Le CDMA 2000, une technologie hybride défiant la convergence au sein des opérateurs africains

L'éditorial du mois

Avec l’appui financier du Gouvernement chinois, la technologie CDMA 2000 fournie par Huawei et ZTE est tranquillement entrain de se tailler une part de marché, encore minoritaire mais néanmoins intéressante. Elle constitue les premiers signes d’une convergence en Afrique tout en permettant une augmentation du revenu moyen par usager (ARPU) pour la catégorie data. La technologie CDMA n’offre pas seulement une solution de remplacement pour le réseau fixe mais elle est aussi dérangeante sous certains aspects pour les réseaux mobiles basés sur la technologie GSM. Face à la technologie WiMAX et l’arrivée prochaine du LTE (Long Term Evolution) offrant des modèles commerciaux alternatifs, Russell Southwood s’interroge sur la pérennité de cette percée.

Au départ les vendeurs chinois se sont concentrés sur les opérateurs historiques dans des situations financières exangues : leurs réseaux fixes étaient en mauvais état et ils manquaient de capitaux pour les remettre à neuf. Huawei et ZTE leurs ont fait des offres qu’ils leurs étaient difficiles de refuser : nous vous offrons cette technologie sans fil qui n’a pas vraiment été testée en conjonction avec des prêts et des rabais sur les prix d’installation.

Après le déploiement de la technologie, les résultats initiaux n’ont pas été à la hauteur de ceux achevés par la téléphonie mobile mais ils ont néanmoins montré que la technologie avait la capacité d’attirer des clients. Les services voix et data offerts par cette technologie ont permis aux opérateurs historiques d’arrêter de perdre du terrain. Il y a certes eu des problèmes techniques au départ, en particulier pour les services data mais ceux-ci ont été résolus dans beaucoup de cas avec l’acquisition progressive de l’expérience nécessaire pour assurer la gestion de réseaux voix et données. Dans des marchés plus concurrentiels comme le Kenya et le Nigéria, les opérateurs alternatifs ont commencé à capturer une part de marché, encore modeste mais prometteuse.

Parmi les plus grands opérateurs historiques, le nombre d’abonnés a atteint un niveau acceptable (en particulier pour les opérateurs historiques et les autres opérateurs de téléphnonie fixe ne disposant pas de licence pour la téléphonie mobile) et cette technologie leur a permis d’intégrer le facteur de la mobilité pour concurrencer les opérateurs mobiles dominants avec des prix plus bas et des services d’accès à l’Internet. De nouveaux défis sont ainsi apparus. Pour des opérateurs innovants, la technologie ne présentait pas de barrières au développement d’un marché en gros ou au détails pour les fournisseurs d’accès à l’Internet (FAI).

Un nombre d’exemples provenant de differents pays permet d’illustrer comment la technologie s’est établie:

Telecom Namibia a utilisé cette technologie pour lancer son service dénommé « Switch » qui offre une mobilité réduite. Très rapidement, l’opérateur mobile MTC et son concurrent, PowerCom (CellOne), alors en phase de déploiement, ont commencé une campagne de lobbying auprès du régulateur namibian (Namibian Communications Commission) pour réduire la bande de fréquence du service « Switch » limitant ainsi sa couverture.

Des opérateurs historiques dominants en Afrique se sont ainsi retrouvés dans une position singulière où ils ont été les acteurs introduisant une nouvelle technologique. Il est difficile d’entrevoir comment cette technologie peut être interdite alors qu’elle verouille les combinés à une cellule donnée tout en offrant une couverture comfortable. Au début de 2008, le gouvernement de Namibie a repoussé tous les questions à ce sujet en créant un comité chargé d’étudier ce problème. A ce jour, le comité ne s’est pas encore manifesté publiquement…

Avant son rachat récent par la société Lap Green, l’ancien opérateur historique Rwandatel avait lancé un service similaire basé sur la technologie CDMA 2000. Très rapidement les conducteurs de taxi dans Kigali ont commencé à installer des combinés sur le tableau de bord de leur taxis. Comme d’autres opérateurs, Rwandatel a ensuite introduit l’EVDO qui délivre rarement jusqu’à 2.4mbps de bande passante mais qui a permis d’offrir des services Internet bien plus rapides que ceux dont la plupart des Africains avaient l’habitude.

Au Mozambique, l’opérateur historique TDM a essayé Huawei et ZTE. Cette dernière a réalisé l’installation dans les provinces du Nord tandis que Huawei s’est chargé de la capitale et des provinces du Sud. Les revenus tirés des services data dans les régions non couvertes par les autres opérateurs se sont montrés très prometteurs.

