Satcom 09 : Les fournisseurs de connectivité satellitaire font face à un futur moins rose

L'éditorial du mois

Satcom, qui vient de fermer ces portes en Afrique du Sud, est le rendez-vous annuel de l’industrie satellitaire en Afrique. Durant le deuxième jour de la conférence, le projet du « West Africa Cable System » a annoncé la signature de sa levée de capitaux avec un excédent. C’est un projet parmi plus d’une demi-douzaine d’autres projets de construction de câbles internationaux de fibre optique. Durant la conférence, de nouveaux fournisseurs de connexions satellitaires ont présenté des services innovateurs et moins chers. Russell Southwood s’interroge quant aux changements auxquels l’industrie satellitaire régional va devoir faire face sachant qu’ils sont les fournisseurs principaux de connectivité du continent.

Cette conférence n’a pas été de tout repos pour les opérateurs et les revendeurs traditionnels de connectivité satellitaire alors qu’ils ont eu à faire face à un tir groupé de questions. Sur un premier front, il s’agit de la question toujours d’actualité de l’arrivée imminente de bande passante internationale par fibre moins chère. Bien qu’il y ait plus de projets de lancement de satellites (le projet New Dawn d’Intelsat par exemple) que durant les années précédentes, l’attention du public s’est constamment refocalisée sur l’impact des nouvelles fibres.

Comme si cela n’était pas suffisamment dérangeant pour ceux qui voulaient faire passer leur message, un certain nombre de nouveaux entrants ont présenté des offres combinant innovation avec des prix moins élevés. O3B qui lancera sa constellation de satellites en 2010 offrait de la capacité de transmission à basse latence à des prix en gros proches ou similaires aux prix de la fibre.

A une échelle beaucoup plus réduite, la société Asia Broadcast Satellite a offert des capacités de transmission satellitaires à des prix légèrement supérieurs à ceux d’O3B pour 2011. Inspiré du modèle américain « Wild Blue », la société Yahsat faisait la promotion ses services Internet haut débit par satellite, « YahClick » pour la somme de 300 dollars US par site avec un abonnement mensuel pour l’usager démarrant à 30 dollars US. Pour le responsable Afrique des services data de la société Tata, « tout cela est bon signe » conclua-t-il avec un grand sourire.

Phil Spector, Vice Président et Conseiller Général Exécutif d’Intelsat peut sans doute rétorqué que ni O3B et ni Yahsat ont des satellites en opération mais cette remarque a quelque peu manqué d’impact. En fait, les opérateurs satellitaires traditionnels semblaient étrangement passifs. Des améliorations dans la modulation ou la compression ? C’est le domaine des fabricants d’équipements (pour être juste, le Vice Président régional d’Intelsat, Flavien Babachi, a mentionné l’installation d’un routeur sur un satellite et nous escomptons les résultats avec intérêt). Quels sont les plans pour une politique des prix plus agressive ? Cela n’interviendra que s’il y a une surcapacité dans le secteur et cela est peu probable. Pourquoi pas de nouveaux services haut-débit par satellite. Nos clients opérateurs n’en ont pas fait la demande. Ce jeu de questions réponses sera intenable durant les cinq prochaines années: quelque chose doit changer.

Des prix moins chers pour la fibre et le satellite signifieront que les opérateurs et les revendeurs iront proposer leurs activités au plus offrant. Cette transition, en partie naturelle, est due à l’arrivée de la fibre et la connexion des réseaux nationaux de transmission à celle-ci. 90% de la demande dans la plupart des pays est située dans les zones urbaines et celles-ci seront bientôt connectées à des stations d’atterrissage. Ce processus d’installation permettra de réaliser une série d’interconnexions transfrontalières.

Ceux qui vendaient de la capacité satellitaire ou fibre avaient du mal à expliquer leur complémentarité et la magnitude de la transition qui se prépare. Leurs discours remplis de bonnes intentions qui sonnaient faux.

Quels sont les impacts positifs de cette transition pour les opérateurs satellitaires ?

* Malgré la récession économique, la demande en bande passante continuera à croître à un taux supérieur à la moyenne au moins jusqu’en 2013. Certains des effets de la transition vers la fibre seront donc occultés par chacun voulant un peu plus de tout.

* La fibre est une nouveauté pour l’Afrique et certains pays n’ont ni la capacité opérationnelle adéquate ni une bonne sûreté et sécurité de leur fibre. Le lien entre l’Ethiopie et le Soudan est un cas d’école et cela signifie qu’ETC est toujours un important acheteur de capacité satellitaire. L’ouverture d’une nouvelle route via Djibouti va néanmoins améliorer la situation. Un opérateur a rapporté que les nouveaux clients pour la fibre ont cependant acheté jusqu’à 25% de leurs besoins en capacité de transmission par voie satellitaire, une capacité de redondance pour couvrir ce type de problèmes. Greg Wyler d’O3B a bien souligné les pannes de la fibre dans le Canal de Suez. Même ce risque sera partiellement réduit avec la construction de câbles de fibre optique le long des deux cotés du continent africain.

