Compte rendu : table ronde 'industries culturelles et créatives en Afrique' lors des Rencontres Africa 2016

6 October 2016

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Les 'Rencontres Africa 2016' fut le plus grand événement économique lié à l’Afrique jamais organisé en France, un événement majeur de la diplomatie économique entre ces deux régions. Plus d'un millier d'entreprises françaises et africaines ont participé les 22 et 23 septembre aux "Rencontres Africa 2016" L’Afrique est un partenaire essentiel de la France, et constitue une réelle réussite pour les échanges économiques, avec un excédent commercial de près de 6 milliards d’euros en 2015. Plus de 40 000 entreprises françaises ont des activités commerciales en Afrique.

La filière culturelle fut à l'honneur à travers une table ronde « Industries culturelle et créatives: quels enjeux pour l’Afrique? » organisée lors de ces rencontres par l’Institut français. "Culture, cultures...Personne ne peut s'en passer".

Sylvain Béletre, consultant pour ‘Balancing Act’ était présent à la table ronde. Voici ce qu’il a retenu.

En Afrique, comme en France et ailleurs, la créativité et la contribution à la filière culturelle sont reconnues de longue date, et les pouvoirs en place ne manquent pas de les utiliser pour se mettre en avant. A elle seule, l'industrie de 'Nollywood' représenterait 2% du PIB du Nigeria et emploierait près d'1 million de personnes. La France, patrie des beaux-arts et des belles lettres, entretien son secteur culturel et a dans son histoire largement contribué aux premiers pas de la photographie, du cinéma, de la musique et plus récemment des contenus numériques. Il est donc légitime qu'elle apporte son savoir faire si on fait appel à ses experts sur le continent africain.

Dans notre ère 3.0, la croissance de cette économie créé cependant de multiples enjeux. Sans prétendre à l'exhaustivité, cette table ronde animée par Fanny Aubert Malaurie, conseillère cinéma à l'Institut Français, en a abordé quelques-uns avec les participants appelés à exposer leurs actions : les modèles économiques et juridiques, le droit d'auteur, les problèmes de distribution, la nécessité de mesurer l'audience des médias, les enjeux pour les contenus africains... avec le témoignage d'acteurs majeurs du secteur musical, cinématographique et de l'audiovisuel.

La table ronde a démarré par une présentation des résultats et tendances pour le segment de la télévision et ses audiences en Afrique, par Sahar Baghery, Head of Global Research and Content Strategy, Médiamétrie / Eurodata TV Worldwide. Madame Baghery a évoqué l'explosion de plateformes OTT/VoD, le temps passé devant la télévision en Afrique (la fameuse 'durée d’écoute individuelle' - DEI), l’évolution et la standardisation des systèmes de mesure d’audience. Elle a fourni des exemples de nouveaux programmes populaires sur le continent (The Queen, National Security, The Governor, la série ''Ma grande famille'' d'Akissi Delta, etc.).

Isabelle Giordano, fédératrice des industries culturelles et créatives, directrice générale d'UniFrance a rappelé les possibilités de coopération qui existent dans la co-production et les synergies à l'export. Elle a également pointé du doigt la distribution en parlant des salles de Vivendi-Canal Olympia et de Gaumont Pathé, sans oublier de mettre l'accent sur des projets de formation aux métiers de l'audiovisuel et au passage vers le numérique.

Jean-Noël Tronc, directeur général de la SACEM, deuxième société de gestion collective d'Afrique, et président du cluster Industries Culturelles et Créatives de la Fondation AfricaFrance, a magistralement mis en avant la récente étude sur les industries culturelles et créatives (les ICC) dans le monde, étude réalisée par Ernst and Young (voir le lien dans nos archives ) en 2015, expliquant que si l'Afrique ne pèse encore que 3% de l'économie mondiale de la culture, cela représente déjà plus de 58 milliards de dollars. Lionel Zinsou, en lançant la Fondation, a identifié la culture comme une des priorité, avec un fort potentiel franco-africain. Parmi les obstacles il a cité une infrastructure insuffisante (25 pays d'Afrique ne disposent pas de société d'auteur et de système de collecte des droits), le manque de protection des artistes et le pillage culturel, avec le piratage massif des oeuvres, et le manque de financement. Citant les pistes de travail du cluster ICC, comme la formation, le renforcement d'un cadre juridique protecteur ou la recherche de financements non budgétaires pour la culture, il appelle à un travail collectif de tous les acteurs.

Anne Tallineau, directrice générale déléguée de l'Institut français a rappelé le rôle discret (discret ?) mais indispensable de l'Institut dans le soutien à la création et aux entreprises culturelles en Afrique: les projets de résidence d'artistes, la production et la co-production, la diffusion internationale et la promotion des artistes africains et de leurs œuvres des arts en Afrique. La Cinémathèque de l'Institut français dispose de 1600 oeuvres cinématographiques d'Afrique largement diffusées dans les festivals à but non commercial. L'Institut dispose également de salles de cinéma à travers l'Afrique, salles qui sont en cours de numérisation avec 20 salles déjà équipées. Enfin, l'Institut soutien depuis longtemps la musique africaine et son accès au marché avec notamment le programme Equation Musique.

Akotchaye Okio Manager General du label Mix my Wax  et Channel Manager à Believe Digital a fait un appel du pied au secteur privé africain pour relever le défi du financement des ICC du continent. Pour lui ce que les créateurs attendent prioritairement des pouvoirs publics est qu'ils mettent en place le cadre légal et institutionnel qui leur permettra de travailler, d'attirer les investisseurs et de vivre de leurs œuvres. Pour ce faire il est important d'assurer un partage équitable de la valeur. Au niveau de la musique cela passe notamment par l'instauration d'une clé de répartition entre les acteurs.

