Consolider le paysage audiovisuel africain : la réponse doit être juridique (Azria)

15 June 2017

Règlementations

Après avoir lancé en Afrique la mode des télénovela, Bernard Azria, le grand architecte derrière le succès du distributeur Cote Ouest se lance un nouveau défi, répéter le même succès en produisant désormais du contenu africain. A Abidjan, en marge du Discop 2017, il revient pour l’agence Ecofin sur ses nouveaux projets et offre sa vision d’un monde de l’audiovisuel pour lequel sa passion ne s’est pas émoussée malgré les années.

AE: Le Discop vante le dynamisme du paysage audiovisuel africain actuel, mais que pensez-vous qu’il manque aujourd’hui pour en faire une industrie forte?

BA: Il manque essentiellement une régulation. Le cadre législatif fait défaut et ça, c’est un vrai problème. La défense des droits d’auteurs est complètement absente, l’encouragement des pouvoirs publics sous la forme d’incitations (primes, exemptions de TVA, exemption de taxes d’art, etc.) manque cruellement.

Il y a également un vide au niveau de la formation professionnelle et des écoles de formation. Enfin et surtout, on notera l’absence de détermination des «Usuals suspects», les gros acteurs comme Orange, Canal+ ou TV5, à payer le juste prix. Donc en gros, ce qui fait défaut aujourd’hui c’est l’existence d’un modèle économique viable. Par exemple, quand je dis à Angela [Aquereburu, réalisatrice togolaise à l’origine, avec son compagnon Jean-Luc Rabatel, du format court «Mi-temps», diffusé sur Canal+ NDLR] de tourner avec un critère de qualité raisonnablement bon, ça veut dire que je lui impose un budget d’environ 7 ou 8000 euros par épisode. Il n’y a pas moyen de faire en dessous. Or, si on veut après le premier épisode en produire d’autres, il faut que cet investissement initial ait généré au moins 9 ou 10 000 euros. Or comment générer 9000 euros quand ces usuals suspects vous disent qu’ils paient 1000 euros par épisode et qu’ils gardent les droits en exclusivité pendant 1 an et demi ? On est donc face à un mur, un rouleau compresseur qui tire avantage de la situation et qui écrase le marché de l’audiovisuel pour le dominer et ça c’est un gros problème.

AE: Et quelle réponse devrait-être apportée à cette situation selon-vous?

BA: La réponse doit être juridique et légale…

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