Le démarrage des activités de Seacom en Afrique de l’Ouest sonne le coup d’envoi de la course pour le déploiement des câbles en Afrique de l’Ouest : Et quid de l’inamovible monopole sur SAT3 !

L'éditorial du mois

Seacom, le câble international de fibre optique qui a été activé la semaine dernière va fondamentalement changer la donne économique dans le secteur des télécommunications en Afrique de l’Est. En Afrique de l’Ouest, le coup d’envoi de la course pour offrir de la bande passante moins chère vient juste d’être donné. Les quatre participants dans l’ordre probable d’arrivée sont Glo One, Main One, WACS et ACE. L’arrivée du câble Glo One a été annoncée tant de fois que les plus sceptiques ont le droit d’avoir des doutes. Il semble néanmoins que son arrivée à Lagos est prévue pour septembre ou décembre prochain. La réalité d’aujourd’hui est que le monopole de SAT3 est toujours bien en place. Russell Southwood analyse l’enchaînement de plus en plus rapide des événements qui se sont déroulés.

Le câble Seacom procurera une capacité de 1.28Tbps à des stations d’atterrissage en Afrique du Sud, au Mozambique, en Tanzanie et au Kenya. Selon son Directeur Général, Brian Herlihy, Seacom a déjà vendu plus de 80 Gbps de capacité incluant 10 Gbps au réseau sud-africain de recherche, TENET. Herlihy explique que « les gens achètent 10 à 15 fois plus de capacité que leur capacité existante. Ils peuvent avoir ce volume supplémentaire pour le même montant d’argent qu’ils dépensent à présent. »

Comment s’organisera la distribution de capacité à partir de la station d’atterrissage ? Seacom s’est engagé à vendre la capacité au même prix aux pays enclavés qu’à ceux qui disposent d’une station d’atterrissage. En d’autres termes le client peut par exemple acheter de la capacité sur le tronçon de Londres jusqu’au POP à Kigali. La société KDN fournira les POPs à Seacom au Kenya, en Ouganda et à Kigali. Aux regards du lent déploiement des réseaux vers l’intérieur des pays, Seacom se retrouve face à un double choix : construire son propre réseau ou s’associer à un opérateur d’infrastructure existant. La société n’a pas souhaité entrer en concurrence avec ses propres clients et par conséquent elle a signé des accords avec différents partenaires pour s’ouvrir des routes vers l’intérieur. En Tanzanie et au Mozambique, la capacité de transmission est limitée pour l’acheminement de la bande passante à ses clients installés dans les capitales.

En Ethiopie, Seacom s’interconnectera avec ETC qui acheminera la bande passante vers les frontières des pays voisins. Des négociations de partenariat sont aussi en cours pour établir des accès vers le Burundi et le Zimbabwe. Selon Herlihy « nous disposons de droits d’interconnexion bien à l’intérieur du continent africain. C’est une première et cela suppose la formation de nos partenaires. Notre catalogue de service est très complet. Nos prix incluent presque tous. D’autres sociétés proposent seulement un prix jusqu’à la station d’atterrissage tandis que nous offrons un prix sur tout le tronçon. »

L’arrivée de la fibre a stimulé le développement de nouveaux réseaux.  « Ces câbles ont eu un effet catalyseur sur le secteur. J’ai été surpris du niveau de risque que certaines personnes ont pris. Les investissements dans des réseaux métropolitains et WiMAX ont été importants. Ce sont les câbles qui sont à l’origine de ces déploiements. »

Entre-temps le projet de câble EASSy dont on a souvent annoncé l’abandon, continue son bout de chemin et sa mise en service est prévue pour le 30 juin 2010. Un plan d’action contre les pirates est en place. Sachant qu’Alcatel est le vendeur, la marine française va probablement offrir sa protection aux bateaux.

