Cinéma : Un opus historique sur l’ex-roi d’Abomey

Production Audiovisuel

L’écrivain Florent Couao-Zotti conte sa rencontre avec l’acteur hollywoodien Djimon Hounsou en préparation d’un opus historique sur l’ex-roi d’Abomey.

Il est venu à moi comme je serais allé le voir, tout naturellement, parce que nous avons quelque chose en commun. Non pas parce que nous avons le même pays, que nous sommes nés la même année (1964), que, pendant qu’il venait au monde (avril) moi, je paressais encore un tout petit peu dans le ventre de ma mère. La rencontre entre Djimon Hounsou et moi devait se faire parce que nous appartenons au même territoire du cinéma, moi écrivain, nourri par le 7e art, et lui, acteur, producteur, un de ceux qui comptent à Hollywood.

Souvenirs, souvenirs…

Je me rappelle mes premiers émois à Paris, quand je découvrais en 1998, ce corps sculpté d’esclave révolté dans Amistad, le film de Stephen Spielberg qui l’avait révélé à tous. Mon éditeur d’alors, Pierre Astier, me disait qu’il serait formidable qu’il joue le rôle de Dendjer, le héros de mon roman, Notre pain de chaque nuit si jamais l’œuvre venait à être portée à l’écran. J’en avais éprouvé une fierté d’enfant, même si je m’étais dit qu’il fallait du temps pour que cela se fasse… Si nos routes s’étaient toujours rapprochées par l’intermédiaire d’amis communs, elles ne s’étaient jamais alors croisées. Mais, moi je le suivais, me délectant de ses rôles dans les grosses productions hollywoodiennes, Gladiateur de Ridley Scott, Blood Diamond d’Edward Zwick ou The Island de Michael Bay.

Le temps du retour

En renouant avec sa terre natale restée pendant longtemps distante envers lui, Djimon Hounsou est devenu la fierté d’un Bénin heureux de lui dérouler le tapis rouge. Chacun de ses retours au pays fait l’objet d’énormes battages médiatiques. L’acteur, certes, se prête au jeu, même s’il en est parfois gêné. Puis, à l’occasion d’une de ses visites en décembre dernier, un ami, gynécologue-obstétricien, passionné de cinéma, m’appelle pour m’annoncer une surprise.

La prise de contact

Une voix hésitante frétille alors dans mon téléphone. « Allô, je suis Djimon Hounsou, j’espère que je ne vous dérange pas… », m’a-t-il dit. La surprise est effective. « Non », ai-je répondu, « pas du tout ». Et il se met à parler. Le flux est lent, traversé par des anglicismes, mais clair. Djimon n’a pas perdu ses habitudes africaines : avant de m’expliquer les raisons pour lesquelles il souhaite discuter avec moi, il veut d’abord, quoique ne la connaissant pas, s’assurer que ma famille se porte bien.

Un scénario pour un biopic

Puis, il me résume le projet pour lequel il aimerait obtenir mon adhésion : un biopic de Gbêhanzin le héros danxoméen (1845-1906) de la résistance à la pénétration coloniale. Il veut que je lui produise un scénario qui plonge dans les interstices du personnage, depuis son enfance jusqu’à sa mort en passant par son règne, sa déportation en Martinique. Je lui fais comprendre qu’il ne peut tomber mieux : je prépare une bande dessinée sur le personnage avec un jeune dessinateur béninois bourré de talent. On s’accorde alors pour en discuter de vive voix, à Cotonou, dans une villa cossue, à proximité de la mer.

Djimon Hounsou, l’homme, le professionnel

Djimon est un homme qui écoute, observe et prend note. Il ne parle que lorsqu’il a des choses essentielles à dire. Je lui fais voir en vidéo des planches de la bande dessinée. Ses yeux s’illuminent, il se lève, frappé par certains dessins d’amazones, le corps d’élite de Gbêhanzin aux prises avec l’armée française. « Oui, c’est ce que je voudrais, des amazones grandes, fortes, plongées dans le feu de l’action. Montrer cette face à la fois fascinante et redoutable de cette force spécialisée. Donner à rêver aux Américains, aux Béninois, aux enfants d’Afrique. » Il insiste pour que la vaillance et la fierté de ces personnages soient en adéquation avec le caractère du roi qui leur inspire tant de bravoure. « Mais, ajoute-t-il, il y aura une réécriture du scénario selon les codes d’Hollywood. » Un sourire énigmatique lui détend le visage : « On est dans le monde du spectacle, mais il y a ce côté idéologique qu’il ne faut jamais oublier. » On a poursuivi nos échanges avec d’autres rencontres pour des détails plus pointus. Djimon jouera le rôle-titre. Normal : il a, avec le roi, une ressemblance physique impressionnante. Le tournage est prévu pour fin 2016.

Source : Par Florent Couao-Zotti