La prolifération de câbles de fibre optique sur le continent africain est le prélude à une baisse des prix du trafic entre pays.

L'éditorial du mois

Avec le déploiement de six câbles internationaux de fibre optique durant les deux prochaines années, la course pour la construction de réseaux nationaux de fibre optique et d’interconnexions entre pays à un prix compétitif vient de démarrer. Des communiqués de presse dans les deux dernières semaines indiquent que l’arrivée de câbles internationaux à déclencher une vague de projets nationaux de déploiement de fibre optique. Les nouvelles routes conduiront à des prix plus bas pour les transmissions nationales et un re-aiguillage du trafic entre pays africains de l’international vers des routes régionales. Russel Southwood analyse la situation et tire les conséquences pour les opérateurs et les utilisateurs de bande passante.

Durant les deux dernières semaines, quatre communiqués de presse relatifs à des réseaux nationaux et des interconnexions trans-frontalières ont été publiés. Ils concernent le Cameroun, les Iles de l’Océan Indien, le Rwanda et le Togo. Ils s’inscrivent tous dans un mouvement plus profond qui voit les opérateurs africains se préparer à la transition vers une abondance de capacité en fibre optique, plus importante que ce qu’ils peuvent imaginer en faire.

Camtel, l’opérateur historique au Cameroun a annoncé le déploiement de 5,600 km de câbles de fibre optique à travers l’ensemble du pays. Seules deux routes de fibre optique existent à présent. Elles portent les noms romantiques de D1 ((Douala-Edéa-Nkondjock-Matomb-Mbankomo-Yaoundé) et D2 (Douala-Mbanga-Nkongsamba-Bafang-Baham-Bafoussam-Bandjoun-Bangangté-Bafia-Obala-Yaoundé).

Dans la première phase du projet, le réseau de fibre optique sera étendu aux principales villes dans les dix provinces du pays. Le budget du projet est de 76 milliards de FCFA. Avec les équipementiers et constructeurs Sagem et Alcatel, Camtel compte avoir posé plus de 3,000 km de câbles d’ici 2012. Selon Camtel, l’un des objectifs principaux de ce projet est de réduire les dépenses opérationnelles de son réseau national actuel.

Pour des raisons budgétaires, certains liens seront au départ des liens hertziens : entre Buea et Bamenda ainsi qu’entre Bafoussam et Ngaoundéré par exemple. Le câble de fibre optique sera posé dans des tranchés creusées le long des routes en parallèle avec le programme national de développement routier. Le communiqué n’a cependant pas fait mention du câble existant de fibre optique le long du pipeline entre le Cameroun et le Tchad construit par la société gérant l’oléoduc. Pourquoi pas ?

Deux extensions sont prévues au sud : l’une vers Mbalmayo et une autre vers Nyong. Ces liens permettront de relier trois autres pays, le Gabon, le Congo-Brazaville et la Guinée Equatoriale. La Banque Mondiale a apporté son soutien financier pour cette portion du projet ainsi que pour des liens vers le Tchad, la République Centrafrique et le Congo RDC.

La semaine dernière Orange Madagascar (en partenariat avec Mauritius Telecom et sa maison-mère) ont annoncé que le projet de câble Lion a été complété et qu’une station d’atterrissage à Toamasina connectera l’île avec ses voisins et les stations d’atterrissage sur la côte est de l’Afrique. Le câble d’une longueur de 1,800 km a une capacité de 1.3Tbps et connectera Madagascar, la Réunion et l’Ile Maurice. Des promesses ont été faites quant à une réduction par cinq des prix actuels. Bien qu’il s’agisse d’un câble appartenant principalement à France Telecom, l’opérateur sera forcé d’être concurrentiel.

A la Réunion, un tarif plus concurrentiel a été é imposé par l’ARCEP, l’autorité française de régulation qui a ramené le prix de la bande passante sur SAFE à 410 dollars US par mégabits. A l’Ile Maurice, le gouvernement a dit que toute station d’atterrissage sera proposée sur la base d’un modèle ouvert. Des discussions sont en cours à Madagascar quant au modèle économique à adopter pour les licences.

La semaine dernière, le Ministre en charge des Sciences et des Technologies, Prof. Romain Murenzi a mis beaucoup d’emphases sur une interconnexion avec l’Ouganda et le Kenya pour recevoir de la capacité internationale à partir du Kenya. Il y a deux routes en Ouganda (Rwandatel et MTN) et toutes les deux seront connectées sous peu. Il y a aussi un projet de connexion vers le Burundi (soutenu encore par la Banque Mondiale pour un montant de 24 millions de dollars US) qui envisage aussi de construire un réseau national en fibre optique. Le Rwanda a chargé la société coréenne Korea Telecom de la construction de son réseau national de fibre optique. Le Rwanda est représenté dans le consortium d’EASSy par MTN Rwanda et Altech. Altech servira de point national de présence pour le câble Seacom.

Finalement à l’échelle local, Togo Telecom est devenu le second opérateur (après Mauritius Telecom) à s’investir dans une solution de fibre optique jusqu'au trottoir: ECI Telecom, la société chargée de la construction mettra en place 300 cabinets à travers le pays. Deux déploiements de fibre jusqu’au domicile sont en cours: un à Lagos par 21st Century et un second par Algérie Telecom. Ces solutions offriront une grosse capacité en terme de bande passante permettant des applicatifs comme la télévision par IP.

Deux éléments découlent de ce type de développement. Tout d’abord avec l’arrivée de capacité internationale, les prix offerts doivent inciter les opérateurs et leurs clients (en particulier les gros clients) à réfléchir à la disparité des prix entre une bande passante internationale relativement pas chère et le prix bien plus élevé de la capacité nationale (sur une base dollars US par km). On peut discuter du fait que la capacité terrestre est plus chère que la capacité sous-marine en terme de coûts opérationnels mais tout de même pas beaucoup plus chère.

Ensuite le routage par défaut du trafic entre les pays africains - en particulier le trafic voix - rend compte de la situation détaillée ci-dessus. Il est moins cher de router le trafic via Londres ou New York et avec plus de volume, les rabais sont plus importants. Avec une augmentation de nombre de routes trans-frontalières dont certaines sont opérées par des opérateurs compétitifs, il sera bientôt temps de revoir cette situation.

Si les opérateurs régionaux peuvent ramener les prix de la fibre régionale au même prix ou plus bas que la fibre internationale, ils n’auront pas besoin de payer pour de la capacité internationale fibre ou satellite en dollars. Ils pourront par conséquent réaliser des économies considérables à leur profit. Un dollar fort renforce simplement cette argumentation.