IrokoTV part à l’assaut du marché africain de la vidéo sur smartphone

Distribution Audiovisuel

Impact sur le secteur : ***


Ci-dessus : Jason Njoku, cofondateur de la start-up nigériane IrokoTV.

Bastian Gotter, cofondateur de la start-up nigériane IrokoTV, spécialisée dans la diffusion des productions de Nollywood sur ordinateur et mobile, sourit à l’évocation des ambitions dévorantes de Netflix en Afrique. Ce n’est pas la concurrence du géant américain qui inquiète cet Allemand de 33 ans, ancien trader de pétrole à Londres, mais une application chinoise presque inconnue en Europe.

… Bastian Gotter pose les deux téléphones sur son bureau et les connecte à travers une application de transfert de fichiers sur mobile, Xender, la plus téléchargée au Nigeria après Facebook et WhatsApp. En moins de quinze secondes, une vidéo de bonne qualité d’une durée de deux heures est transférée d’un mobile à l’autre sans utiliser la moindre unité de forfait.

Xender fonctionne en Wi-Fi direct et fait fi de la facturation onéreuse des données par les opérateurs télécoms. « Une révolution est en cours ici, annonce Bastian Gotter …Pour la saisir, il faut se plonger dans les usages mobiles des Africains, dans leur univers Android. »


« Mon concurrent, ce n’est pas Netflix, car le streaming [flux direct] n’est pas adapté au marché africain et consomme trop de données, insiste Bastian Gotter. Mon concurrent n’a pas de nom, pas de locaux, pas de patron, ce sont ces échanges de fichiers à travers des applications qui révolutionnent la consommation de contenus en Afrique. » Le patron en est désormais certain : l’explosion des smartphones conjuguée à l’essor d’applications comme Xender vont anéantir la télévision payante sur le continent et bouleverser la consommation de contenus. Et IrokoTV, désormais associée à Canal+, entend bien accélérer cette transformation.

Révolution des usages

Le siège de la start-up, qui a attiré 25 millions de dollars (23 millions d’euros) de capital-risque d’investisseurs occidentaux et emploie une soixantaine de personnes, se trouve à Anthony Village, non loin d’une autoroute embouteillée qui traverse la lagune. …

A ses débuts, IrokoTV a commis quelques erreurs stratégiques en ciblant la diaspora nigériane établie principalement en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis avec un produit technologiquement non abouti. Son offre de diffusion de films en flux direct gratuit entrecoupé de publicités fonctionnait mal, suscitant l’ire de certains des clients. De plus, le public ciblé s’est révélé limité malgré l’échelle du Nigeria, pays de près de 180 millions d’habitants. Le capital-risque levé auprès de fonds d’investissement suédois et américains s’est amenuisé. « Nous nous sommes essayés au off line [DVD], mais on s’est heurtés à des industries de production et de diffusion de films très bien établies, explique par téléphone Jason Njoku, l’autre fondateur de la start-up, de passage à Paris. Nous sommes donc revenus à ce que nous savons faire, du Nollywood en ligne. Et on s’est recentrés sur le marché africain mobile. »

 



IrokoTV, qui propose plus de dix mille heures de contenu, a donc lancé en juillet 2015 sa nouvelle application en Afrique au prix de 500 nairas par mois (2,31 euros). Elle s’est associée au groupe français Canal+ en décembre 2015 et vient de signer plusieurs contrats d’un montant total de 19 millions de dollars pour soutenir son développement au Nigeria et sur le reste du continent, en sous-titrant les films nigérians en français, en swahili et en zoulou.


« On a appris de nos erreurs et compris que la véritable croissance en Afrique sera sur mobile. Il faut un produit extrêmement compétitif accessible au plus grand nombre. …On a changé de modèle pour être une société technologique et non plus seulement un média, tout en développant nos propres productions de films, de dessins animés et de séries. »

Au sous-sol, les équipes de production s’activent tous azimuts. Objectif : produire trois cents heures de contenu cette année, puis le double d’ici à 2018.

Dans un coin, des monteurs, designers et dessinateurs peaufinent le premier film d’animation pour enfants. IrokoTV n’est plus seulement distributeur, mais aussi un producteur de Nollywood, la deuxième plus grosse industrie du film du monde, après l’Inde, et qui contribue au produit intérieur brut du pays à hauteur 6 milliards de dollars par an.

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Reste à relever le défi de créer le marché du film sur mobile, et d’offrir un service payant plus attrayant que celui offert par les pirates de contenus. Entre New York et Lagos, l’équipe de développeurs a accouché d’une application plus légère et moins contraignante.
…Et, pour gagner la confiance des utilisateurs, les cinq premiers films sont gratuits.

« Les challenges sont multiples en Afrique et la piraterie est le plus dur concurrent...Les pirates ouvrent la voie et éduquent les consommateurs à visionner du contenu sur mobile. Notre job, c’est de réussir à les faire payer pour un service bien meilleur. »

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Source : Joan Tilouine (Lagos, envoyé spécial)

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Ci-dessous : Bastian Gotter, cofondateur de la start-up nigériane IrokoTV.