Informatisation des communes maliennes: Le chemin est encore long

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La fracture numérique est frappante, selon que l’on se trouve dans une commune urbaine ou dans une commune rurale

Notre pays s’est lancé voilà une décennie dans un plan ambitieux de décentralisation qui accorde un rôle important aux communes dans les processus de développement, de planification et de prise de décision.

La décentralisation vise à créer des opportunités pour la mise en œuvre de projets et programmes dans les communautés et à améliorer l’impact des différentes interventions. Les collectivités se voient ainsi confier un rôle primordial dans la mise en œuvre d’infrastructures de base telles que la construction et l’administration des écoles, des infrastructures de santé, des routes, des adductions d’eau, dans le développement de l’agriculture et dans l’informatisation.

En effet, et on l’ignore souvent, les technologies de l’information et de la communication (TIC) jouent un rôle de premier plan dans le processus de décentralisation et dans le développement économique et social des communes, en améliorant l’efficacité des administrations publiques et la productivité des interventions locales.

Un village, Une connexion: Deux ans après la rencontre de Bamako 2000 sur le thème de "Internet et les passerelles du développement", notre pays a abrité la "Conférence régionale africaine préparatoire du sommet mondial sur la société de l'information", un sommet qui s’est tenu à Genève en 2003. La tenue de ces deux rencontres majeures traduisait l'engagement de notre pays dans le développement des TIC et leur appropriation, notamment par les jeunes.

Le président de la République de l'époque, Alpha Omar Konaré, montrait ainsi son engagement personnel dans la lutte contre la fracture numérique. Décidé de faire du Mali, un pays test en la matière en Afrique de l'ouest, il fixa comme objectif de connecter les 701 communes du pays (devenues entre temps 703) au réseau Internet. Une Mission de l’informatique et de nouvelles technologies de l’information (MINTI) fut créée pour exécuter ce gigantesque projet. Plusieurs études de faisabilité furent conduites et des efforts considérables sont investis en matière de la télécommunication. La mairie centrale du district, les six communes de Bamako et les huit capitales régionales furent connectées en premier lieu.

Pour accompagner ces efforts de façon constante, l’Agence des technologies de l’information et de la communication (AGETIC) a été créée le 10 janvier 2005 en lieu et place de la MINTI. Objectif de cette restructuration : créer une structure pérenne chargée de promotion, de formation et de recherche dans le domaine des TIC, compte tenu de la volonté exprimée par les autorités de faire de ces technologies un véritable outil de développement dans les secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation, le commerce, les filières agropastorales, la préservation du patrimoine culturel, l’administration et la gestion décentralisée.

Selon le directeur de la formation de l’AGETIC, Souhahébou Coulibaly, l’agence œuvre depuis sa création à l’informatisation des communes. Elle a élaboré un projet de connexion des 703 communes du pays dont la mise en œuvre effective a commencé en 2002 sur financement de l'Union internationale des télécommunications (UIT), le Budget spécial d’investissements (BSI) et le Programme de développement institutionnel (PDI). Elle a concerné 3 communes test : Ouéléssébougou, Kati et Commune VI de Bamako.

L’agence a procédé à l’installation des stations de base BLR WIMAX au niveau des gouvernorats avec l’interconnexion des 8 capitales régionales et du District de Bamako, des communes urbaines, de 2 directions régionales et de 27 directions régionales du Budget, du Contrôle financier, du Trésor (Projet PAGAM GFP) à raison de 3 directions par capitale régionale.

« A la date d’aujourd’hui, 24 mairies et 20 établissements scolaires communautaire ont accès à l’internet. Dans chacune des communes connectées, en plus de la connexion de la mairie, un Cyber espace équipé d’une dizaine d’ordinateurs et autres matériels informatique en réseau et connectés à l’internet a été installé. Des agents locaux pour l’entretien sur place des matériels ont été aussi formés », souligne l’expert.

