Un nouveau rapport annonce que la légalisation de la téléphonie VoIP interviendra d'abord en Afrique de l'Ouest

L'éditorial du mois

La téléphonie VoIP* est encore illégale dans la majorité des pays d'Afrique. Cependant, selon les auteurs d'un nouveau rapport publié ce mois-ci par Balancing Act (

La téléphonie VoIP* est encore illégale dans la majorité des pays d'Afrique. Cependant, selon les auteurs d'un nouveau rapport publié ce mois-ci par Balancing Act (http://www.balancingact-africa.com), une nouvelle génération d'organismes de contrôle des télécommunications va autoriser son usage et l'Afrique de l'Ouest sera, à n'en pas douter, concernée. C'est la première fois qu'un état des lieux d'Internet est fait dans 22 pays d'Afrique de l'Ouest.

Début 2004, l'Ile Maurice est devenue le premier pays d'Afrique à lancer en toute légalité des services de téléphonie VoIP internationaux. Pourtant très différente des autres pays d'Afrique, l'Ile Maurice vient d'ouvrir la voie à la légalisation progressive des services VoIP sur l'ensemble du continent. La question n'est donc plus de savoir si cette légalisation va avoir lieu, mais quand.

En Afrique de l'Ouest, le marché parallèle des services VoIP est particulièrement vaste. Les compagnies de téléphone opérant actuellement sur deux des plus grands marchés africains ont réussi à quantifier ce phénomène. Rein Zwolsman, directeur général du nigérian Nitel, avance un chiffre stupéfiant : il estime que, avant la réduction du prix des appels internationaux qu'il a lui-même mise en place, 90 % des appels internationaux passaient par le marché parallèle. Quant à Oystein Bjorge, directeur général de Ghana Telecom, il pense que le marché parallèle au Ghana a rapporté entre 15 et 25 millions de dollars en 2003 et précise : « (Ce sont des) chiffres approximatifs. Tout dépend des tarifs appliqués et du nombre d'appels ». Dans d'autres pays, on estime que les marchés parallèles représentent 10 à 20 % de l'ensemble du marché.

D'après Russell Southwood, l'un des auteurs du rapport déjà mentionné, « Si les marchés parallèles de la téléphonie VoIP ont pris de l'importance dans presque tous les pays d'Afrique, c'est parce qu'il existe une grande différence entre les prix que les compagnies de téléphone monopolistes imposent aux utilisateurs africains et ceux, bien inférieurs, qui ont cours sur le marché international. Les opérateurs du marché parallèle, tels que les fournisseurs de services Internet et les cybercafés, sont en mesure de proposer des appels moins chers tout en continuant à réaliser des bénéfices.

La légalisation de la téléphonie VoIP va changer la structure de l'industrie des télécommunications et celle d'Internet. Le rapport dont il est question ici s'intéresse au déroulement de cette transformation ainsi qu'au nouveau type d'opérateurs qui apparaîtra alors, proposant des services de téléphonie VoIP à la fois sur les marchés nationaux et internationaux.

La libéralisation a gagné 7 des 22 pays d'Afrique de l'Ouest traités dans ce rapport, et la majeure partie des 15 autres les imitera dans les trois prochaines années. S'il ne fallait protéger les compagnies de téléphone en place, la technologie VoIP pourrait être considérée comme un avantage concurrentiel sur les marchés nationaux et internationaux libéralisés.

Les auteurs du rapport concluent en affirmant que c'est probablement l'Afrique de l'Ouest qui légalisera cette technologie en premier, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, un certain nombre de compagnies de téléphone ont déjà passé des ententes occultes permettant à des sociétés d'opérer. Au Mali par exemple, toujours en ce qui concerne la téléphonie VoIP, Sotelma a conclu avec quatre sociétés locales des accords qui, pour simplifier, font de ces dernières des détaillants spécialisés en téléphonie VoIP faisant appel à Sotelma pour obtenir leur bande passante à un tarif convenu.

Ensuite, Ernest Ndukwe, directeur général du principal organisme de contrôle de la région, la Commission des télécommunications du Nigeria, est plutôt progressiste quant à ce problème. Il a dit clairement qu'il ne s'agit pas de rendre une technologie illégale puisque la réglementation devrait se montrer « neutre en matière de technologie ». En outre, il faut savoir que toute personne voulant proposer des services (VoIP ou autres) doit obtenir une licence et que toute personne souhaitant proposer des appels internationaux via la technologie VoIP au Nigeria doit avoir recours à la dorsale de Nitel ou de Globacom, le second opérateur national.

Pour toutes ces raisons, il semble que, si l'on considère l'ensemble du continent africain, c'est en Afrique de l'Ouest que la téléphonie VoIP sera d'abord légalisée. Lorsqu'elle le sera effectivement, les industries des communications et d'Internet seront profondément modifiées.

http://www.balancingact-africa.com

Balancing Act's African Internet Country Market Profiles (rapport de Balancing Act sur le profil des marchés Internet africains) sera publié en quatre parties, couvrant chacune une zone du continent africain. Partie 1 : Afrique de l'Ouest (elle vient juste d'être publiée et couvre 22 pays). Partie 2 : Afrique de l'Est (publiée début 2005). Partie 3 : Afrique australe et Afrique centrale (publiée milieu 2005). Partie 4 : Afrique du Nord (publiée fin 2005). Pour plus de détails, rendez-vous sur le site : http://www.balancingact-africa.com

Chaque rapport regroupe les données suivantes : une vue d'ensemble d'Internet en Afrique de l'Ouest, l'impact de la légalisation de la technologie VoIP, des chiffres clés, des informations sur les contextes nationaux, le nombre de fournisseurs de services Internet, d'abonnés à un accès dial-up, la bande passante et la dorsale, la couverture géographique, les cybercafés, le contenu web local, l'état actuel de la réglementation, les initiatives visant à combler la fracture numérique, les lignes terrestres et mobiles. Les auteurs sont Paul Hamilton, Mike Jensen et Russell Southwood.

http://www.balancingact-africa.com/publications.html

Pour detailles: http://www.balancingact-africa.com/publications.html