Cameroon: Portables - des réparateurs dans la rue

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En face de l'immeuble qui abrite les services commerciaux de Mtn Cameroun, situés au carrefour Dubai à Akwa, c'est quasiment le même manège tous les jours. Tel un no man's land, dès 8h du matin de nombreux jeunes gens "spécialisés" dans les travaux de maintenance des téléphones portables prennent d'assaut le trottoir dans l'attente d'éventuels clients. Cette répartition géographique n'est pas le fruit du hasard, ce d'autant plus que le coin est réputé pour la vente de téléphones portables de toutes les marques: Motorola, Samsung, Nokia, Siemens, Trium, etc. A peine un passant s'est-il retourné que les appels fusent de partout. Ils sont ainsi une vingtaine à proposer leurs services à une clientèle fort variée et de plus en plus nombreuse. Apparemment, il s'agit d'un créneau porteur si on s'en tient à la multiplicité des sites de réparation dans la métropole économique.

Aux environs de la direction commerciale de Orange Cameroun comme au lieu dit Ancien 3ème à Akwa, l'ambiance est identique. Assis sur un tabouret à l'ombre d'un parasol, c'est en bordure de route que Aimé Elokan, réparateur de téléphones portables reçoit au quotidien ses clients depuis trois ans. Sur un meuble brinquebalant est soigneusement disposé l'essentiel du matériel de travail. Il s'agit d'un box, d'une station à air chaud, d'un vieil ordinateur pour déblocage, des pinces, des tournevis et tout naturellement de quelques appareils qui renseignent plus sur ses activités. Non loin de lui, de nombreux autres offrent les mêmes services. "Nous faisons dans la maintenance des portables, leur entretien, le déblocage, le remplacement des pièces et des accessoires", déclare Henri Ekobo le regard fixé sur un appareil sous le contrôle du propriétaire.

Le métier de réparateur de téléphones portables est sans doute l'un de ceux qui attirent le plus de jeunes en quête d'auto emploi. Mais chacun y va de son propre itinéraire. "J'ai longtemps été dépanneur de téléphones fixes, avec l'avènement des portables j'ai essayé de me spécialiser dans ce nouveau créneau", déclare Jules Youmbi. Contrairement à son collègue Emmanuel Tansi qui dit avoir découvert le bien fondé de cette activité auprès d'un aîné chez qui, il aura suivi un stage d'apprentissage d'un an. A y regarder de près, nombreux sont ceux qui ne sont pas passés par un centre de formation pour apprendre les rouages de ce métier qui n'est pour autant pas conseillé aux amateurs. Cette percée est justifiée par la lancinante crise économique de l'heure. "C'est un métier qui devient chaque jour difficile au regard de la concurrence. Malgré tout, il me permet de joindre les deux bouts. A la fin de la journée, je peux empocher 3 à 7 000Fcfa", révèle Emmanuel Tansi, responsable de famille. Afin de mieux joindre les deux bouts, des réparateurs de ce secteur d'activité ont choisi de prendre part à des cotisations hebdomadaires dont le fruit est perçu en fin de semaine.

Débrouillardise. Le mot justifie à lui seul l'avalanche de reproches dont ces jeunes gens sont accablés au quotidien. Alors qu'ils sont traités de tous les noms d'oiseaux, leurs tables de fortune ne désemplissent presque pas. Mais, qu'est ce qui explique donc cet attrait? Plus que la qualité du travail ou tout autre paramètre, ce sont avant tout les prix pratiqués. "Comparés aux autres structures agréées, les prix sont trois ou quatre fois plus abordables", reconnaît une cliente apparemment satisfaite du travail. Alors que le déblocage d'une puce verrouillée se fait à 5.000 Fcfa, le réparateur du coin de rue le fait à 2.500 F. A l'instar de toutes les activités relevant du secteur informel et pratiquées au coin de la rue, celle des réparateurs de téléphones portables connaît aussi ses heurts. A cet effet, il est généralement question de "l'incompréhension des clients qui courent après nous sans toutefois nous faire confiance. A tort, ils nous accusent de voler des pièces dans les appareils ou de créer des pannes pour mieux leur soustraire de l'argent", se plaint Jules Youmbi. Outre cette crise de confiance, ils se disent victimes des descentes fantaisistes des employés de la mairie alors qu'ils paient "régulièrement" 3.000FCfa par mois comme frais relatifs à l'occupation temporaire de la voie publique.

Le Quotidien Mutations