Bras de fer entre Côte d’Ivoire Télécom et les autorités ivoiriennes

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Le ministère de l'Economie et des Finances et celui des Nouvelles technologies de l'information et de la Communication ont conjointement diligenté, depuis le début du mois de janvier 2008, un audit à Côte d'Ivoire-Télécom.

Cette opération vise, selon des sources crédibles proches du dossier, à jeter un regard critique sur les dix années de gestion de cette structure depuis la concession en 1996 par l'Etat de Côte d'Ivoire, du secteur de la téléphonie fixe à France Télécom. La Côte d'Ivoire et France Télécom détiennent chacun 49 % et 51 % des actions de Côte d'Ivoire Télécom. Au dire des sources, le gouvernement ivoirien, en diligentant cet audit, voudrait savoir si les intérêts de la Côte d'Ivoire ont été préservés durant ces dix années de gestion. Cette décision des autorités ivoiriennes serait consécutive à une crise survenue durant le trimestre d'octobre, novembre et décembre 2007 entre les parties ivoirienne et française autour de Côte d'Ivoire-Télécom.

En effet, sans aviser les autorités ivoiriennes ni le conseil d'administration de Côte d'Ivoire-Télécom dirigé par l'ex-ministre Yaya Ouattara, la direction générale de France-Télécom a pris la décision unilatérale depuis Paris de mettre en place, à Abidjan, une direction unifiée entre Côte d'Ivoire-Télécom et Orange-Côte d'Ivoire. Joignant l'acte à la parole, elle a nommé à la fin octobre 2007, un directeur-pays qui devrait coiffer les directeurs généraux de Côte d'Ivoire-Télécom, M. Koné Bruno, et de Orange-Côte d'Ivoire, M. François Brunet. Ce super directeur général était, a-t-on appris, M. Jean-Jacques Depins. Il est effectivement arrivé à Abidjan et s'est activé à prendre fonction. Ce à quoi, se serait opposé le conseil d'administration de Côte d'Ivoire-Télécom, au motif que la décision de France-Télécom était discourtoise et inadaptée. Comme il fallait s'y attendre, elle a créé un séisme au sein de Côte d'Ivoire-Télécom. Des sources informées affirment même que le conseil d'administration aurait refusé l'accès de ses réunions à M. Jean-Jacques Depins en qualité de membre.

Tout comme le ministre des Nouvelles technologies de l'information et de la Communication (NTIC), M. Hamed Bakayoko, qui, ulcéré par la décision unilatérale de France-Télécom, aurait menacé de dénoncer la convention de concession du secteur de la téléphonie fixe en Côte d'Ivoire. Après quelque temps de tiraillements entre Abidjan et Paris, France-Télécom est revenue sur sa décision. « "En réalité, il s'agit d'un recul momentané puisque France-Télécom tient toujours à son projet d'aller vers l'opérateur intégré c'est-à-dire mettre ensemble la téléphonie fixe, la téléphonie cellulaire et l'internet ", précisent nos sources. S'il est vrai que France-Télécom n'a pas tort de vouloir aller vers l'opérateur intégré en Côte d'Ivoire (ce qui se fait d'ailleurs partout dans le monde), l'entreprise a péché en conduisant seule l'initiative. Ce que les autorités ivoiriennes lui reprochent, c'est d'avoir voulu engager Côte d'Ivoire-Télécom dans un processus sans tenir compte des intérêts de chacune deux parties, principalement de ceux de la partie ivoirienne, étant donné que l'état de Côte d'Ivoire n'est pas actionnaire dans Orange-Côte d'Ivoire.

Pourquoi France-Télécom veut-il unifier Côte d'Ivoire-Télécom et Orange-Côte d'Ivoire ? Au dire des sources crédibles, cette décision de France-Télécom fait suite au constat qu'Orange-Côte d'Ivoire ne connaît plus le boom de ses débuts. Alors que Côte d'Ivoire-Télécom affiche des résultats positifs depuis trois ans. A titre d'exemple, en 2007, l'entreprise serait sortie positive avec un bénéfice net d'environ 8 milliards de f cfa. Alors, France-Télécom qui totalise 51% des actions de Côte d'Ivoire-Télécom se serait mise dans la logique qu'Orange-Côte d'Ivoire pourrait bénéficier de l'embellie financière de Côte d'Ivoire-Télécom. En attendant qu'elle résurgisse éventuellement, la question de la nomination d'un directeur-pays à la tête de la structure unifiée Côte d'Ivoire-Télécom et Orange-Côte d'Ivoire a été abandonnée. Jean-Jacques Depins a été affecté par France-Télécom à la direction générale d'Orange-Côte d'Ivoire en remplacement du directeur général François Brunet.

(Source : Notre Voie)