L’introduction de bande passante internationale moins chère en 2009 va mettre de la pression sur les prix des transmissions nationales.

L'éditorial du mois

Les opérateurs africains disent que la base de calcul du prix des transmissions nationales est la distance. Selon ce principe, plus la distance de transmission est grande, plus le prix sera élevé. Cette logique sera cependant bientôt remise en cause avec l’introduction de bande passante internationale moins chère. Si par exemple cela coûte plus cher d’envoyer du trafic de Johannesbourg à Cape Town ou de Lagos à Abuja que cela coûte d’envoyer du trafic de ces villes vers n’importe quelle destination en Europe, on pourra alors parler du début d’une forme d’arbitrage national. Russell Southwood s’interroge quant aux conséquences de cette nouvelle donne.

Les prix de la bande passante internationale sur SAT3 varient à présent entre 1,300-8,200 dollars US par méga par mois. En fonction du volume, le prix en Afrique du Sud se situe dans la partie inférieure de cette fourchette. Les prix ont récemment baissé en Angola aussi laissant le Cameroun et le Gabon en queue de peloton avec des prix élevés.

Les responsables des projets SEACOM et TEAMS s’accordent tous les deux à dire que la commercialisation de bande passante internationale par fibre débutera au Kenya au second trimestre 2009 avec des offres de prix de l’ordre de 500-1,000 dollars US par méga par mois à condition que les opérateurs passent les économies aux clients. Le long de la côte Ouest, le projet Main One sera probablement le premier projet à entrer en phase de commercialisation à partir du second trimestre 2010 avec des prix similaires à ceux proposés par les promoteurs des projets sur la côte Est.

C’est à ce niveau que se trouve le problème. Près de la moitié des opérateurs africains proposent des capacités de transmission (habituellement sur une distance de 500km) pour 2,000 dollars US ou plus. Seul un petit nombre d’entre eux propose un prix inférieur à 1,000 dollars US tandis que d’autres proposent des prix allant jusqu’à 4,000 dollars US. Ces prix ne tiennent pas compte d’un certain nombre de suppléments comme les frais d’installation poussant le prix total encore plus vers le haut. A ce stade, le consommateur intelligent doit se demander pourquoi les opérateurs sont capables d’offrir des routes sur une distance couvrant la moitié du globe au même qu’un lien entre la capitale et une autre ville du pays ?

Un opérateur en Afrique australe qui a un monopole sur la transmission génère 65% de son chiffre d’affaires sur le trafic international. L’impact de prix plus bas risque même d’annihiler une partie du chiffe d’affaires des opérateurs les plus performants. Ce n’est donc pas une surprise d’apprendre que le Ministre zambien des Communications est disposé maintenir le monopole de Zamtel sur la transmission du trafic international. Même avec cet avantage financier, l’opérateur perd de l’argent. Malheureusement on peut pas constamment échapper aux mauvaises nouvelles…

Pour les opérateurs, la pression sur les prix des transmissions nationales va aller en s’accroissant avec la perte de la notion de distance. Dans ce cas, que peut faire un opérateur d’avant-garde ?

- Selon les présentations d’Huawei et Nokia Siemens lors de la conférence organisé par CRASA, ils devront investir dans des réseaux IP. Un réseau IP est 30-50% moins cher en termes d’investissements et 30% moins cher sur les coûts d’exploitation. Il s’agit bien du type d’argumentaire que l’attend d’un vendeur. Ces chiffres sont cependant corroborés par les opérateurs qui sont passés en IP et avec lesquels nous nous sommes entretenus. Les opérateurs qui ont un réseau à 100% IP (comme Neotel, le second opérateur fixe en Afrique du Sud) ou qui sont en phase de transition disposent d’un avantage sur ceux qui auront besoin de remplacer leur réseau dans les cinq ans à venir.

