Quid du site Internet de la Présidence au Congo-Kinshasa?

Actualités Internet

Depuis un certain temps, les organes de presse privés ont du mal à entrer en possession des ordonnances présidentielles et des discours du Chef de l'Etat, dont la primeur a toujours été réservée à la radiotélévision nationale. S'il est vrai que les médias d'Etat ont incontestablement le droit à cette faveur, il reste tout aussi vrai que, de notoriété publique, lorsqu'une ordonnance a été rendue publique, celle-ci cesse d'être considérée comme un secret d'Etat.

Mais, tel n'est pas le cas à Kinshasa où, une fois lue à la télévision publique, l'ordonnance disparaît avec son présentateur qui en fait sa propriété privée. Plus grave, très souvent, celui-ci prend un vilain plaisir à faire marcher ceux de ses confrères désireux de publier à leur tour le même document dans leurs médias respectifs.

Le dernier cas en date est celui des deux ordonnances présidentielles portant nomination des magistrats et mise à la retraite de certains. Rendus publics dans la nuit de samedi par la télévision nationale, ces deux documents ont été difficiles à retrouver aussitôt après, au point que même la très officielle Agence Congolaise de Presse a vu l'un de ses journalistes accrédités à la Présidence de la République se livrer à une gymnastique indescriptible pour mettre la main sur lesdits documents et les exploiter, avant de les redistribuer dimanche soir.

Il y a à se demander à quoi sert réellement le site Internet de la Présidence de la République, sur lequel les deux ordonnances auraient pu être affichés de bonne heure pour aider les autres médias à s'en procurer. Il y a un mois, ce qui s'est passé dimanche s'était produit lorsque le chef de l'Etat avait signé la série d'ordonnances portant nomination des mandataires dans les entreprises publiques. Après avoir lu lesdites ordonnances, le présentateur s'était arrangé pour s'approprier celles-ci au nom de son appartenance à la presse dite " présidentielle ", une invention purement congolaise ; là où tous les autres médias étaient en droit d'entrer en possession de ces documents par les soins des services compétents de la Présidence.

Qui peut croire qu'à force de chercher à tout prix les fameuses ordonnances du week-end dernier, un journaliste a failli se faire écraser par une voiture en plein boulevard du 30 juin, alors qu'il se rendait à l'ACP où il comptait retrouver les traces de ces documents publiés la veille par la " chaîne mère " ?. S'ils veulent vraiment aider le président de la République, il est temps pour les services de la Présidence de la République - y compris celui qu'on appelle pompeusement " presse présidentielle " - de corriger cette manière de travailler qui consiste à entretenir des mythes autour des documents officiels destinés au domaine public.

(Source : Le Phare)