Afrique : Produire quoi? Produire comment? Produire avec quoi?

Production Audiovisuel


Stratégie médias en Afrique : Balufu Bakupa-Kanyinda, réalisateur originaire de RDC livre ici ses réflexions et sa conception du secteur audiovisuel Africain (voir éditorial).

Le numérique, comme technologie, est notre destin universel, un bien du monde global. Mais le ticket pour accéder la tête haute dans ce monde global, c'est le contenu. Un contenu ayant les mêmes normes d'excellence technique. Un contenu apportant à la narration du monde notre propre regard sur nous-mêmes, donc sur le monde. Mais notre ticket, ce contenu, est unique parce qu'il apporte à l'universel l'exception de nos imaginaires africains.

 

Communiquer, disent les sages du pays Bambara, c'est penser à celui qui vous écoute, c'est voir celui qui vous regarde.

Aujourd'hui, ce que le monde numérique attend de nous, c'est l'exception créative de notre touche que nous apportons à la narration de notre monde. C'est une touche panafricaine, exceptionnelle.

Produire. Produire quoi? Produire comment? Produire avec quoi?

Le cinéma (et la production audiovisuelle en général) est une production de l'image, créée par notre imagination, qui nourrit notre imaginaire et nous offre une certaine représentation de nous-mêmes, de la cité, de la société, de notre monde.

Le cinéma met sur le marché un produit particulier, en ce sens que celui-ci comporte une part artistique, une autre financière.

Puis le cinéma, créa la télévision. Dans les années 50.

Pourquoi avions-nous des télévisions en Afrique? Sommes-nous réellement satisfaits de nos paysages audiovisuels? Nos télévisions remplissent-elles leurs rôles culturels, dont l'un est de transmettre à nos peuples leur propre image et de peupler ainsi nos imaginaires des images qui expriment le sens profond de notre place dans l'univers?

Disons que le cinéma produit, la télévision diffuse. Là où le cinéma raconte, la télévision reporte. Mais c'est le mariage des deux qui est maintenant en cours partout dans le monde. L'avènement de l'ère numérique, notre naissante ère de la technologie digitale, a réduit les disparités conflictuelles qui différenciaient le cinéma de la télé.

On ne regarde pas une image impunément. On ne produit pas une image diffusée vers l'autre inconsciemment ou innocemment. Une image n'est pas neutre, une image n'est pas muette. Une image nous parle et attend que nous entamions une conversation avec elle.
Alors que pouvons-nous faire aujourd'hui du cinéma et de la télévision?
Que pouvons-nous faire aujourd'hui des nos propres images, de nos propres histoires?

Que faire?

Produire des contenus africains, par les Africains pour les Africains. Produire sa propre image. Se regarder dans son miroir et y voir le reflet de soi-même.

Que faire?

Produire en quantité. Et c'est dans la quantité que surgit la qualité. Cette qualité, l'excellence, qui conquiert les marchés.  Parce que il y a dans le cinéma et la télé cette pièce à double face qu'est le « show bizness »: une face c'est le show, l'art, l'autre c'est le business, le marché.

Produire pour l'Afrique, c'est conquérir d'abord les marchés africains.

Tout cela est possible si nous savons ce que sont véritablement le cinéma et la télévision. Et comment nous en servir au-delà du :mode d'emploi fourni par l'usine:.

Le cinéma et la télévision sont les médiums les plus puissants de la transmission de nos mémoires collectives, des histoires de nos ‘hiers' et de nos ‘demains'. Le cinéma et la télévision sont des outils précieux de diffusion durable de nos cultures et de perpétuation de la chaîne du lignage national dont nous sommes les maillons. Ici, pour moi, la culture signifie « peuple ».

Tout gouvernement qui aime son peuple, aime sa culture. Aimer son peuple c'est diffusé la culture de son peuple à travers l'image de son peuple produite par son peuple. Produire, c'est nourrir nos télévisions de nos images.  En s'arrachant de l'ancien régime analogique, la production du cinéma et de la télédiffusion doit épouser l'esprit du temps, l'esprit du numérique.

Oui le numérique a un esprit spécifique.

Et cet esprit  propre et particulier au numérique nous commande de produire des contenus d'excellente qualité pour que nous ne disparaissions pas de nos propres miroirs, nos propres écrans.

De quoi sont peuplés aujourd'hui les imaginaires de nos enfants? Quelles images tapissent l'univers intime des murs des chambres des adolescents de notre continent? Qui sont les véritables héros de l'Afrique?

De l'image, il ne s'agit pas seulement de dompter la technologie. Il est question de s'approprier un esprit, un savoir produire, un savoir imaginer, un savoir représenter, et, enfin un savoir enrichir nos imaginaires, nos imaginations créatrices.

Le cinéma, ce « septième art », est un outil primordial de la constitution, de la domination, de l'appropriation ou de l'aliénation culturelle des imaginaires des peuples.

Pour faire un film, il faut véritablement avoir des qualités de producteur et ou de directeur de film, et cela nécessite tout à la fois de posséder l'art et la technique de la narration cinématographique, mais également d'en connaître les dessous financiers. Être un producteur signifie également donner les réponses justes aux questions sur lesquelles reposent le désir et les raisons de produire : Que produire ? Pourquoi ? Comment ?

Aussi bien subjectivement qu'objectivement, ces questions définissent toute la conception culturelle et commerciale et la stratégie qui mènent n'importe quelle production vidéo ou cinématographique.