’Le marché des masques africains’ récolte 14908 vue sur Arte replay

15 December 2016

Distribution Audiovisuel

Il y a deux ans de cela, je proposais à un gros diffuseur audiovisuel en Afrique francophone : que penseriez-vous de produire et diffuser des magazines sur les arts africains, comme par exemple les différentes architectures, les masques et l’artisanat d’Afrique ? «trop ‘niche’ !», répondait-il de façon lapidaire, ajoutant «nous voulons des programmes populaires». Ce qui certain, c’est que l’art africain intéresse un petit segment de la population en Occident.

En effet, au soir du 12 décembre 2016, ‘Le marché des masques africains’, un documentaire de 52 min a récolté 14908 vues sur Arte+7, la section replay-VoD du site web d’Arte, vitrine internet de la télévision franco-allemande : Un score honorable pour un documentaire, sachant que les programmes les plus populaires (de type films et séries) récoltent entre 40 et 100 000 vues. Par comparaison, sur YouTube, des documentaires liés au thème des masques africains ont généré environ 700 000 vues à ce jour.

Le synopsis

En deux siècles de colonisation, l'Afrique a été dépossédée d'une quantité incalculable d'œuvres d'art et d'artisanat de grande importance. On retrouve aujourd'hui ces trésors entassés par milliers dans les fonds des musées, des expositions privées et des galeries occidentales. Retour sur plusieurs siècles de pillages et la contrefaçon qui leur a succédé.

Les musées internationaux dédiés à l'ethnologie présentent ainsi des collections d'une incroyable richesse, dont l'origine reste pourtant suspecte. Plus d'un demi-siècle après la fin des empires coloniaux, c'est désormais la spéculation qui bat son plein, sur les masques, statuettes et autres objets d'art africains issus de pillages. C'est le cas notamment des trésors de la civilisation Nok (actuel Nigeria, 1 000 av. J.-C-300 ap. J.-C.), achetés par des musées, de Boston à Bruxelles. Aujourd'hui, de plus en plus de pays d'Afrique demandent la restitution de ces objets.

L'historien de l'art béninois Romuald Tchibozo et la politologue panafricaniste Aissa Halidou (Nigéria), reviennent sur l'histoire de ce pillage artistique, notamment au Togo et au Bénin, et partent sur les traces de l'industrie de la contrefaçon. Des modestes sculpteurs des villages béninois aux richissimes collectionneurs européens, ce documentaire interroge aussi l'omniprésence d'un "regard blanc" sur l'art africain, d'hier à aujourd'hui.

Les voix du documentaire expliquent :

Lomé, capitale du Togo est une des plaques tournantes de l’art africain : l’importation d’objet d’art africain y est tolérée. On estime qu’en Afrique, plus d’un million de personnes vivent de ce marché. A Lomé, il y aurait 600 personnes qui vivent de ce business, dont certains à l'incroyable marché vaudou ou marché aux fétiches de Lomé. De nombreuses œuvres exposées aux marchés du Togo proviennent du Nigéria et du Benin. Ils sont vendus aux collectionneurs et aux touristes.

On trouve des collectionneurs d’art africain partout, en Allemagne ou en Suisse par exemple. ‘La Maison des Peuples’ a été fondée en 1995 sur l’initiative du Tyrolien Gert Chesi, expert en culture africaine et photographe. 40 années de voyages en Asie et en Afrique lui ont permis de réunir plus de 1 000 pièces exposées aujourd’hui au musée.

Le masque, surtout le masque africain par exemple attire toujours une certaine fascination. «L’homme qui vit à la campagne a une peur terrible de la nature, il se bat sans arrêt contre elle, la considérant comme force hostile». explique un conservateur.

Portant un masque au visage figé, les corps des danseurs s’animent avec dynamisme…ils font par exemple venir l’esprit des ancêtres dans le présent….lorsque les danseurs sont en transe, les forces invisibles sont à l’œuvre. Au musée, il ne reste plus que la partie inanimée du masque. Seule est exposée la partie supérieure, et il manque également l’étoffe disposée sous le masque.

Les collectionneurs sont critiqués parce qu’ils arrachent les objets de leur milieu culturel. La création d’un musée devient alors une question d’ordre moral. D’autres personnes ont accès aux messages des collections. Ces objets culturels ont un caractère sacré. Pourquoi l’art africain est-il exposé en Europe ? Les Européens se sont appropriés cet art venant de l’Afrique exotique… De nombreux et importants masques africains sont partis du continent, acte de colonialisme. Mais aujourd’hui, les antiquaires parlent de crise.

Heureusement, un certain nombre de sages en Afrique ont gardé des pièces importantes. Le culte des ancêtres est encore pratiqué dans certaines régions.

Les masques inspirent aux homme crainte et respect. Seuls les élus portaient des masque, véritable uniforme du pouvoir... Afrique, continent des merveilles….Pour de nombreux collectionneurs, seuls les masques utilisés dans les cérémonies rituelles seraient authentiques. Une pièce authentique devrait être immédiatement raisonnable, mais cela n’est pas toujours évident.

La publication dans un catalogue de vente aux enchères contribue à la valorisation des œuvres africains. Chez Sotheby’s, une collection d’art africain a été adjugée aux enchères la coquette somme de 42 million de dollars US ! Pièce maitresse : une statue féminine Senufo. Quand il s’agit de gros sous, pas de place pour l’humour.

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Fondé par René David et sa femme Enam Ekpe, le musée international du Golfe de Guinée héberge une grande partie de la collection privée du grand marchand et collectionneur René David né en 1928 à Bâle en Suisse. Il a fait retourner en Afrique en 2006, la plus grande partie de sa propre collection pour être exposée à Lomé. Le musée regroupe une collection de plus de 1600 pièces couvrant la période: 2 siècles avant JC, jusqu'au début du 20ème siècle. Le musée est installé dans une belle maison le long de la plage de Lomé (1603 Boulevard du Mono), véritable oasis de calme et de tranquillité.

Le musée possède une collection impressionnante de plus de 1600 objets: statues, sculptures, gravures et poteries, en bois, terres cuites, ivoire, fer, bronze et or.

Il reste encore de nombreuses pièces d’art de culte prestigieuses en Afrique, enfouies dans des endroits secrets ou oubliés.

Réalisation : Peter Heller

Pays : Allemagne

Année : 2015

Origine : NDR

Source : Les contributeurs du documentaire, Arte – Sylvain Béletre pour Balancing Act.