Les réalités du terrain: Les réalités diffèrent d’une commune à une autre. Si dans les communes urbaines la connexion semble effective, les communes rurales ont du mal à se doter d’un seul ordinateur. La fracture numérique est frappante. Les équipements sont presque inexistants dans la plupart des communes rurales. Là où ils existent, ils ne fonctionnent plus, faute d’entretien. L’attente interminable pour obtenir une connexion téléphonique, le manque de budget, le coût élevé des équipements, le manque de main d’œuvre formée ainsi que la méconnaissance du rôle des TIC sont des obstacles sérieux à toute stratégie de développement des TIC. La commune urbaine de Mopti est un exemple de réussite du projet. Son maire Papa Oumar

Bathily confirme l’effectivité de la connexion internet dans sa commune. « Nous avons reçu des équipements informatiques de pointe de l’AGETIC. Ces équipements sont aujourd’hui apprivoisés par les habitants de la commune. Ces nouvelles technologies sont pour nous des outils de travail qui nous font gagner du temps », a-t-il souligné.

Ces innovations ont engendré de nouveaux emplois dans la commune, avec notamment le recrutement de jeunes informaticiens pour l’entretien et la maintenance des outils, s’est-il félicité. « En plus la connexion a un très bon débit. Ceci a bouleversé nos méthodes travail dans le domaine des échanges avec l’extérieur, la gestion des courriers, du suivi des dossiers avec nos partenaires. Avec internet, nous sommes en contact permanent avec nos partenaires, particulièrement dans le cadre du jumelage. Bref, nous sommes en phase avec le monde », s’est Papa Oumar Bathily.

Cette joie n’est pas partagée par son homologue de la commune rurale de Diongaga dans le cercle de Yélimané. Cette circonscription ne compte qu’un seul ordinateur installé au secrétariat général de la mairie. Le maire Diaby Kaman Doucouré explique que la mairie a eu cet ordinateur grâce à une subvention de l'Agence nationale d'investissement des collectivités territoriales (ANICT). « Nous avons conscience de l’importance de ces nouvelles technologies, mais que faire si on n’a même pas l’électricité. Le téléphone est presque inexistant, les services postaux ne sont pas là, et les transports sont insuffisants. Je pense que l’introduction des ordinateurs et des services de l’Internet doit être précédée par des mesures d’approvisionnement en électricité, et des services améliorés de télécommunication et de transport dans les communes rurales et éloignés », explique l’édile.

Grâce à l’apport des immigrés, la région de Kayes est sans doute la plus informatisée du pays. Dans le cercle de Yélimané, nombreuses sont les communes rurales à être contact permanent avec leurs expatriés. C’est le cas des communes rurales de Kersignané et Tafacirga qui possèdent un nombre important d’immigrés en Europe. Pour Kersignané, ils sont regroupés en une Association jeunesse fortement engagée dans le développement de la commune.

Après le financement d’un bureau de la poste nationale comprenant un cybercafé, ils ont installé la connexion internet dans le centre de santé communautaire, la mairie et l’école communautaire.

Bandjougou Traoré, le représentant de l’association des communes, explique que ce projet de connexion initié par les immigrés concerne en réalité tout le cercle de Yélimané. Il coûtera plus 100 millions de Fcfa. « Déjà, du matériel informatique a été acheminé dans les différentes communes, il reste l’installation et la mise à connexion », précise-t-il.

L’application des nouvelles technologies appropriées aux communes affiche des niveaux de développement différents.

L’introduction d’ordinateurs pour le traitement de texte, les applications du tableur dans toutes les communes permettrait aux communautés, dans un premier temps, d’acquérir une connaissance pratique des TIC.

La planification et la mise en œuvre des applications des TIC dans les secteurs essentiels tels l’éducation, l’agriculture et la santé peuvent constituer un domaine important d’intervention. Car, les TIC peuvent aider les médecins et les enseignants à accroître leurs connaissances et leurs aptitudes à travers la disponibilité renforcée de l’information. La télé-médecine peut constituer une passerelle entre les prestataires des services médicaux et les hôpitaux urbains. L’information sur le climat et les marchés fournie sur Internet s’avérerait extrêmement utile pour les exploitants agricoles.

Malijet