Le Maroc annonce le dégroupage total pour juillet 2008 tandis que la pression monte en Tunisie en faveur d’une évolution similaire

L'éditorial du mois

Soutenue par des économies plus prospères, l’Afrique du Nord se positionne parmi les leaders du continent en termes d’abonnés à l’Internet haut débit. Aujourd’hui ils commencent aussi à prendre la tête en matière de dégroupage de la boucle locale. Dans une décision récente, l’ANRT, le régulateur marocain, a arrêté le dégroupage total pour juillet 2008. Il n’est donc pas surprenant que d’autres opérateurs en Afrique du Nord commencent à revendiquer la même évolution dans leur pays.

Le dégroupage partiel permet l’accès aux opérateurs au segment « données » du fil de cuivre tout en laissant le segment réservé à la voix dans les mains de l’opérateur historique. Le dégroupage total donne accès aux fournisseurs de services à l’intégralité du fil de cuivre leur permettant d’offrir des services voix et données pour se positionner en tant qu’opérateur alternatif. Bien que cette évolution arrive un peu tardivement au Maroc dans la mesure où toute alternative est limitée au second opérateur Méditel et Wana ex-Maroc Connect, elle pourrait stimuler la croissance de nouvelles sociétés dans ce secteur.

Maroc Telecom, propriété du groupe Vivendi, avait présenté sa première offre technique tarifaire en Octobre 2006 pour un dégroupage partiel. A la suite de cette offre, un montant fixé à 50 MDH (6.52 dollars US) par ligne a été approuvé en janvier 2007. En octobre dernier, Maroc Telecom a révisé son offre technique tarifaire à la baisse et le nouveau montant a été arrêté à 30 MDH (4.5 dollars US) par ligne par le régulateur. Tous les coûts ci-dessus s’entendent hors taxes.

Les frais de dégroupage au démarrage du processus en juillet prochain ont été fixés à 100 MDH (13.04 dollars US) par l’ANRT suivant une analyse comparative internationale. Cette analyse a été réalisée en Euros et par conséquent le montant arrêté par le Maroc équivaut à 8.81 Euros. Ailleurs en Europe, les frais de dégroupage varient entre 8.3 Euros en Italie contre 12.54 Euros en Grande-Bretagne. Fixer les frais de dégroupage sur la base d’une analyse comparative est évidemment louable mais il n’en reste pas moins qu’une comparaison des coûts entre les pays européens et africains ou les pays de l’Afrique du Nord comporte un certain nombre de limitations. Pour donner une idée de grandeur entre les frais de dégroupage et les prix au détail, il suffit de considérer les prix au détail pratiqué par Maroc Telecom pour les connexions ADSL qui s’élèvent à 16.8 dollars US pour 128 ko et 25.94 dollars US pour 512 ko.

A la lecture de cette décision du régulateur, il est clair qu’il subsiste des problèmes pratiques concernant le dégroupage. « L’ANRT souligne l’importance pour Maroc Telecom de réaliser le dégroupage selon les conditions requises » et le régulateur s’en suit par l’énumération d’une liste de problèmes bien familiers comme la co-localisation, la mise en place de filtres, l’accès ainsi que la publication d’informations relatives aux sites ouverts à la co-localisation.

A l’instar, en Tunisie, le fournisseur de service Internet (FSI), Topnet projette une croissance du nombre d’abonnés à l’Internet à 120,000 dont 40,000 abonnés à l’Internet haut débit. Mohamed Mehdi Khemir, PDG de Topnet envisage pour 2008 que la société continuera « à baisser les prix de l’ADSL et à faire bénéficier de cette baisse à la fois les nouveaux et les anciens clients. » En parallèle pour attirer de nouveaux clients il est aussi essentiel d’offrir de nouveaux services comme la vidéoconférence et des services VoIP. Selon Mohamed Khemir , « ce genre de service nécessite évidemment la mise en place d’un cadre réglementaire et d’une coordination entre Tunisie Telecom et les FSI. »

« Le dégroupage représente également une alternative pour améliorer la compétitivité entre les fournisseurs de services Internet et permettre à chaque FSI de se distinguer. En effet, le dégroupage consiste à mettre en place une convention entre l’opérateur, à savoir Tunisie Télécom, et les fournisseurs de services Internet pour leur permettre d’installer leurs propres équipements et offrir ainsi, librement, les débits et les services à leurs clients. Il permet aussi d’offrir un meilleur support technique pour résoudre les divers problèmes des clients. »

Alors que les FAIs consolident leur position en Afrique et se retrouvent confrontés à une nouvelle concurrence venant de nouveaux opérateurs historiques (les opérateurs portables), des changements essentiels sont nécessaires pour offrir un marché concurrentiel englobant l’accès direct au réseau à un coût raisonnable et un système de co-location flexible garantissant un accès 24/7 aux équipements.