Ushahidi, une aide en temps de crise via le web et par SMS.

L'éditorial du mois

Les applicatifs web africains sont bien trop souvent une copie palote de ceux développés dans le Nord ne trouvant pas par conséquent la faveur des consommateurs tout en ignorant la présence de la télephonie mobile.

L’idée à l’origine du site Ushahdi d’Ory Okolloh est intéressante tout en étant brave et son succès est bien possible pour un continent à la recherche d’une forme de paix intérieure. Russell Southwood s’entretient avec l’instigatrice du projet lors d’une visite récente en Afrique du Sud.

Ushahidi signifie testament en langue Swahili et le projet permet à tout le monde de soumettre des informations sur une crise via SMS, courriel ou en complétant un formulaire en ligne. Okelloh a eu cette idée lors d’une visite dans son pays, le Kenya dans la période de violence qui a suivi les élections. « Je décrivais la situation sur mon blog. Suite à la censure médiatique au Kenya, le blog est devenue une source d’information et les gens ont commencé à m’envoyer des messages ».

A ce stade, Okelloh a décidé de créer un site web où les gens pouvait dire ce qui se passait par courriel ou par SMS : un maillage informatif généré par la population. Ces informations ont ensuite été géographiquement localisées via les cartes de Google et datées permettant de suivre et avec un peu de chance de contrôler la progression de la violence. « Le 3 janvier, j’ai partagé cette idée sur mon blog et demandé si des techniciens kenyans étaient intéressés. Erik Hershman et David Kobia m’ont contacté en me disant qu’ils étaient intéressés de réunir un groupe de techniciens  autour du projet».

« A l’origine, c’était un projet supporté par des volontaires. Quelqu’un nous a ensuite proposer un espace sur son serveur. La communauté de bloggers a fait circuler l’idée du projet et quelqu’un nous a donné les codes courts d’accès pour les SMS. » Finalement, le blog est resté actif pendant plusieurs mois après les élections et maintenant il sert de mémorial retraçant les événements durant cette période.

Pourquoi avez-vous décidé de rendre compte de la situation post-électorale au Kenya ? « Beaucoup de gens nous ont demandé si nous avions sauvé des vies ? Notre fonction principale a consisté à aider à diriger l’aide. Nous avions une page intitulée «comment aider » qui informait les gens sur ce qu’ils pouvaient faire »

Après notre réponse à la situation post-électorale au Kenya, l’équipe d’Ushahidi a été bombardée de propositions suggérant de transformer notre site en un site global permettant de collecter des informations sur des crises se déroulant n’importe où dans le monde. En d’autres termes, quand une crise débute, une autre organisation peut simplement télécharger le logiciel et après quelques réglages dispose de sa propre version. Cette approche présente cependant un problème majeur qui avait beaucoup préoccupé Okello durant la période post-électorale au Kenya, c’était comment vérifier les informations que les gens envoyent ?

Toute agence ou organisation gouvernementale cherchant à comprendre ce qui se passe durant une crise, se retrouve face à la même situation. La semaine dernière, les forces indiennes de sécurité avaient déclaré qu’ils avaient arrêté les tueurs dans la ville de Mumbai. Mais c’est quelqu’un sur Twitter qui a rapporté que la fusillade se poursuivait. Les informations en période de crise proviennent de sources très variées et l’on peut seulement espérer construire une image aussi fidèle que possible de ce qui se passe en ayant autant de sources que possibles.

La dernière crise suivie par le site web retrace le développement de la guerre civile et la crise des réfugiés autours de Goma au Congo DRC. Un partenariat a été signé avec Heal Africa pour proposer ce service et l’équipe est confiante de conclure d’autres partenariat du même type. Mais certaines organisations doivent faire face à de sérieux problèmes : dans une situation politique comme celle-ci, il faut faire attention à de pas antagoniser les gens avec lesquels ils vont peut-être travailler. Lorsque que nous nous sommes entretenus avec Okelloh, une semaine après le démarrage du site, une trentaine de rapports avait déjà été postée et ce chiffre a plus que doubler depuis la semaine dernière.

Okelloh a eu des hésitations quant à la construction du site pour couvrire la crise à Goma mais c’était trop important pour ne pas le faire. « Le logiciel est toujours en test. Nous travaillons aussi sur une version française et nous essayons de voir comment ajouter une fonction de traduction dans les versions futures. » En Afrique du Sud, ils partagent le programme avec Unitedforafrica.co.za qui suit les attaques racistes perpétrées contre des non-sud-africains dans les bidonvilles.

Le projet qui n’était qu’une idée il y a quelques mois, est maintenant une organisation supportée financièrement par le Net Squared Mash-Up Challenge dont ils ont remporté le premier prix. Ils ont reçu une aide complémentaire de 200,000 dollars US d’Humanity United qui leur a permis de réaliser leurs ambitions.

Le groupe espère produire une version finale du logiciel au cours de l’année prochaine et des tests sur le terrain sont en cours avec une dizaine d’organisations dans des domaines aussi variés que l’environnement, une cartographie médicale et celle des violations des droits de l’homme. Le groupe travaille en ce moment ave Ken Banks of Frontline SMS pour l’intégration du logiciel avec les services de communication offerts par les réseaux mobiles et d’autres services typiquement développés pour les pays émergeants. Le programme est aussi conçu pour une interaction active avec les contributeurs. Il est aussi question d’ajouter des informations venant de sources reconnues qui s’ajouteront à la variété des sources d’information disponibles. Le projet n’en est qu’à son début mais le nombre de visites mensuelles atteint déjà 30,000 personnes.

L’ensemble du projet est basé sur des logiciels libres avec 15 à 20 développeurs apportant leurs contributions. La plupart des développeurs viennent de l’Afrique et la majorité sont originaires du Kenya. Dans la tradition de la publication des logiciels libres, l’accès à Ushahidi sera gratuit mais l’optimisation du programme pour un projet spécifique sera payant.

« African Telecoms and Internet Markets » : L’Afrique centrale est le second volume d’un rapport en cinq parties couvrant l’ensemble du continent. Si vous n’avez pas encore acheté le premier volume couvrant 16 pays en Afrique de l’Ouest vous pouvez consulter la table des matières en cliquant sur le lien suivant  http://www.balancingact-africa.com/publications.html

African Telecoms and Internet Markets – Volume 3: Afrique de l’Est sera publié en novembre 2008

Les prix du rapport « African Telecoms and Internet Markets – Vol. 2: Afrique Centrale sont les suivants :

Prix – Afrique : 250£/500$US
Prix – Reste du monde: 320£/640$US
Prix – Université et ONG: 125£/250$US

Reduced price – Universities and NGOs GBP125/USD250

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