Stratégies : Les professionnels de l’audiovisuel public francophone se tournent vers les jeunes créateurs et le financement

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Le Séminaire des dirigeants de l’audiovisuel public francophone qui s’est tenu à Liège les 20 et 21 juillet 2015 ont donné lieu à des constats et des engagements. Voici la synthèse des travaux fournie à Balancing Act par Ibrahim SY SAVANE, Président de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Ancien Ministre de la Communication et Président du réseau francophone des régulateurs de médias (REFRAM).

L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et la Radio-Télévision Belge de la Communauté française (RTBF), en collaboration avec le Réseau de l’Audiovisuel Public francophone (RAPAF), ont organisé les 20 et 21 juillet 2015 à Liège un séminaire d’échanges d’expériences et de réflexion stratégique entre responsables de l’audiovisuel public du Nord et du Sud. 

L’OIF et l’ensemble des participants conviennent que les médias francophones sont confrontés à des défis significatifs, liés notamment à la mondialisation des flux d’informations, au recul du français dans certaines aires géographiques, entraînant de fait une baisse du nombre de consommateurs des produits médiatiques traditionnels, à la contraction du marché publicitaire, mais surtout, à l’entrée des médias dans l’ère du numérique, qui a rendu obsolètes la plupart des moyens traditionnels de transmission des informations. Une autre constante du paysage médiatique francophone est sa grande fragmentation et le manque de solidarité active entre acteurs.

Ces constats sont de réels motifs d’inquiétude pour tous les participants au séminaire.
Au cours de ce séminaire, les participants ont travaillé ensemble pour dégager une analyse et des propositions d’actions concrètes concernant trois questions importantes :
1.Quels sont les facteurs clés de succès pour un espace médiatique francophone public dynamique et durable ?
2.Quelles initiatives prioritaires pourrions-nous entreprendre pour assurer une collaboration efficace et porteuse au sein de l’espace médiatique francophone public ?
3.Quelles pistes d’évolutions institutionnelles sont-elles souhaitables pour renforcer l’espace médiatique public francophone ?

Ce document résume l’essentiel des conclusions du séminaire, et constitue ainsi une plateforme d’évolution et d’action future pour le développement de l’espace médiatique francophone public.

Une conclusion s’impose d’emblée : les participants, à l’unanimité, ont expressément demandé à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), d’ériger au rang de priorité, la question de l’audiovisuel public, acteur majeur de la Francophonie.
 
Quel est le contexte et l’ambition du projet ? Dans un monde où les modèles traditionnels s’estompent devant les nouveaux usages médiatiques, une réalité s’impose. Le public consomme de plus en plus d’informations, de programmes et de fictions par le biais de technologies numériques, essentiellement mobiles. Celles-ci vont rendre l’offre et la demande de contenus originaux de plus en plus importantes. Cette nouvelle donne conduira nécessairement l’audiovisuel public à accroître l’ambition, la qualité, la diversité, la créativité de ses productions, mais aussi à réinventer ses formats pour les adapter à de nouvelles réalités de consommation.

Le rôle historique d’acteurs de l’audiovisuel public francophone est d’investir dans la production. Mais, dans un monde numérique et convergent, produire pour une audience locale ne suffit plus.  D’une part, les médias audiovisuels publics n’en n’ont pas l’exclusivité. D’autre part, ils n’en possèdent plus toutes clés. D’autres acteurs, nouveaux, plus puissants financièrement ou technologiquement, plus agiles souvent, sont aujourd’hui sur tous les terrains, sur tous nos terrains. Ils les ratissent méthodiquement et creusent sans cesse plus profondément un même sillon au risque de gommer progressivement toute autre trace.

Ce constat doit résonner comme un avertissement à destination de ceux et celles qui pensent que le simple fait que la nouvelle réalité démographique et le triplement prévu à l’horizon de 2050 du nombre de francophones suffiront à ce que la langue française garde sa place dans la sphère audiovisuelle et garantirait notre pérennité. Cette simple multiplication n’a qu’un sens mathématique si, nous les acteurs de l’audiovisuel public francophone, nous ne l’accompagnons pas d’une diffusion appropriée, moderne et pertinente de la culture et de la création francophone à laquelle chacun pourra s’identifier. 

A cet égard, les acteurs publics et francophones ont  plus que jamais la responsabilité de tisser des liens durables de collaboration qui les inspirent réciproquement, mais qui s’ouvrent également aux pratiques les plus innovantes. 

En 2015, devant faire face à des contraintes financières croissantes, l’audiovisuel public francophone a d’énormes défis organisationnels et économiques à relever pour exister davantage dans un marché global. Il doit concilier nos sensibilités diverses pour mettre en œuvre, à travers des collaborations et des partenariats solides, des politiques ambitieuses de création, d’échange  et de production de contenus révélateurs de la richesse de notre langue. La force de l’une dépend de la vitalité des autres.  Alors, en connectant les énergies nouvelles qui, aujourd’hui, dynamisent notre univers audiovisuel, nous, les dirigeants de l’audiovisuel public présents au séminaire de Liège, pouvons initier une nouvelle forme de collaboration francophone à l’échelle mondiale pour créer un espace prospère, fort de ses valeurs, de sa diversité et de sa créativité.

Quels sont les facteurs clés de succès pour un espace médiatique francophone public vivant et durable ?