Il y a deux ans, la Camtel au Cameroun comptait 165,000 lignes fixes en service. L’opérateur historique a lancé son service CTPhone basé sur la technologie CDMA. Le produit a été officiellement décrit comme une solution fixe avec une mobilité allant jusqu’à 40km avec une gamme de téléphones fixes et mobiles. Après son lancement, Camtel a rapidement compté plus de 28,000 abonnés et compte aujourd’hui plus de 150,000 lignes. Si ce dernier chiffre est comparé au nombre de lignes fixes tradionnelles, il s’agit bien d’un gain net. A nouveau, le déployement a été entièrement financé par le gouvernement chinois et Camtel envisage cette solution comme une transition vers l’obtention d’une troisième licence de téléphonie mobile.

L’introduction d’un service de téléphonie mobile ne signifie pas nécessairement la mort du service CDMA. Telkom Kenya qui avait introduit un service similaire à celui de Camtel, a fait tout ce qui lui était possible pour reculer les limitations de son service avant de recevoir une licence mobile au moment de sa privatisation. Un appel national à partir de son service CDMA coûte KS5.5 et sa facturation est comparable à celle pratiquée par les opérateurs mobiles. Des estimations avancent un chiffre de 400,000 abonnés et Telkom Kenya compte bien continuer ce service.

Il y a deux explications possibles à cette position : d’abord, Telkom Kenya doit bien continuer à repayer son prêt et par conséquent pourquoi ne pas continuer à bénéficier des revenus générés par ce service ; ensuite cette technologie hybride moins chère que la téléphonie mobile mais pas aussi mobile offre un service à un moindre coût qui constitue un marché niche au moyen terme.

Avec un moindre succès, les opérateusr alternatif kenyans Flashcom et Popote ont attiré entre eux deux 10,000 abonnés générant à nouveau plus de revenus pour les services data que pour les services voix. En 2007, 80% du chiffre d’affaire de Popote était issu des services data.

Même dans les pays les moins prometteurs, cette technologie a toujours eu quelque chose à offrir et le Tchad est certainement un exmple difficile à battre. En 2006, Sotelchad avait 13,000 lignes fixes en service. En utilisant des équipements CDMA 2000 fournis par ZTE, l’opérateur a lancé un service fixe à mobilité réduite sous le label « Tawali ». L’opérateur envisage maintenant de faire un investissement de 24 millions de dollars US financé par un prêt pour étendre sa couverture. La phase pilote a été conduite à Ndjamena et s’est traduite par 4,000 abonnements dont plus de 50% sont des utilisateurs des services data. La seconde phase du projet comprend l’installation de 15 stations de base supplémentaires dans Ndjamena et 57 dans les principales villes du pays.

Le prix pour l’entreprise la plus innovante avec la technologie CDMA 2000 revient à la société ghananéenne Kasapa qui est le seul opérateur CDMA avec une position minoritaire dans le segment des télécoms. L’entreprise s’est concentrée sur la vente en gros de ses services à des FAIs qui à leur tour revendent les services aux utilisateurs finaux. Avec une couverture dans sept des dix provinces du pays, le service de Kasapa permet aux plus petits FAIs d’offrir des services à des prix comparables à ceux de l’opérateur historique Ghana Telecom. Un tiers de chiffre d’affaires revient aux FAIs. Kasapa envisage d’introduire l’EVDO avant la fin de cette année ou au début de l’année 2009.

Le problème avec la technologie CDMA 2000, c’est de maintenir sa position dans un marché Internet qui pousse à plus de bande passante en utilisant d’autres technologies. Même Telecom Namibia a pris un peu de recul en commandant des équipements WiMAX d’Alvarion en février 2007 pour accroitre la capacité de son réseau local et pour fournir des services voix et de l’Internet haut-débit.

Les opérateurs mobiles sont entrain de tester des solutions WiMAX, en particuliers MTN dans trois pays différents. La norme 802.16e est maintenant en place pour le WiMAX mobile. Il ne faudra donc pas bien longtemps avant que quelqu’un n’essaye d’en faire une activité commerciale et l’Afrique est un bon endroit pour commencer. Il n’y a peu de temps encore que Huawei n’avait pas d’offre WiMAX. Maintenant la société offre deux produits : sa station de base 3707 et une passerelle haut-débit sans fil WASN 9770.

Les sociétés en phase de lancement d’offres triples et de services mobile de TV sont constamment entrain d’améliorer les capacités techniques de leurs réseaux. Les architectures des réseaus GSM avec des bandes étroites n’ont pas été dessinées pour supporter les volumes de services data qui sont envisagés à l’heure actuelle. La technologie CDMA 2000 ne présente pas une évolution de son architecture qui prendrait en compte le futur du secteur médiatique en Afrique.

Mais les avancées technologiques sont rapides et le WiMAX lui-même sera peut être dépassé par le LTE dont la norme actuelle a le label 3GPP version 8 et est considéré comme de la 4G capable dans un futur pas trop lointoin de réduire la voix et les données à des octets.