Offre publique de vente des actions ONATEL: une aubaine pour investir en bourse

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L'Etat burkinabè, qui a cédé l'ONATEL à un partenaire stratégique, Maroc Télécom à plus de 144 milliards de F CFA, poursuit son désengagement à travers une offre publique de vente d'actions destinée à mobiliser l'actionnariat public.

Les Burkinabè ont une occasion d'investir en bourse. En effet, depuis le 22 décembre 2008 et ce, jusqu'au 31 janvier 2009, ils peuvent se procurer des actions dans le capital de l'Office national des télécommunications (ONATEL). Car l'Etat y a décidé de vendre ses parts via une Offre publique de vente (OPV). Cette opération vise surtout à mobiliser l'actionnariat public et à ouvrir le capital de la société au grand public. Environ 680 000 actions seront ainsi vendues.

Le prix de cession de l'action est de 42 000 F CFA pour les personnes physiques résidant au Burkina Faso ou à l'extérieur et celles détentrices d'une carte de résident burkinabé. Pour les personnes physiques et morales de la zone UEMOA et hors UEMOA, l'action revient à 45 000 F CFA. Au terme de l'Offre publique de vente (OPV), 20 % du capital de l'ONATEL sera vendu au public. Mais en cas de sous-souscription de l'OPV souscrite, la Société financière internationale (SFI) qui doit acquérir 5% des actions de l'ONATEL va absorber les titres restants.

La participation de l'Etat va s'établir à 23 % étant donné que le processus prévoit une cession de 6 % du capital au personnel de la société à l’issue de négociations. Pour le directeur général de la Société burkinabè d'intermédiation financière (SBIF), chef de file de l'opération, l'OPV vise à mobiliser l'actionnariat public, à amener les Burkinabè à s'intéresser à l'investissement en capital et à diversifier leurs sources de profit. Alexis Lourgo pense alors que l'OPV va améliorer le revenu de ceux qui ont de l'épargne. L'OPV entend aussi amener les Burkinabè à s'intéresser à la vie des entreprises nationales privatisées ou en voie de l'être. C'est une première dans la mesure où les actions seront cotées sur le marché financier régional. En Bourses, il y a les marchés des actions, des obligations et des droits. C'est sur le marché des actions que le Burkina brillait par son absence. Par contre, sur le marché des obligations, plusieurs entreprises y sont, dont l'ONATEL. En fait, l'introduction de l'ONATEL en bourse va se faire en plusieurs phases, explique le directeur de l'antenne nationale de la BRVM, Léopold Ouédraogo.

A la fin de l'OPV, l'organisme chargé de mener à bien l'opération va faire un constat de sa réussite. C'est alors que les dirigeants de la nationale des télécommunications vont formuler une demande d'introduction des actions ONATEL à la cote du marché des actions, précise Léopold Ouédraogo. Après cette demande, la Bourse va analyser, statuer et donner un avis. "Ce sera probablement un avis favorable parce que le dossier ONATEL est suffisamment bien ficelé et a déjà reçu le visa du conseil régional", indique M. Ouédraogo.

A l'issue de l'accord du conseil d'administration de la BRVM, il sera organisé une opération d'introduction qui va se solder par une cérémonie consacrant la première cotation des actions. Avant cela, ce sont les clients qui affluent aux guichets pour souscrire. "Il était temps que le Burkina Faso participe à la construction du marché financier à travers une présence forte. L'ONATEL incarne cet espoir et sera la deuxième société de télécommunication cotée, derrière la SONATEL (Sénégal)", souligne M. Lourgo. Et le directeur national de l'antenne BRVM, Léopold Ouédraogo d'insister alors sur la réussite de l'OPV arguant "qu'il y va de l'image du pays". C'est pourquoi, il appelle les Burkinabè à participer massivement. Car dit-il "... Les Burkinabé doivent être des acteurs majeurs du marché financier en vue d'en tirer les plus grands bénéfices. Parce qu'en achetant des actions de l'ONATEL, ceux qui détiennent le plus d'actions auront plus de dividendes". Mais en attendant, pour acheter une action, la démarche est simple. Il suffit de se rendre à la SBIF, à la BRVM, ou dans les agences de la BACB, BIB, SONAPOST muni d'une pièce d'identité et remplir la fiche de souscription. Quant aux nationaux à l'étranger, ils doivent s'adresser à l'ambassade ou au consulat.