Pour notre communauté, il s’agit d’une ambition partagée et un discours commun autour des valeurs culturelles portées par la francophonie, fondés sur l’indépendance qui renforce notre lien avec le public. Cette communauté doit pouvoir anticiper et prendre position par rapport à des évolutions clés (telles que par exemple méga-données/vie privée). Elle doit assurer à rester connecté avec les nouvelles générations en se donnant les moyens de mieux nous connaître (forces et faiblesses), pour pouvoir identifier et créer des synergies.
Elle doit développer des outils et méthodes de mesure et d’analyse d’audience, ainsi que des indicateurs de performance comparables, et favoriser le développement d’un marché francophone plus grand et dynamique, en créant des contenus francophones transnationaux et en facilitant les échanges de contenus.

Elle doit pouvoir harmoniser les normes de qualité de production, diffusion et technologique. Elle vise aussi à collaborer à l’élaboration, à l’opérationnalisation et à la promotion de plateformes numériques et encourager un partenariat innovant (sortir des schémas classiques nord-sud). En outre, elle peut mieux soutenir la formation pour augmenter le niveau commun qui permet de collaborer.

Pour chaque entreprise médiatique publique faisant partie de cet espace, il s’agit de produire un cadre juridique stable et qui garantit une prévisibilité, incluant la liberté de programmation, une certaine autonomie du fonctionnement, et une flexibilité du modèle d’affaires. La connaissance de ses marchés, de ses audiences et de ses atouts est également primordiale. Une ambition claire de performance (productivité, optimisation technologique) légitime son  financement public et garantit sa crédibilité, ce qui induit l’acceptation d’une remise en cause régulière, intégrant la contrainte économique.
Nos médias publics doivent conserver une capacité de production, avec l’originalité et les forces du service public, et avec des outils nouveaux et accessibles sans négliger une force de frappe numérique, notamment par des plateformes évolutives et pérennes.

Il est essentiel pour chaque entreprise médiatique francophone publique, ainsi que pour la communauté de ces entreprises, de faire place à la créativité et à l’innovation, en détectant et intégrant de nouveaux talents

Quelles sont les initiatives prioritaires que nous voulons entreprendre pour une collaboration efficace et porteuse au sein de l’espace médiatique francophone public ?

En partant d’un rôle d’éditeur de contenus multi-plateforme plutôt que de chaine de diffusion, l’audiovisuel public francophone entreprend une série d’initiatives prioritaires dont certaines sont d’une nature structurante, alors que d’autres visent une concrétisation rapide visant, à court terme, à nourrir une dynamique de partenariat.
Initiatives d’ordre structurant :
• Viser la création d’un fonds multilatéral de libération des droits des nouvelles créations (valoriser, exposer et diffuser)
• Viser la création d’un fonds paritaire pour financer les appels à projets pour les jeunes créateurs  
Initiatives concrètes à mettre en œuvre pour nourrir la dynamique de partenariat
• Mettre en place des cellules de détection des talents créatifs numériques
• Encourager la création et l’expérimentation par des Concours et des Appels à projet
• Mettre en œuvre une plateforme qui peut intéresser et faire participer les jeunes de tout l’espace francophone
• Faciliter la mise en réseau de nouveaux contenus numériques, y compris en incluant des espaces tests dans un cadre qui encourage la collaboration entre Start-ups et Services Publics
• Développer une plateforme de partage d’informations sur les créations disponibles, avec une « mise en valeur »
• Organiser de façon systématique de présentation de fiertés/pépites lors des séminaires de dirigeants de l’audiovisuel public francophone
• Développer des partenariats public-privé (PPP), visant à diversifier les moyens de financement en vue de canaliser des flux financiers vers la production francophone
• Partager des expériences, méthodes et expertises pour faciliter le changement en se basant sur des succès, tout en surmontant les rigidités des structures et mentalités existantes, et en développant de nouveaux schémas
• Organiser des « formations de haut niveau » regroupant de jeunes créateurs et des professionnels de l’audiovisuel public.

Quand est-il de l’évolution des institutions ?
Dans le cadre des facteurs clés de succès, et des initiatives prioritaires identifiées, les dirigeants de l’audiovisuel public présents à Liège considèrent que les institutions transnationales ne sont plus adaptées à la hauteur et à l’urgence des défis et des ambitions communes et qu’il convient de les faire évoluer de façon rapide pour s’adapter à la nouvelle forme de partenariat qu’ils visent.
Les dirigeants de l’audiovisuel public francophone prendront les initiatives nécessaires pour organiser cette évolution. Il a été décidé de mettre sur pied un groupe de réflexion pour développer des propositions à ce sujet. Ce groupe sera composé d’Ibrahim Sy Savané (chargé de l’animation), Imunga Uvanga, Stéphane Todomé, Gilles Marchand, ainsi que de deux représentants de l’OIF, Tidiane Dioh et Pierre Barrot.

Voici la liste des participants au séminaire : Pierre Barrot (OIF), Miarom Betel  (Tchad), Yves Bigot (France), Loïc Crespin (Niger), Tidiane Dioh (OIF), Léon Ivanga (Gabon), Rémi Pflimlin (France), Jean-Paul Philippot (RTBF), Roland Ilboudo (Burkina Faso), Mohamed Maïga (Mali/RAPAF), Gilles Marchand (Suisse), Abdou Ndao (Sénégal), Antoine Onézime (Seychelles), Vijay kumar Pritam Parmessur (Maurice), Abdulla Saad (Comores), Ibrahim Sy Savané (Côte d’Ivoire/REFRAM), Yamoussa Sidibé (Guinée), Guila Thiam (Cirtef), Stéphane Todomé (Bénin), Amadou Vamoulké (Cameroun/RAPAF).


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