Afrique, TNT : Une opportunité historique de renforcer le secteur du contenu national

Production Audiovisuel

Un séminaire-bilan de la transition de l’audiovisuel vers le numérique en Afrique francophone organisé du 08 au 11 décembre 2015 à Cotonou, Benin – sous l’égide de l’OIF (l'Organisation internationale de la Francophonie) et du gouvernement béninois - a permis de faire le point sur les expériences de démarrage de la TNT en Afrique.

Ci-dessous: des participants du séminaire sur la transition numérique organisé par l'OIF à Cotonou, Benin. Au milieu, Son Excellence le Ministre de la Communication et des Technologies de l’Information et de la Communication du Benin, Etienne KOSSI, entouré de deux représentants de la société Eutelsat. A droite : Eric Adja, de la francophonie.org.

Audiovisuel 29 - OIF Cotonou 2015 | Minister

Les retours des participants venus de nombreux pays d’Afrique démontrent que la télévision numérique terrestre (TNT) représente une opportunité majeure des Etats à dynamiser la production de contenu national et à créer des emplois. C’est cette raison principale qui propulsera la TNT, et non pas forcement le second dividende numérique de la libération du spectre pour laisser de la place à la 4G-LTE.

Sous un soleil éblouissant, tout juste atténué par l'harmattan, vent chaud et sec du Nord-Est chargé de poussières, à 15 minutes de l’aéroport, en passant par fidjrossè, la grande plage de Cotonou sur la route des pêches, les délégués se sont retrouvés dans la grande salle de conférence du Bénin Atlantic Beach Hôtel.

Ce séminaire sur la transition vers la TV numérique terrestre fut l’occasion d’échanges pour le moins chaleureux. Une quarantaine de décideurs de l’audiovisuel venus de nombreux pays d’Afrique ont écouté attentivement les présentations de chacun, puis ont débattu, dans le respect d’autrui. Dans un discours fleuri, parfois avec humour, passion et exaltation, ils n’ont pas manqué d’évoquer le parcours plein d’obstacles, mais également les grands pas franchis pour parvenir à lancer la TNT dans leur pays.

Ci-dessous : le Secrétaire permanent de la Cnman, Christian de Souza (Tnt au Bénin)

Audiovisuel 29 -  DTT Tnt au Bénin | Christian de Souza

Le manque de volonté politique, le financement et le problème de la gouvernance du réseau ont compté parmi les facteurs de blocage pour la mise en place de la TNT. Mais on y voit désormais beaucoup plus clair qu’il y a 3 ans.

Les dirigeants politiques ont en effet traîné à accélérer cette transition qui coûte plusieurs dizaines, voir quelques centaines de millions de dollars US à déployer. Peu enclins à prélever ce montant sur les caisses de l’Etat, les politiques en charge du dossier préfèrent emprunter, ou mieux, déléguer cet investissement à des sociétés privées sous réserve de garder le contrôle du contenu diffusé.

La conférence a mis en avant les stratégies pour l’Afrique face à la nouvelle donne de mondialisation des offres de contenus audiovisuels. Certains ont mis en garde : «Allons-nous être de nouveau colonisés, cette fois-ci par l’invasion de programmes TV étrangers ?» a clamé l’un des intervenants. Parmi les exemples de sociétés étrangères citées, on a retenu Netflix, Google, ou encore StarTimes.

Profitant du retard de la TNT, les principales plateformes privées de TV payante par satellite continuent de croître sur le continent, a souligné le cabinet d’analystes ‘Balancing Act’. Et ce retard affecte d'autant plus négativement le lancement de la TNT en Afrique. Si les ménages achètent de nouveaux décodeurs d'offres de TV payante par satellite, il va être difficile de les convaincre d'acheter plus tard un décodeur TNT: les foyers les plus aisés seront déjà équipés!

Certains politiciens oublient parfois que le secteur audiovisuel numérique réduit le chômage auprès de la jeunesse, et qu’il génère des taxes pour l’Etat, surtout si de grands groupes médias nationaux se créent.

Sur le plan juridique et institutionnel, tous les pays ont engagé le processus TNT. Mais parmi les pays représentés lors de ce séminaire, seuls le Rwanda, le Maroc et le Sénégal commencent à offrir ce service dans leurs pays respectifs, alors que d’autres pays recherchent encore les financements, et que certains ont tout juste amorcé la nouvelle réglementation du secteur, dont le paiement des droits de diffusion.

Quant au problème des besoins en contenu national pour alimenter cette TNT, on note qu’aucun Etat n’a mis en place un dispositif particulier pour y faire face, à part quelques rares exceptions. Cette situation préoccupante nécessite des décisions urgentes.