Monsieur Akotchayé Okio a rappelé que l'Afrique n'est pas enclavée mais vit au rythme du tempo de ses musiques et du reste du monde.

François Deplanck, directeur des chaînes et des contenus de CANAL+ Overseas, a témoigné du rôle d'investisseur et de partenaire solide que joue CANAL+ en Afrique afin de contribuer à la production de programmes d'Afrique, ainsi qu'au rayonnement international de ces contenus du continent. A titre d’exemple il a mentionné que 20 productions étaient en cours à travers le continent dont 5 pour la seule Côte d’Ivoire (Séries, Jeu TV, Talent Show, etc.).

Ce soutien s’étend également aux chaînes africaines ou panafricaines que le groupe CANAL accompagne sur de nouvelles thématiques (musique, mode, enfants, mode…).

Avec sa maison mère VIVENDI, de nouvelles activités s’implantent en Afrique pour soutenir les créateurs et artistes africains : Universal et DailyMotion ouvrent un studio et des bureaux à Abidjan et les salles CANAL OLYMPIA vont ouvrir dans plusieurs pays en 2017, après la 1ère ouverture à Yaoundé .

Canal+ compte aujourd’hui plus de 2 millions d’abonnés en Afrique Francophone.

La conclusion de cette table ronde, qui a attiré une cinquantaine de personnes, est que de nombreuses synergies sont encore à développer entre la France et l'Afrique dans le domaine culturel. Le partage de valeurs, la production africaine et le retour économique pour les ayants droits doivent devenir des priorités pour les états et pour les acteurs privés.

Même si d'autres priorités semblent plus urgentes pour les gouvernements africains, consacrer un budget pour faire vivre les arts et pour promouvoir la culture d'un peuple demeure indispensable. "Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines", disait Marcus Garvey, militant noir précurseur du panafricanisme. Il suffit de s'expatrier 6 mois à l'étranger pour s'en rendre compte.

A noter également que sur le stand de l'Ethiopie était présent un représentant de la nouvelle chaîne de télévision Kana, basée à Addis Abeba. Sur un autre stand, la société TNS Sofres présentait des études telles que l'Africascope, une compilation de données pour connaître le paysage médiatique et les audiences en Afrique.

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Les rencontres Africa 2016 ont été créées à l’initiative du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, avec le Ministère de l’Economie et des Finances, la Fondation Africa France et le Groupe Classe Export. Elles constituent une grande première et sont déjà appelées à se répéter tous les deux ans. Africa 2016 s’annonce comme le plus grand événement économique lié à l’Afrique jamais organisé en France.

Ces Rencontres AFRICA 2016 ont généré plus de 1200 inscriptions et ont permis plus de 3000 rendez-vous B to B. Pendant deux jours, les participants à ces rencontres se sont retrouvées au Conseil économique, social et environnemental (Cese, 75016 Paris) pour assister à diverses sessions sur le financement des entreprises, la croissance partagée ou encore la numérisation, établir des contacts et échanger.. "

"C'est la plus importante manifestation économique sur l’Afrique jamais organisée en France", a déclaré le Secrétaire d'Etat chargé du Commerce extérieur, Matthias Fekl, lors de la conférence de presse de lancement de la manifestation qui s’est tenue le 6 septembre 2016. Je ne doute pas (...) que nous réussirons à valoriser la place de la France et de Paris comme un hub incontournable pour l’Afrique » a-t-il ajouté.

Mme Sanzy Viany, une grande artiste chanteuse camerounaise a clôturé ces rencontres par une prestation remarquable. Sanzy Viany est l’une des lauréates 2016 du programme de résidences Visas pour la création de l’Institut Français. Le lundi 7 novembre 2016 à 20h, elle fera un showcase avec une autre lauréate, Ebène (Mauritanie) à l’auditorium de la Cité Internationale des Arts de Paris.

Selon le Secrétaire d'Etat, "Les relations avec l'Afrique sont au cœur de tous les grands défis devant nous" a-t-il conclu.

Quelques jours après les rencontres « #1Ambassadeur #1entrepreneur », speed-dating des Ambassadeurs qui s’est tenu la semaine dernière au Quai d’Orsay, ces Rencontres ont pour objectif d’accompagner les efforts des entreprises françaises qui souhaitent exporter et investir en Afrique. Tous les outils de diplomatie économique sont mobilisés pour accompagner les entreprises françaises qui se tournent vers l’Afrique : l’ensemble des ambassades sur le continent participe quotidiennement aux efforts de diplomatie économique, et l’opérateur Business France a étendu son réseau pour apporter aux entreprises des services dans la plupart des marchés africains. Le gouvernement est également attentif à la question du financement des exportations et y apporte tout son concours. Pour Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin et co-président de la fondation AfricaFrance, qui co-organise ces rencontres, la France doit continuer à se battre pour ses parts de marché dans un continent très concurrentiel. "Nous sommes dans un besoin d'accélérer les échanges, d'augmenter ces échanges, dans l'intérêt des deux parties", a souligné. Les Rencontres Africa 2016 s’inscrivent dans la perspective du Sommet des chefs d’Etat Afrique-France qui se tiendra dans les prochains mois au Mali, répondant ainsi à la volonté du Président de la République, M. François Holland, de nouer un nouveau partenariat économique avec l’Afrique.