Et à Ouagadougou dans les locaux de la SBIF à l'immeuble CGP, les clients défilent, qui pour se renseigner, qui pour acheter directement des actions. Quoique la plupart préfèrent souscrire loin des appareils des photographes de presse et des questions indiscrètes des journalistes. "Je ne veux pas témoigner, ni voir ma photo dans un journal (...)", nous dit d'un ton courtois, ce client proche de la cinquantaine.

Et cet autre de dire qu'il préfère l'anonymat. "Comme ça, personne ne sait ce que tu fais", précise-t-il avant de donner son accord pour une interview. Fonctionnaire de son état, M. O. assis dans la salle d'attente remplissait sa fiche de souscription. Il justifie son choix d'acheter des actions de l'ONATEL à hauteur de 420 000 F CFA (soit 10 actions) par le fait que c'est une opportunité. "Je profite être actionnaire car la télécommunication est un secteur porteur. Je ne pouvais donc m'empêcher de saisir cette opportunité. J'invite les Burkinabè à souscrire car il n'y a rien à perdre", confie notre témoin anonyme.

A l'inverse, Issa Sawadogo, consultant de voyage accepte de témoigner. Venu acheter des actions à 2000 dollars (environ 9,739 millions FCFA), il entend contribuer à booster l'économie nationale et s'assurer des lendemains meilleurs. Mais, il doit convertir ses devises en francs CFA. "Je suis beaucoup confiant parce que les télécommunications sont incontournables. Ce n'est par parce que ce sont des actions que j'achète mais bien parce que c'est l'ONATEL que j'achète. Le monde de la communication évolue, la preuve vous êtes là et je communique avec vous. C'est dans ce sens que je veux apporter ma pierre à l'essor de ce secteur. Nous sommes environ 14 millions, malheureusement il n'y en a même pas 10 % qui sont dans la communication active, raison pour laquelle j'y investis". Dans l'ensemble, il y aura une centaine d'actionnaires privés, indique le chef de file de l'opération. Et les retombées seront bénéfiques pour l'Etat.

La SBIF et la commission nationale de privatisation ont effectué des missions à l'étranger en vue de mobiliser la diaspora à souscrire massivement. Une dernière mission se rendra à partir du 25 janvier 2009 au Mali. "Nous avons fait des tournées à Milan (Italie), Paris (France), Abidjan, San Pedro et Soubré (Côte-d'Ivoire) pour susciter la participation de la diaspora. Il y a eu de l'engouement autour de l'opération même si on nous a reproché de n'avoir pas donné l'information à temps", explique M. Lourgo. Tel est aussi l'avis du secrétaire permanent de la commission de privatisation.

Confiant que l'opération se déroule bien avec un engouement certain, Amadou Dicko craint même que la demande ne dépasse l'offre. "Si cela arrivait, une commission d'arbitrage sera mise sur pied", poursuit-il, ajoutant que l'OPV est une bonne chose visant à inculquer aux Burkinabè une tradition de bourse. En cela, l'Etat attend beaucoup de la présente OPV.

La commission nationale de privatisation table sur un montant oscillant entre 25 et 30 milliards que l'OPV pourrait rapporter dans les caisses du Trésor public.

C'est une opération extrêmement importante pour le pays, soutient Amadou Dicko, secrétaire permanent de la commission nationale de privatisation. Elle fait suite à l'emprunt obligataire du Burkina Faso pour un montant de 25 milliards qui "s'est très bien soldé". "Il faut que le Burkina Faso puisse confirmer avec cette OPV en vue de montrer que la première fois ce n'était pas un hasard mais que l'environnement économique est sain et propice à la création de richesses".

Aussi, est-il prévu l'introduction d'autres sociétés en bourses. "Je ne peux pas vous donner des noms précis pour des raisons professionnelles. Nous avons eu des contacts avec des sociétés nationales dont une ou deux banques qui sont assez prêtes à passer le cap de la cotation d'autant plus qu'elles vont partie d'un groupe dont des filiales sont cotées.

D'un point de vue psychologique, cette barrière est déjà franchie", déclare M. Dicko pour qui parmi les 45 sociétés privatisées depuis 1991, la privatisation de l'ONATEL semble une réussite. Pour autant, reconnaît-il , des sociétés allaient mourir de leur propre mort n'eut été la privatisation

Sidwaya