A la fin du séminaire, plusieurs axes de développement du contenu ont été privilégiées pour faire de la TNT un succès financier et social : L’enjeu de la mise en valeur des archives audiovisuelles nationales et la question du dépôt légal, selon Monsieur Eric Rault de l’INA; la création de grands studios pour les jeunes producteurs et acteurs; l’application de quotas de diffusion, quotas qui sont déjà en place dans de nombreux pays; la création ou le renforcement de fonds pour les contenus nationaux ; les concours de talents; la traduction de programmes; ou encore l’élaboration de la distribution sur les marchés internationaux des programmes TV (Discop, MIPTV, Mipcom, etc.).

Encore faut-il organiser et réguler ce secteur du contenu audiovisuel, encourager les investisseurs, protéger les ayants droits nationaux et empêcher la fuite des talents africains à l’étranger.

L’ouverture du séminaire a fait l’objet d’un discours du Président du Comité local pour la TNT au Benin, M. Christian de SOUZA; d’une allocution du Directeur de la Francophonie numérique à l’OIF, M. Eric ADJA, ainsi que d’un discours d’ouverture du Séminaire par le Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information du Benin, S.E.M. Etienne KOSSI.

Aidé de modérateurs, Emmanuel V. Adjovi, Responsable de Programme «Société de l’information » de l’OIF a suivi les sessions et a remarquablement conduit les interventions et les débats afin de trouver des solutions viables.


. Communiqué OIF :

Un séminaire-bilan sur la transition de l’audiovisuel de l’analogique vers le numérique a été organisé du 8 au 11 décembre 2015 à Cotonou (Bénin) par l’OIF, en partenariat avec le gouvernement béninois.

Ont participé à cette rencontre une quarantaine de personne provenant de 18 pays d’Afrique francophone, de la France, de l’OIF, de l’Union internationale des Télécommunications (UIT), de la Commission de l’Union économique monétaire Ouest-africaine (UEMOA) et de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Les experts en charge du passage de la télévision de l’analogique au numérique en Afrique francophone ont exhorté leurs pays à accélérer les processus nationaux, en vue de rattraper le retard accumulé. En effet, sur les 54 pays africains, seulement une demi-douzaine (Rwanda, île Maurice, Tanzanie, Mozambique, Malawi et Namibie) ont éteint le signal analogique le 15 juin 2015, délai contenu dans l’accord de Genève 2006 (GE06) conclu sous l’égide de l’UIT.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : retard lié à une faible maîtrise par les décideurs des enjeux et des avantages de la Télévision numérique terrestre (TNT), difficultés dans le management du processus, la mobilisation des ressources financières et l’accompagnement des consommateurs. La production de contenus nationaux reste également le parent pauvre de tous les processus de transition vers le numérique.

Face à ce tableau peu reluisant, les participants ont recommandé à l’endroit des pays africains francophones de :

• prendre toutes les dispositions idoines pour achever la transition numérique dans les meilleurs délais 

• mettre en œuvre des réformes profondes du cadre juridique et institutionnel du secteur de l’audiovisuel 

• favoriser le partage des expériences législatives sur la migration vers la télévision numérique 

• mutualiser les compétences spécialisées dans le domaine du droit des TIC des pays africains francophones 

• collaborer avec et appuyer le réseau francophone des Juristes spécialisés dans le droit des TIC 

• organiser des séminaires de sensibilisation au profit des législateurs au niveau de chaque Etat

• accompagner les Télévisions publiques d’Afrique francophone dans le cadre de leur adaptation au contexte numérique

• mettre un accent particulier sur le développement des contenus et sur la communication dans le cadre de la mise en œuvre des stratégies nationales de migration vers la TNT 

• mettre en place un système de dépôt légal moins coûteux pour les opérateurs du secteur de l’audiovisuel 

• prendre en compte la convergence numérique dans la définition du dispositif juridique et institutionnel de gouvernance du secteur de l’audiovisuel

• gérer de manière rationnelle le dividende numérique pour le développement du multimédia, pour la diffusion Haute Définition ou Très Haute Définition

• éviter de mettre à disposition des opérateurs du mobile tout le dividende numérique

Plus d’informations :

Emmanuel Adjovi, Spécialiste de programme « Société de l’information » adjovie@francophonie.org

Ci-dessous: des participants du séminaire sur la transition numérique organisé par l'OIF à Cotonou, Benin.

Audiovisuel 29 - OIF Cotonou 2015 DTT Team

. Article lié

«Afrique : si vous étiez ministre, que feriez-vous pour soutenir le secteur audiovisuel?»