- La plupart des opérateurs historiques ont trop d’employés et la pression politique pour éviter des licenciements a été bien trop grande pour aller au coeur de ce problème. Non seulement, ils ont trop d’employés mais aussi pas assez de personnel qualifié dans la technologie IP pour assurer l’avenir. Aucun d’entre eux ne dispose de stratégie pour ce problème. Pour beaucoup d’entre eux, la technologie IP et analogique sont séparés dans des départements différents et le premier est petit et sans influence sur la stratégie de la société.

Une solution possible ? Externaliser la gestion du réseau de la façon dont un certain nombre de petits opérateurs le font déjà (par exemple Kasapa au Ghana). Cela permet une gestion plus pointue avec plus d’expérience professionnelle tout en maintenant un contrôle des coûts. Pour des opérateurs historiques, propriété de l’Etat, cela suppose un sens de la décision et une bonne compréhension que la valeur de vos biens va aller en s’amenuisant si vous ne faites rien. Des sociétés en faillite n’emploient pas des gens pendant longtemps.

Pour les consommateurs, l’avenir est plus rose. Une concurrence au niveau des infrastructures de réseau permettra au moyen terme de réaliser des économies. Deux éléments pour soutenir cette affirmation :

- Les opérateurs mobiles intégrés verticalement souhaitent se lancer dans la construction d’infrastructure de réseau. Tous ceux avec qui nous avons discuté, c’est-à-dire ceux qui ont des projets en cours et ceux qui opèrent déjà des réseaux, s’accordent à dire que les économies sont de l’ordre de 30-50%. Des pays aussi différents que l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et le Ghana ont déjà des opérateurs offrant des services d’infrastructure. Certains affirment même que les économies peuvent être supérieures en fonction du niveau de protection du monopole de l’opérateur historique. Le challenge pour les consommateurs est de reconnaître l’arbitrage national en question et de demander plus en termes de prix des services.

- Le second point en faveur des consommateurs est l’arrivée d’opérateurs alternatifs d’infrastructure. Les compagnies d’électricité possèdent déjà des capacités de transmission en fibre optique posées sur les pylônes électriques et en ajouter plus coûte considérablement moins cher que de creuser des tranchés. Plus d’une demie douzaine de compagnies d’électricité ont soit déjà reçu une licence pour vendre directement la capacité ou se sont vues attribuer une autorisation leur permettant de passer des offres d’appels pour l’exploitation de cette capacité par une société tiers. Un des exemples les plus récents est la société Escom au Malawi qui disposera bientôt de liens en fibre optique vers le Mozambique. Dans les pays où les compagnies d’électricité ne disposent pas d’un tel cadre législatif, les opérateurs historiques se battent pour que cette capacité complémentaire soit mise à leur disposition. Pour eux il est probable qu’il s’agit d’une bataille perdue.

Pour pousser à plus de concurrence au niveau des infrastructures nationales, les consommateurs des opérateurs doivent poser deux questions : Combien est-ce que cela vous coûte pour la nouvelle transmission internationale par fibre et est-ce que les économies réalisées sont reflétées dans les prix au détail ? Pourquoi est-ce moins cher d’envoyer du trafic vers l’Europe que dans mon propre pays ? Il vaut mieux commencer à poser ces questions dès maintenant parce que les excuses seront convolutées et longues.

« African Telecoms and Internet Markets » : L’Afrique centrale est le second volume d’un rapport en cinq parties couvrant l’ensemble du continent. Si vous n’avez pas encore acheté le premier volume couvrant 16 pays en Afrique de l’Ouest vous pouvez consulter la table des matières en cliquant sur le lien suivant  http://www.balancingact-africa.com/publications.html

African Telecoms and Internet Markets – Volume 3: Afrique de l’Est sera publié en novembre 2008

Les prix du rapport « African Telecoms and Internet Markets – Vol. 2: Afrique Centrale sont les suivants :

Prix – Afrique : 250£/500$US
Prix – Reste du monde: 320£/640$US
Prix – Université et ONG: 125£/250$US

Reduced price – Universities and NGOs GBP125/USD250

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