En avant la virtualisation: Les marchés africains les plus avancés offrent des possibilités de nouveaux services en gros et au détail

L'éditorial du mois

Les marchés africains les plus larges et les plus avancés ouvrent de nouvelles opportunités à des fournisseurs dont les services reposent partiellement ou intégralement sur l’utilisation du réseau de quelqu’un d’autre. Cela donne la possibilité de conserver un certain niveau de concurrence alors que dans les marchés les moins développés du continent, la fourniture de services s’oriente vers une dominance partagée entre deux ou trois opérateurs mobiles. Russell Southwood analyse trois types d’opérateurs ainsi que les conditions à mettre en place pour assurer leur succès.

Au Nigéria, la société « Layer Three » en opérations depuis 2005, avait débuté en tant que fournisseur d’accès à l’Internet offrant ses services dans la capitale, Abuja. A la fin de la première année d’activités, la société s’est repositionnée pour se concentrer sur le segment des clients entreprises. Jusqu’à ce stade, cette évolution était prévisible. Layer Three a ainsi trouvé un marché lui permettant d’offrir de meilleurs services. Oyaje Idoke, son Directeur Général nous a dit «nous avons débuté suivant un modèle d’opérateur virtuel offrant des services aux banques, en particulier des servicesVPN. A ce stade, 70-80% de notre chiffre d’affaires provenait du secteur financier. »

En 2008, Layer Three suit ses clients et ouvre des bureaux à Lagos pour commercialiser ses services auprès des nombreuses banques qui ont leur siège social dans la capitale commerciale du Nigéria. En très peu temps, ils ont réalisé qu’il leur fallait leur propre lien fibre pour connecter directement les deux villes. Ils ont par conséquent loué de la capacité auprès de Zain en commençant par un STM1: chacune des banques cliente a besoin au minimum d’un E1 et certaines ont besoin de beaucoup plus. Selon Idoke, «nous voulons tester le marché et un STM1 sera adéquat pour commencer ».

Le lien sera opérationnel la semaine prochaine après la phase test. « Si le service s’avère un succès, nous comptons l’étendre à d’autres ville en ciblant les institutions financières et la clientèle entreprise ». Le coût d’un STM1 est élevé mais Idoke pense que les prix vont baisser avec la mise en service de nouvelles infrastructures comme par exemple celles de Zain et Phase 3.

Les projets de Layer Three ne sont pas totalement virtuel. La société envisage d’investir entre 5 et 10 millions de dollars US dans la construction d’un réseau métropolitain à Abuja dans le but d’offrir des services à valeur ajoutée comme l’hébergement PABX, un centre data pour des sauvegardes et des restaurations de données.

Tous ces services requièrent de la bande passante et c’est la raison pour laquelle la société veut augmenter sa capacité. En devenant le partenaire certifié de Juniper Networks pour l’Afrique de l’Ouest, la société entend aussi vendre des solutions de sécurisation réseaux.

Le développement de ce type d’activités menace de concurrencer les principaux opérateurs mobiles qui assument que le trafic de la clientèle entreprise leur reviendra dès qu’ils offriront des services de transmission par fibre. Des structures plus petites, spécialisées et se concentrant sur les besoins de leurs clients pourraient bien être une option plus attractive pour des responsables informatiques en particulier s’ils offrent un large éventail de services. La question du responsable informatique qui devrait rendre les grands opérateurs mobiles nerveux : est-ce que mon responsable de compte peut m’apporter des solutions quand les choses vont mal ?

Au niveau des services au détail, les organisations qui disposent d’une clientèle ont la possibilité de leur d’offrir des services complémentaires comme Internet et de la téléphonie sur IP. « First National Bank » en Afrique du Sud vient juste de lancer « FNB Connect », un service pré-payé d’accès à l’Internet et à la téléphonie sur IP. Son slogan est que le pré-paiement offre au client plus de liberté et de flexibilité. Comme il s’agit d’une banque, elle n’aura aucune difficulté à mettre en place un système de paiement.

Les utilisateurs de l’Internet haut débit peuvent bénéficier d’un 1GB de téléchargement pour 8,25 dollars US. Les prix des appels vers des destinations internationales commencent à 4 cents la minute.

L’autre type de services au détail est un réseau mobile virtuel mais seulement deux opérations de type existent sur le continent. Virgin Mobile en Afrique du Sud ne peut être défini comme un opérateur virtuel pour des raisons de réglementation mais c’est bien ce dont il s’agit. Son service utilise le réseau de Cell-C mais c’est l’image de marque de Virgin et son côté frondeur qui donne à l’opérateur le moins puissant sur le marché un niveau plus élevé d’utilisation de son réseau. Malheureusement, le succès n’est en demi-teinte : il comptait à peine 495,000 utilisateurs en juin 2008 mais affiche un ARPU élevé de l’ordre de 25 dollars US par mois. Celui de MTN est de 16.24 dollars US. Virgin n’a peut être pas beaucoup d’utilisateurs mais ils dépensent plus que les utilisateurs du leader sur le marché : la conclusion est que la marge bénéficiaire est bien meilleure. Les autres opérateurs virtuels sur le marché à la même période l’année dernière comptaient respectivement 671,000 (Nashua Mobile) et 917,000 (Altec Autopage) utilisateurs.

D’autres pays en Afrique comme le Botswana par exemple ont parlé d’autoriser des opérateurs virtuels mais ont fini par ouvrir le marché en laissant entrer un nouvel opérateur traditionnel. L’opérateur mobile virtuel par défaut était Zantel (Zanzibar) qui lorsqu’il s’est étendu sur le continent en Tanzanie, a utilisé le réseau de Vodacom. Depuis, l’opérateur a construit son propre réseau.

Si ce type d’opération fonctionne dans des grands pays dont les marchés sont plus avancés, pourquoi est-ce que cela ne fonctionne pas dans les marchés plus petits ? Le principe selon lequel des fournisseurs utilisent le réseau d’infrastructure d’autres opérateurs est bien connu à travers les accords d’interconnexion : le seul obstacle, c’est que celui qui gère le réseau tend à freiner ou à refuser l’accès au nouvel entrant. Pour garder le marché aussi concurrentiel que possible, il est important d’avoir une séparation nette entre les fonctions de vente en gros et de vente au détail pour éviter que les plus gros acteurs donnent des avantages indus à leur propres services au détail. L’accès au réseau est un autre facteur important et le régulateur du Nigéria a insisté que les réseaux fibres construits par les opérateurs mobiles nigérians soient ouverts à d’autres opérateurs sur une base non discriminatoire.

Plus intéressant encore, aucun de ces opérateurs virtuels n’a probablement besoin d’adopter la même approche en terme de part de marché. Ils se concentrent sur des marchés niche que ce soit la clientèle entreprise avec ses besoins particuliers ou le segment des gros consommateurs de voix et données sur le mobile. Mais s’ils ont vraiment des ambitions, ils se concentreront probablement sur les petits clients qui ne demandent pas plus que des services mobiles offrant des SMS et de la voix.

Le futur est prometteur, le futur est virtuel.