cette évolution reste toutefois plus une tendance qu’un bouleversement achevé.

Derrière ces transformations, des révolutions technologiques invisibles du grand public et pourtant indispensables pour répondre à l’explosion des volumes numériques, comme les méthodes de transmission et de codage numérique qui continuent de progresser (T2, HEVC...), sont à l’œuvre. Les nouveaux usages ne doivent pas non plus occulter une réalité - celle d’une télévision linéaire traditionnelle qui représente encore plus de 90% de la consommation. Ils imposent néanmoins de réfléchir à l’après, aux conséquences de ces nouveaux modes de consommation pour l’écosystème actuel. Quels sont et quels seront les impacts de ces transformations sur les acteurs de la distribution audiovisuelle ?

Les OTT et le non-linéaire ; Il y a d’abord un constat partagé par tous : de plus en plus challengés par les acteurs dits OTT (1), les chaînes de télévision pourraient ne plus être demain le vecteur unique ou ultra-majoritaire de la distribution des contenus vidéo. En effet, les OTT semblent au premier abord infiniment mieux placés pour créer une offre à la demande. Les chaînes vont-elles pour autant voir leur influence diminuer ? Rien n’est moins sûr. Les chaînes de TV ont une position et un savoir-faire considérables dans l’achat, la promotion (et parfois la production) des contenus TV qui plaisent, et la consommation de TV linéaire reste et restera certainement encore long-temps très majoritaire.

Le vrai enjeu des chaînes, qui explique les mouvements stratégiques en cours, est d’occuper efficacement l’espace du non-linéaire pour compléter leur offre actuelle et limiter autant que possible l’érosion de leur audience au profit des OTT. Le succès rencontré par leurs offres de TVR (2) est de ce point de vue très encourageant, mais n’oublions pas que ces offres restent pour l’instant réservées aux abonnés IPTV, lesquels ne sont pas majoritaires en France. Il y a donc urgence à ce qu’une offre de TVR soit proposée aux foyers qui utilisent la TNT, faute de quoi une grande friche serait laissée à la disposition des acteurs OTT.

La deuxième conséquence concerne, de façon plus large, le financement de la production et en particulier de la production française. On le sait, la production est largement soutenue par les chaînes de télévision, tantôt en tant que producteur direct, tantôt seulement en tant que diffuseur. Si la consommation migrait significativement en dehors des chaînes vers des services potentiellement exclus des obligations de financement, c’est tout le système de financement de la création audiovisuelle française, qui s’en trouverait fortement perturbé.

La troisième conséquence, d’ordre technique, pose en réalité la question de la viabilité de ces nouveaux modes de consommation. Demain, le transfert progressif de consommation de la TV vers les supports alternatifs laisse logiquement penser que la livraison (physique) des contenus TV devrait migrer largement du réseau hertzien vers les réseaux IP ou haut-débit (DSL, fibre). Certains pensent que cette évolution justifie pleinement, par exemple, le transfert de fréquences jusqu’alors dédiées à la TV vers le secteur du mobile. Il s’agit là d’une vision optimiste et mécanique qui ne tient malheureusement pas compte de la capacité réelle des réseaux haut-débit à transporter les quantités pharamineuses de données numériques que demande, par exemple, un service de TV HD.

La TNT en France apporte à chaque foyer français un débit permanent d’environ 200 Mbps pour un coût d’environ 1,2€ par an par foyer. Est-ce possible avec les réseaux haut-débit filaires ou sans fil ? Non. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’approche «diffusion» ou «broadcast» suscite un intérêt croissant. Prenons un exemple concret. De très nombreux utilisateurs de box IPTV utilisent en réalité la TNT et donc le broadcast : pour limiter les problèmes de qualité et le coût des mises à niveau du réseau, leur équipement donne la priorité à la réception par la TNT. De même, plusieurs expériences en cours visent à apporter les contenus à la demande via un réseau broadcast permettant de s’affranchir des limitations du débit DSL, quand celui-ci n’est pas suffisant. La technique est simple : elle consiste à « pousser » à l’avance les contenus (en pariant sur les contenus les plus populaires) et à les stocker dans l’équipement du client.

De même, alors que le déploiement des réseaux LTE bat son plein, et qu’ils ne sont encore que peu chargés, on observe une intense activité autour de la technologie «eMBMS» qui vise à réaliser en fait... une diffusion broadcast sur le réseau LTE pour limiter la charge vidéo qui serait imposée à ces réseaux dans le futur.

Dans ce « big-bang » audiovisuel aux conséquences encore partiellement floues, existe en revanche une certitude. La guerre des anciens contre les modernes n’aura pas lieu.

Face à l’explosion de la demande, la seule solution viable économiquement et efficace technologiquement est de procéder à des mariages mixtes. Pour tirer parti du meilleur de chaque technologie et répondre efficacement à la révolution des usages qui est en marche.

(1) OTT = Over the Top. Désigne les acteurs qui proposent des offres de contenus au grand public indépendamment des opérateurs qui gèrent les infrastructures, tout en utilisant celles-ci pour livrer leur offre
(2) TVR = Télévision de Rattrapage ou Replay ou Catch-Up

Note : Un groupement de quatre fonds d’infrastructures, APG Asset Management N.V., Arcus Infrastructure Partners, Brookfield Infrastructure Group, et Public Sector Pension Investment Board, vient de déposer une offre liante auprès de nos actuels actionnaires en vue de l’acquisition des activités de TDF en France, c’est à dire toutes celles du groupe TDF en dehors de l’Allemagne. Lire +

Source : Arcep, nov. 2014. Par M. Olivier Huart - DG de TDF