* Selon les chiffres de l’association GSM, 66% de la population africaine bénéficie d’une couverture mobile. Ce chiffre cache une série de progrès comme par exemple en Ouganda ou 90% de la population dispose d’une couverture GSM tandis que dans d’autres pays le taux est inférieur à 30-40%. Les transmissions cellulaires satellitaires continueront à pousser la demande mais ces zones auront un ARPU très bas mettant les opérateurs sous pression au niveau des coûts et les poussant à rechercher les meilleurs prix.

* En dernier lieu, de nombreux utilisateurs ont de longs contrats (10-15 ans) et par conséquent cela prendra du temps pour que cette transition se fasse sentir. Bien que cela soit une situation confortable au court et au moyen terme, ce n’est pas une position tenable au long terme. Un certain nombre d’opérateurs satellitaires internationaux ont une part significative de leur chiffre d’affaires et de leurs profits qui dérivent du continent africain : la moitié de la flotte de satellites d’Intelsat dessert l’Afrique. La situation va changer et la seule question est de savoir par combien ?

Certains extraits de la conférence donnent une idée des changements qui se préparent.

* Qu’en est-il des prix : Brian Herlihy, le DG de Seacom annonçait des prix entre 50 et 300 dollars US par mégabit par mois et même s’il faut ajouter 20% de taxes et frais de change, c’est une offre bien plus alléchante que le prix actuel de 4,000 à 6,000 dollars US par mégabit pour de la bande passante satellitaire. Même mieux, Seacom propose ces prix quelque soit la situation du pays, côtier ou enclavé. Paul Edwards, le Président de Starcomms, le plus grand opérateur CDMA au Nigéria, a dit qu’il s’est vu proposé un prix de 100 dollars US pour un mégabit de connectivité sur les câbles de fibre optique le long de la côte ouest. L’offre de prix d’O3B est très proche de ces chiffres. Les opérateurs satellitaires traditionnelles sont coincés : ils devront se contenter des restes ou développer des services utilisant des technologies innovantes pour améliorer leur politique des prix. Se faisant, ils risquent de cannibaliser leur chiffre d ‘affaires existant (selon un article publié par un journal professionnel international, O3B a eu des discussions avec SES New Skies et Intelsat. Vous pouvez interpréter cela comme vous le voulez. Qui fait la cour à qui ?)

* L’élasticité des prix apporte des augmentations massives : Steven Van Der Lind du groupe Tata a décrit le processus de transfert des clients du satellite vers la fibre. Il y a trois ans, leur estimation était d’un remplacement 1:1. Lorsque les prix de la fibre sont plus connus, les clients ont commencé à demander un remplacement équivalant à 2:1. Il a récemment signé un contrat ou le taux de remplacement est 10 à 15 fois plus élevé que la capacité d’origine. L’arrivée de la fibre a aussi un impact sur ceux qui s’occupent de la location à court terme de capacité satellitaire. Tom Omariba, le Directeur Général d’UUNet Kenya (qui ont aussi acheté de la capacité fibre) a dit que sa société était technologiquement neutre lorsqu’il s’agit de conseiller le client mais il a constaté une augmentation de location d’équipement pour la transmission satellitaire.

* Pousser les limites du marché : Alain Malanda, le responsable des transmissions et de l’optimisation des données à Vodacom RDC, est sans doute parmi les candidats pour la transmission satellitaire du trafic cellulaire dans la mesure ou le Congo a peu de routes. Lors de la conférence, il a cependant dit que 50% de son trafic national était transmis par fibre ou par lien hertzien et 50% par satellite. Tout en soulignant que Vodacom continuait à travailler à l’extension de sa couverture, l’opérateur a réalisé une optimisation de ses connexions satellitaires. Cela lui a permis d’accroître son volume de transmission pour le même débit. L’annonce par le Gouvernement du Congo RDC de la réalisation d’un lien fibre vers la côte et la connexion probable de Lumumbashi va aussi grignoter la part de 100% de trafic international transmis par connexion satellitaire. Calendrier: 2 à trois ans ?

* Le bonus de 2010 : Mashilo Boloka, le Directeur de la politique de production au Ministère de la Communication d’Afrique du Sud a fait le point sur les préparations pour la coupe du monde de 2010. Il a rapporté que les liens fibres entre les 10 stades et le centre de diffusion internationale seront prêts pour la coupe de la confédération en juin 2009 et qu’un second téléport était en construction pour les transmissions vers l’extérieur.

L’industrie satellitaire a rendu un grand service à ce continent lorsque personne ne pensait encore à réaliser ces immenses projets fibres qui sont en construction maintenant. Quel que soit l’avenir, elle restera la technologie capable de couvrir des populations très dispersées. Il est aussi difficile de croire que les opérateurs ne proposeront pas de solutions innovantes pour renforcer leur position. Il est cependant juste de dire que cette industrie a eu cinq années fastes et qu’elle entre dans une période où la nourriture sera moins abondante.