Belgacom ICS va lancer cet été une offre de paiement et de transfert international sous le label « Home send » à destination des opérateurs mobiles.

L'éditorial du mois

Avec l’accroissement du nombre de services de paiements via mobile sur le continent africain, le temps est venu pour un service ciblant les transferts internationaux. Belgacom ICS, l’une des trois sociétés approuvées par l’association GSMA dans le cadre d’un projet de développement des services bancaires, va commercialiser ce service sous le label « Home Send ». Elle est entrain de faire des essais avec un opérateur nord-américain et compte lancer son offre durant l’été. Entretemps, Zain, un opérateur mobile pan-africain cherche à étendre, Zap, son service de paiement via mobile de la même manière qu’il avait supprimé les frais de roaming avec son concept de « One Network ». La semaine dernière, Russell Southwood s’est entretenu avec Belgacom ICS sur leur plan d’avenir.

Pendant plusieurs années déjà, il a été question de développer un service permettant de supporter les transferts internationaux de la diaspora vers les pays d’origine. Au niveau mondial, ce marché est évalué à 375 milliards de dollars US et va doubler pour atteindre 700 milliards de dollars US en 2012. Parmi les 10 premiers pays en voie de développement recevant des transferts internationaux, on compte le Nigéria (10 milliards de dollars US) et l’Egypte (9.5 milliards de dollars US).

Les frais de transferts facturés par les banques sont de l’ordre de 4-5% et peuvent s’élever jusqu’à 15% avec les sociétés spécialisées. En raison de ces frais de transferts, il est estimé que 50% des transferts internationaux se font via des canaux informels. Belgacom ICS suggère qu’avec une baisse des frais de transferts aux alentours de 2-5% permettrait de récupérer 50 à 70% du marché.

« Home Send » est l’une des trois projets approuvés par l’association GSMA dans le cadre de son initiative de soutien à la bancarisation dans les pays en voie de développement (les deux autres projets sont portés par Western Union et RBS/Visa). C’est un projet particulièrement intéressant pour l’Afrique pour deux raisons. Tout d’abord, c’est un projet qui se focalise sur l’utilisation du portable et ensuite Belgacom ICS est probablement le plus grand opérateur en Afrique dans le segment de la vente en gros. Par conséquent, Belgacom a par ses relations la capacité de offrir la plateforme à laquelle les autres opérateurs peuvent interconnecter leur service de paiement via mobile : tant en Afrique que dans le reste du monde.

eServ Global, le partenaire technologique de Belgacom a déjà plus de 80 clients MNO dans cinquante pays à travers le monde. Dans le cadre de la législation européenne, Belgacom agit comme un fournisseur intermédiaire de services de paiement.

Selon Catherine Bals, responsable marketing et communications à Belgacom « ‘Home Send’ permet à des ‘portables-porte-monnaie’ de parler entre eux . Il permet de parler par exemple à M-Pesa de Safaricom, à Zap de Zain à M-Money de MTN ou à Orange Money pour recevoir ou envoyer des fonds ». Le service est en ce moment testé par un opérateur nord-africain dont nous ne pouvons divulguer le nom.

Bien qu’elle se soit vu proposée un contrat d’exclusivité par un opérateur pan-africain, Bals nous a dit que Belgacom envisage d’offrir son service à plus d’un opérateur dans un pays. Plusieurs contrats ont déjà été signés et le lancement commercial est prévu pour cet été.

Les trois principaux services proposés aux opérateurs sont l’échange de crédits d’appel, les transferts et les recharges pour le roaming. Les opérations qui sont enrégistrées, sont envoyées à la banque du client sur une base journalière et le système affiche les frais bancaires d’une façon transparente pour le client final. En pratique, ces frais peuvent être divisés entre le service ‘Home Send’ à proprement dit et l’opérateur mobile.

Ces frais d’un faible montant qui peuvent aussi être partagés entre deux personnes, ont la possibilité de créer un problème pour le système. Avec ce service, il est possible d’intégrer des frais différents par pays ainsi que toute variation du système de taxation propre à chaque pays.

Seuls Vodacom avec sa version internationale du service M-Pesa et Zain avec son service Zap sans charges de roaming sont capable de rivaliser avec le service que Belgacom va lancer. Pauline Vaughan de Safaricom nous en dit en avril dernier que M-Pesa international sera disponible vers la fin de l’année. Quant au service international Zap de Zain, les discussions viennent seulement de démarrer.

La pénétration des services de paiement via mobile reste à présent relativement faible. MTN Ouganda a annoncé qu’il avait 40,000 clients. Leur campagne publicitaire nationale a pour thème les situations d’urgence et les pannaux publicitaires vantent leur service pour payer le loyer en retard ou un réparateur automobile lors d’une panne au bord d’une route.

La société a bien annoncé une prochaine campagne marketing qui va assurer l’envol du service. Zain pour sa part dit avoir plus d’un million de clients qui disposent du service Zap sur leur portable. Ce chiffre ne veut pas dire grand chose et un sceptique peut conclure qu’il n’ont pas beaucoup de clients actifs utilisant ce service.

Le service M-Pesa au Kenya a bien pris plusieurs mois pour décoller. Des questions de confiance et de connaissance du service subsistent quant au mode d’utilisation du service dans des économies ou l’argent liquide domine. Il est bien possible qu’un service connectant la diaspora avec la clientèle locale présente un fort potentiel de croissance dans le futur.