Affaire Warid Communication en Côte d’Ivoire : S’agit-il d’un règlement de compte ?

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L’affaire « ATCI-Warid Communication » n’est rien d’autre qu’un règlement de compte entre un groupe qui n’a perçu aucun kopeck dans une affaire et un autre qui a réussi à réaliser une transaction commerciale. Tout est parti de la volonté de Warid Télécom d’investir en Côte d’Ivoire dans le secteur de la téléphonie mobile. Ce groupe, propriété du géant financier international Abu Dhabi Group, signe alors le 4 juillet 2006, un protocole d’accord avec l’Etat de Côte d’Ivoire, devenant le 6ème opérateur de la téléphonie mobile. Selon le protocole, Warid Télécom doit payer 30 milliards de F cfa à l’Etat ivoirien. Ce qui lui permettra, en retour, d’obtenir une licence Bi-band 900-1800 Mhz qui comprend l’accès direct à l’international et l’attribution des fréquences.

Dans l’avenant du contrat, la société doit verser 95% au Trésor public ivoirien et 5% à l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI). C’est ainsi que 3 milliards 289 millions 789 mille 474 F cfa ont été versés immédiatement. Le Trésor public a eu 3 milliards 125 millions de F cfa et l’ATCI, 164 millions 789 mille 474 F cfa. Le reste des 30 milliards, c’est-à-dire les 26 milliards 710 millions 526 mille F cfa, doivent être payés à l’Etat ivoirien sur 10 ans à partir de juin 2009. Date prévue pour le lancement des activités de Warid Télécom en Côte d’Ivoire.

Pour faire face à la concurrence, qui est rude dans le secteur de la téléphonie mobile, les hommes d’affaire arabes entreprennent des démarches. Ils rentrent en contact avec la société Cellcom Côte d’Ivoire qui dispose, depuis 2005, d’une licence provisoire. Objectif : signer un partenariat avec Cellcom CI. Les négociations s’engagent avec l’actionnaire et Directeur général administrateur de Cellcom CI, Séry Cyriaque. Elles n’ont pas abouti parce que M. Séry est mort dans un crash d’avion début mai 2007 au Cameroun. Le président du Conseil d’administration (PCA) de Cellcom CI, par ailleurs Directeur général de la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI), Enerst Dally Zabo prend le relais. Le hic, c’est que les canaux de Cellcom CI ne sont assez efficaces et performants pour tenir la concurrence avec les opérateurs de la téléphonie mobile qui existent. Warid Télécom souhaite rentrer dans le capital de Cellcom CI, si bien entendu, elle peut avoir 16 canaux supplémentaires.

Pourquoi l’Etat n’a été floué Visiblement, cette exigence était difficilement tenable. Dès lors, les initiatives se multiplient. Warid Télécom, qui tient à avoir ses canaux, met 3 milliards de F cfa dans la balance. C’est ainsi que le pasteur Koré Moïse et Jaber Faouzi entrent en scène. Mais selon nos informations, ils ne parviennent pas à obtenir les canaux supplémentaires. Un an après, Eugène Diomandé, approché, fait des pieds et des mains pour satisfaire la demande de Warid Télécom en lui trouvant des opportunités. Il est tout à fait normal que les sous promis -la commission- reviennent à ceux qui ont aidé Warid Télécom à avoir ses canaux supplémentaires. Au vu des informations dont nous disposons, l’Etat ivoirien n’a pas été floué. Il a déjà perçu plus de 3 milliards de F cfa. Et, il doit commencer à percevoir les 26 milliards 710 millions 526 mille F cfa restants à partir de juin 2009, date prévue pour le démarrage des activités de Warid Télécom.

Plus encore, ce sont des emplois pour des Ivoiriens que Warid Télécom va créer. L’opération entre CFF et Warid Télécom est régulière. C’est une banale transaction entre partenaires privés. Donc, normale. D’ailleurs, toutes ces informations sont confirmées par le DG de l’ATCI dans le droit de réponse qu’il a adressé à un confrère hier. « Ils (les propriétaires de Warid, Ndlr) ont indiqué que les canaux dont bénéficiait Celcom étaient insuffisants, et qu’il leur fallait des canaux supplémentaires. Je leur ai alors répondu qu’il n’y avait plus de canaux de fréquences libres. Ce sont eux qui ont proposé d’en négocier avec d’autres opérateurs contre paiement, ce que j’ai accepté dans la mesure où cette approche dite “ marché secondaire des fréquences “, est un moyen efficace pour faciliter la gestion optimale des fréquences et est non contraire à la réglementation ivoirienne », a expliqué M. Kla, précisant que Warid qui a contacté Eugène Diomandé « pour les aider dans le cadre d’une intermédiation purement privée ».

« La part de l’Etat correspond au coût de la licence, qui a été fixé pour cet opérateur à 30 milliards par le ministre des Finances, après l’assignation des 16 canaux supplémentaires de fréquence. C’est cette somme qui est partagée pour 95% pour le Trésor et 5% pour l’ATCI et non la location des fréquences. Les fréquences font l’objet d’une location. Le loyer qui était payé par l’ancien locataire est maintenant payé par le nouveau locataire », a soutenu le DG de l’ATCI. C’est pourquoi, des hommes du secteur des Télécoms pensent que dans cette affaire, l’on voulait régler des comptes à Eugène Diomandé et à Kla Sylvanus en les livrant à la vindicte populaire.

Un juriste d’affaires que nous avons interrogé hier, donne des explications. Il trouve que les interprétations faites dans cette affaire « sont ahurissantes et grotesques ». Pour notre source, il faut distinguer deux affaires. « Il y a une transaction commerciale de type exclusivement privée et il y a une transaction d’Etat. Dans le premier cas, ce sont des particuliers qui se mettent d’accord sur des contrats qui leur sont spécifiques. Dans cette transaction, l’Etat n’a rien à voir. Ce qui se passe dans cette transaction ne concerne que ceux qui sont parties prenantes.

Dans le deuxième cas (transaction de type étatique), l’Etat intervient en donnant une licence contre paiement d’une certaine somme. C’est ce qui s’est passé avec Warid. Personne n’a volé l’Etat. Bien au contraire, on doit remercier ceux qui ont aidé l’Etat à avoir les 30 milliards de F Cfa », a dit le juriste d’affaires.

Soir Info