Le tarif de l'interconnexion va être en dessous des 57 F la minute d'ici à 2009 en Côte d’Ivoire : Interview avec Kla Sylvanus, DG de l’Atci

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Q: Quel bref bilan faites-vous de l'évolution de ce secteur en tant qu'autorité de régulation ?

Le secteur des télécommunications se porte bien en Côte d'Ivoire. Il est tiré essentiellement par la téléphonie mobile qui a connu une explosion extraordinaire depuis son introduction en 1996. Le nombre d'abonnés de la téléphone mobile a dépassé les six millions aujourd'hui en Côte d'Ivoire et le chiffre d'affaires du secteur avoisine les 1000 milliards de FCFA.

Le secteur a généré plusieurs centaines d'emplois en moins de dix ans. Sa contribution au Produit intérieur brut (PIB) avoisine 5%. Ceci pour dire qu'en fait ce secteur se porte très bien. A preuve, il n'a pas fondamentalement été impacté négativement par la crise et attire de plus en plus d'opérateurs qui veulent y investir. Ce qui est encourageant, parce que les investissements dans la téléphonie mobile se chiffrent en centaines de milliards.

Q: Quel modèle voulez-vous proposer en matière d'interconnexion ?

Il serait fastidieux de le décrire techniquement ici. Mais je m'interrogerais tout simplement : pourquoi est-ce maintenant que nous mettons en place un modèle de calcul de tarification des interconnexions des réseaux? Jusqu'à présent, les tarifs d'interconnexions sont fixés par des négociations encadrées par l'Atci. Les opérateurs se mettent autour d'une table et discutent.

Tel dit par exemple, moi, je veux 100 FCFA, tel autre souhaite que ce soit 40 FCFA, etc. Cela peut durer des mois pour parvenir à un coût consensuel. Nous avons laissé prospérer cette méthode pour infléchir les tarifs et faire jouer la concurrence qui est profitable aux usagers que nous sommes. Ce système de marchandage a permis de baisser les tarifs d'interconnexion qui sont bloqués depuis plus de trois ans à 57 FCFA la minute.

Et tout porte à croire qu'on a atteint la limite de la négociation. Il faut maintenant passer à une autre étape, celle de la réalité des coûts. Ce qui revient à voir combien ça coûte réellement de pouvoir acheminer le trafic d'un réseau vers un autre concurrent. Si par les calculs, l'on se rend compte qu'il faut en réalité 30 FCFA par exemple, les 57 FCFA la minute ne seront plus en vigueur.

Les interconnexions pourraient coûter à la limite entre 35 et 40 FCFA. Ce serait alors une source de compétitivité et de soulagement pour les nouveaux arrivants. Faute de quoi, les futurs opérateurs n'auront aucune existence. Pour faire ces calculs, on passe par des modèles de calculs. Il y en a plusieurs plus ou moins complexes qui nécessitent une forte coopération des opérateurs parce que ce sont eux qui fournissent les données.

Q: Quel modèle de calcul avez-vous choisi ?

Le modèle que nous avons choisi et sur lequel les opérateurs sont en train d'être formés, c'est celui qui a été mis en place par la Banque mondiale. Il nous paraît le plus simple. C'est le modèle du coût moyen incrémental à long terme. Ce calcul tient compte du coût réel du commutateur et de la réalité du trafic qui passe le réseau de chaque opérateur, le coût d'une minute d'interconnexion, etc.

Q: Quand ce modèle qui fait l'objet de formation entrera-t-il en vigueur?

A partir du premier trimestre 2009, il sera opérationnel. Nous avons décidé d'obliger les opérateurs à utiliser ce modèle choisi par l'Atci et bien d'autres de pays africains pour déterminer les coûts d'interconnexion des réseaux. Nous attendons début 2009 parce que les tarifs d'interconnexion sont fixés en début d'année.

Q: Pensez-vous que les futurs tarifs d'interconnexion profiteront aux consommateurs ?

Bien sûr ! Notre objectif est de faire baisser les coûts d'interconnexion de sorte que les usagers de la téléphonie mobile ne soient pas pénalisés. Aujourd'hui, ils sont à 57 frs, mais les taux réels oscilleraient dans la fourchette de 40-45 FCFA. Cependant, nous allons introduire dans cette nouvelle détermination des tarifs d'interconnexion une certaine souplesse.

Autrement dit, l'Atci va, chaque année, après une discussion avec les opérateurs, annoncer les tarifs pour l'année suivante et les techniques de fixation. L'opérateur qui estimera que le taux annoncé est trop bas, charge à lui de le démontrer à ses frais, c'est-à-dire financer les honoraires du cabinet d'études spécialisé que l'Atci désignera pour refaire le calcul de ses coûts d'interconnexion.

(Source : Fraternité Matin)