Discop – session Distribution : la relation ciné-TV en Afrique

Distribution Audiovisuel

Cette session du Discop modérée par Sylvain Béletre, Balancing Act a permis de cerner les stratégies à mettre en œuvre afin d’améliorer les relations entre cinéma et TV d’Afrique. Le potentiel est en effet énorme, mais rarement abordé ! En effet, deux crocodiles dans le même espace peuvent se faire concurrence, ou s’ignorer… au lieu de s’aider à survivre.

L’industrie audiovisuelle africaine est en pleine croissance, mais quelle est la nature de la relation entre le cinéma et la télévision sur ce vaste continent? 

 

Elle est peu existante ou si elle l’est, la relation est souvent informelle.  Néanmoins, les Nollywood ont trouvé des canaux de distribution TV hors du Nigéria, et la même chose s’applique pour les grosses productions sud-africaines. La TV fait la promotion de films qui passent au cinéma, puis à la TV, alors que les salles de cinéma se raréfient dans la majorité des pays africains. Ces deux acteurs ont tout intérêt à mieux coopérer, voire à s’unir pour construire une industrie plus solide.

Durant la session, Mme Henriette Duparc a pris la parole pour différencier le film de cinéma et le format adapté à la télévision (téléfilm).  Un film peut-il être diffusé à la fois à la TV et dans les salles de cinéma ? oui pensent certains, d’autres non, et tout dépend de la taille du téléviseur affirment quelques uns, sans parler des terminaux mobiles.

Comment les films sont-ils financés en Afrique?


On y arrive : le nerf de la guerre relie placement de produits et services en amont, sponsors, partenaires TV et media, les fonds de financement, les investisseurs, avant de récolter des recettes sur plusieurs fenêtres : les prix des festivals, la distribution via la TV, le cinéma, la VoD et les DVDs. Le problème des investisseurs est que le succès d’un film est très aléatoire. Moins un film coûte cher, plus il peut potentiellement rapporter gros.

Les chaînes de télévision achètent-elles les ­films, et à quel prix?


C’est là le problème : les chaînes de TV d’Afrique achètent peu, sinon pas. Sur 700 chaînes en Afrique, 300 seulement investissent de manière conséquente sur les programmes locaux ou internationaux. Le barter persiste en Afrique…mais la bonne nouvelle est que les chaînes comme la RTI achètent des programmes et peuvent les payer à un prix correct. Les gros acheteurs de programmes d’Afrique dans l’espace francophone sont les grandes chaînes telles que A+, TeleSud, et surtout TV5Monde.
Dans le passé, de nombreux films ont été produits pour ramasser de l’argent et des prix aux festivals, sans aller plus loin.

Des obligations de quotas de production et de diffusion pour les télévisions nationales sont-elles mises en œuvre?
Les quotas arrivent et c’est tant mieux pour les productions locales.

Comment les films africains sont-ils sélectionnés?
Marchés TV (dont le Discop), commerciaux et distributeurs, Fespaco et autres festivals, bloggeurs, articles  et analyses…pas évident de trouver le contenu qui plaira à ses audiences. Les professionnels pourraient s’unir et faire mieux, mais ils se font concurrence enfin !

Qui les distribue? Comment optimiser la distribution de films?


Quelques distributeurs sur l’Afrique, et les producteurs en direct. Plus il y a de concurrence, mieux les contenus seront distribués…jusqu’à une certaine limite. Les droits de diffusion sont très bas à l’acquisition ces dernières années. Que les chaînes en profitent ! Les prix pourraient remonter un jour.

Existe-t-il des obstacles à la construction d’une relation entre les producteurs de films et les chaînes de TV en Afrique? Quelles sont les opportunités en Afrique ?

TV et cinéma sont deux métiers différents, voire concurrentiels, mais ils sont somme toute assez complémentaires et peuvent s’unir dans des coproductions.
Concernant les salles de cinéma, il existe de grandes chaînes de cinéma en Afrique du Sud et au Nigéria. En Afrique francophone, il reste quelques salles dans les grandes villes, et Pathé Gaumont, Vivendi Village et Canal+ comptent ouvrir de nouvelles salles.

Comment financer la production de films ?


Sponsors, publicité, taxes, % sur la loterie, % du CA des chaînes de TV…pleins de solutions sont possibles. Les états d’Afrique encouragent peu la production audiovisuelle car ils doivent allouer leurs budgets à d’autres priorités plus urgentes.

INTERVENANTS:

• Sandra Coulibaly, Directrice, RTI distribution
• Abel Kouame, Managing Director, Afrika Toon
• Alain Modot, Managing Director, DIFFA
• Azaratou Bance, Director of Production, Les Films du Dromadaire
• Pierre Barrot, Program Specialist/Audiovisual, OIF Organisation Internationale de la Francophonie
• Maxime Sanson, International Affairs Officer, INA