Les Tics montent en gamme à l’Ile Maurice

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Les entreprises des nouvelles technologies se tournent vers des filières spécialisées.

L'Etat, de son côté, a approché des formateurs pour aider la main-d'oeuvre à acquérir de nouvelles compétences. Les nouvelles technologies offrent-elles autre chose que des emplois de télé-opérateurs ? Certainement, affirment les spécialistes. De plus en plus, l'industrie aura besoin de compétences très spécifiques pour pouvoir continuer sa montée en gamme.

Aussi, au Bureau du Premier ministre, l'on fait comprendre que des accords sont en train d'être conclus avec des références de la formation sur le plan international. Il est question qu'elles se déplacent à Maurice dans le but de former la main-d'oeuvre et d'offrir au secteur les compétences dont il a le plus besoin. En parallèle, une sensibilisation de la population est exigée.

Car les idées reçues ont souvent la vie dure. Surtout dans le secteur du Business Process Outsourcing (BPO), externalisation en français. Pour l'homme de la rue, le BPO c'est surtout et avant tout des jeunes gens, casque téléphonique à la tête, qui effectuent des appels à l'étranger pour vendre des produits. «A ceux qui disent que le BPO ce n'est que du centre d'appel et rien d'autre, je répondrai qu'ils sont plutôt naïfs», affirme Jean Suzanne, senior adviser du Premier ministre en matière de Technologies de l'information et de la communication (Tic) et président d'Infinity.

Si les centres d'appels étaient le point de départ de l'aventure mauricienne dans le monde de l'externalisation, ils ne sont certainement pas l'aboutissement. Seuls 18 % des compagnies font des activités de centre d'appels contre 45 % qui font du BPO pur et 20 % du développement de logiciel. Certes, les centres d'appels représentent un peu plus de 50 % de la main-d'oeuvre, mais cette proportion est appelée à baisser au fur et à mesure que le secteur se développe.

«Il fallait bien commencer par quelque chose. S'il fallait attendre que nous puissions faire du legal ou design outsourcing, par exemple, nous aurions perdu beaucoup plus de temps», avance Vidia Mooneegan, directeur exécutif de Ceridian (Mauritius) Ltd, compagnie d'origine américaine qui fait surtout de l'externalisation dans le domaine des ressources humaines.

Beaucoup de professionnels de l'industrie estiment en effet que les centres d'appels ont permis de mettre le pays sur la mappemonde des Tics et de recruter un rapidement un grand nombre d'employés. Sans ces centres d'appels, il aurait fallu de longues années avant de pouvoir franchir la barre des 10 000 emplois.

Et maintenant que le moteur est lancé, il est temps de s'adapter aux nouvelles réalités. «Il est évident que nous n'allons pas rester des généralistes parce que tôt ou tard, on se fera doubler par d'autres qui seront moins chers. Pour éviter cela, nous devons monter en gamme et c'est ce que nous sommes en train de faire», dit Jean Suzanne. «Nous allons proposer beaucoup de valeur ajoutée et d'expertise», précise-t-il encore.

D'ailleurs, du BPO simple, Maurice est appelé à évoluer vers le KPO (Knowledge Process Outsourcing). «Il faut pousser l'industrie vers ça et pour cela il faut identifier des marchés niches», est d'avis Vidia Mooneegan. Et pour cela il faut des compétences très spécifiques et pointues. Comptables, avocats, ingénieurs en informatique, architectes et autres professionnels devront également s'y mettre. Le plus dur sera cependant de les convaincre.

«Je comprends que ces professionnels ne sont pas trop intéressés à se diriger vers cette industrie, mais il faut sensibiliser et faire comprendre qu'il y a un avenir réel. Le legal outsourcing ou l'externalisation dans le secteur de la finance et de la comptabilité se vendent facilement aux clients», dit-on chez Ceridian (Mauritius) Ltd.

Le secteur aura également de plus en plus besoin de jeunes ayant une bonne maîtrise du domaine médical, touristique, juridique, pharmaceutique ou encore linguistique. «Il nous faudra de plus en plus engager des gens qui ont une expertise. Il faudra, par exemple, mettre des comptables en ligne», précise Jean Suzanne.

Et pour ce dernier, le mot-clé est formation. D'ailleurs, le secteur est unanime sur le sujet. De plus, nombreux sont ceux qui souhaitent la création d'une institution de formation calquée sur le modèle de l'Ecole Hôtelière. L'association Act, qui regroupe les acteurs de l'industrie, a, en 2006, proposé un tel projet aux autorités.

Les initiatives se multiplient cependant. «Cette année, il faudra faire de gros efforts en formation à forte valeur ajoutée et nous en sommes conscients», confie le senior adviser du Premier ministre.

(Source : L'Express)