Fraude massive autour des appels téléphoniques internationaux à l’Ile Maurice

Actualités Télécom

Deux compagnies du BPO, flairant la bonne affaire, feraient aboutir des appels internationaux entrants de manière illégale. Pour les caisses de l'Etat, le manque à gagner est de taille. Les appels qui sont passé par le marché gris sont reconnaissables, en raison du nombre d'interférences et de coupures.

Plusieurs dizaines de millions. C'est le montant de la fraude détectée par les autorités autour d'appels téléphoniques internationaux entrants. En ligne de mire, deux grosses compagnies du secteur du Business Process Outsourcing (BPO), localisées à Ebène et ses alentours. Un opérateur de téléphonie internationale est également soupçonné d'être de mèche avec l'une de ces compagnies.

Ils sont soupçonnés de faire aboutir des appels internationaux à Maurice de manière totalement illégale, faisant ainsi perdre de l'argent à l'Etat et aux opérateurs de téléphonie internationale mauriciens. Quant à l'utilisateur, il se retrouve avec une connexion qui est de très mauvaise qualité.

«Ce qu'ils font est strictement illégal. Sans licence, ils font aboutir des appels à Maurice à un prix que personne d'autre ne peut offrir et cela, de manière déguisée. En fait, ils ont créé une voie parallèle, communément appelée route grise», confie-t-on à l'Information & Communication Technologies Authority (ICTA).

Depuis plusieurs mois, cette dernière enquêtait discrètement sur cela. Difficile à détecter, cette fraude a nécessité des recherches minutieuses à plusieurs niveaux pour parvenir à cerner les contrevenants.

En 2008, 120 millions de minutes d'appels sont entrés à Maurice. L'ICTA estime que 30 à 40 millions ont abouti de manière illégale. «C'est un business fructueux et grandissant. Alors qu'un opérateur légal doit payer des charges, celui qui passe par la route grise n'en paye aucune», dit-on à l'ICTA. Rien qu'en termes de licence, un opérateur de téléphonie internationale doit verser Rs 8 m par an à l'autorité régulatrice du secteur. Rien qu'à ce niveau-là, les deux compagnies qui opèrent illégalement occasionnent un manque à gagner de Rs 16 m pour l'ICTA.

De par sa technicité et son mécanisme, l'ampleur de la fraude est cependant difficile à cerner. Lorsqu'une personne appelle un proche depuis l'étranger, son appel doit être acheminé par des opérateurs de téléphonie. Pour cela, opérateur x, situé à l'étranger, va acheter du volume en termes de minutes d'appel auprès d'un international carrier qui, lui, a des accords avec des opérateurs de téléphonie internationale situés à Maurice.

Ces derniers facturent au carrier chaque minute qu'ils font aboutir localement à environ Rs 2,5 la minute, dont une partie est reversée au Universal Service Fund de l'ICTA pour des financer des projets sociaux et une autre à l'Etat en termes de taxes. Une troisième partie est reversée aux opérateurs de téléphonie fixe ou mobile locaux en termes d'interconnexion pour acheminer l'appel jusqu'au combiné de l'appelé.

Or, les fraudeurs, qui sont dans le business des centres d'appels ont non seulement une infrastructure similaire à celle des opérateurs mauriciens, mais ont également contact avec ces international carriers afin d'acheminer leurs appels de et vers Maurice. Certains centres d'appels se sont également mis sur le marché des appels internationaux entrants, mais en facturant chaque minute d'appel qu'ils font aboutir à Maurice à environ Rs 1, tuant ainsi la concurrence légale. «Ils mettent le marché en péril. L'opérateur légal peut à terme se retrouver dans une situation où il devra arrêter ses opérations puisqu'il n'est plus compétitif», soutient une source à l'ICTA.

Pour l'usager, ces appels qui sont passés par le marché gris sont aisément reconnaissables. Si l'appel est de mauvaise qualité, avec beaucoup d'interférences et de coupures, les chances sont grandes qu'il a été acheminé par une voie parallèle. Aussi, si le numéro d'appel affiché sur l'indice du téléphone n'est pas celui de l'appelant mais se résume à une succession de chiffres, il est fort probable que c'est un opérateur qui fait aboutir l'appel de manière illégale.

(Source : L’Express)