Chris Wood, le Directeur Général de WIOCC, le consortium regroupant les petits investisseurs dans le projet EASSy (comprenant MTN avec 29% des parts) est en charge des pré-ventes sur le tronçon allant jusqu’à Londres. Une interconnexion est prévue avec le câble EIG à Djibouti et des négociations sont en cours pour une interconnexion similaire via Port Soudan. Selon Wood « nous ne souhaitons pas être connecté à un seul câble dans la Mer Rouge et la Méditerranée. L’an dernier, il y a eu un pépin avec une ancre qui a endommagé plusieurs câbles. »

Selon les plans originaux d’EASSy, il était question d’une station d’atterrissage à Mogadishu, la capitale de la Somalie. Cette option a été reconsidérée et il est fort probable qu’un point d’arrêt sera réalisé dans la Somalie du Nord avec un lien sous-marin vers Djibouti.

EASSy a des projets ambitieux d’acheminement de la capacité vers l’intérieur du continent africain via le déploiement d’une série de boucles intérieures. Le projet le plus avancé sur ce terrain se dénomme « le système de dorsale de l’Afrique de l’Est » (East African Backbone System [EABS]) et son tracée joindra Mombassa, Nairobi, Kampala, Kigali, Bujumbura, Dar es Salaam à Mombassa. Si une coupure intervient sur la boucle, il sera possible de router le trafic dans le sens inverse. Le lien de Sudatel est à 300km de la frontière tandis que celui de Telkom Kenya est à la frontière avec l’Ethiopie. Il suffira à ETC de construire le tronçon manquant.

Wood assure que la majorité des routes intérieures seront opérationnelles au moment de la mise en service d’EASSy. « Il restera très peu de grandes villes sans connexion dans les douze prochains mois ».

Quelle sera la politique de prix à l’intérieur du continent africain ? Wood estime qu’EASSy et WIOCC seront en mesure d’offrir des prix similaires à l’intérieur que ceux dans les pays avec une station d’atterrissage. « Nous travaillons à réduire autant que possible la différence de prix de telle sorte que les prix ne soient matériellement pas différents ». Ces réductions vont inévitablement pousser à la baisse les prix des liaisons de transmissions trans-frontalières et nationales.

Sur la côte ouest de l’Afrique, le monopole de SAT3 signifie que rien n’a changé du point de vue commercial. Malgré toutes les discussions sur la fin du monopole, seuls Maurice et l’Afrique du Sud sont passés à l’action. Selon une source interne participant aux réunions du consortium, quelle que soit la situation légale, les opérateurs historiques continuent son exploitation sous forme de monopole. « Cette situation ne changera pas avant l’arrivée de nouveaux câbles. La nouvelle capacité a été vendue et partagée entre les membres du consortium. Il n’y a pas de capacité de réserve sauf pour des cas de réparation interne du câble ». (à voir aussi l’article dans la section Internet de ce numéro concernant la panne sur SAT3 au Bénin)

Bien pire, l’opérateur historique au Nigéria qui n’a pas vraiment été capable d’offrir des services sur SAT3 pour des raisons techniques et financières, a essayé d’empêcher le réacheminement d’une partie du trafic de Suburban Telecom via Bénin Telecom. Le Directeur Général de Nitel s’est lui-même impliqué dans cette initiative mais sans réel soutien, la réunion s’est achevée sans décision.

Du point de vue plus positif, Telkom Afrique du Sud a annoncé que ses prix sont à présent presque comparables à ceux de Seacom. Selon nos propres sources, les prix sont entrain de baisser en Namibie.

Est-ce que Seacom s’intéresse à l’Afrique de l’Ouest ? Selon son Directeur Général, Brian Herlihy « il s’agit d’un objectif qu’il reste à fixer plus précisément. Nous sommes très intéressés et nous poursuivons des discussions avec les différents porteurs de projets. Nous n’avons pas encore pris de décision quant à notre participation. Néanmoins cela reste une direction que nous explorons activement ».