La télévision et l'Internet constituent l'avatar de la culture en Algérie

Actualités de la convergence

La télévision et l'Internet, voilà les deux moyens de distraction les plus courants aujourd'hui en Algérie. A défaut d'une vie culturelle proprement dite, la majorité des citoyens recourent au petit écran pour tuer les heures creuses, comme pour jouer, s'amuser ou communiquer.

Ce sont, en effet, les deux passe-temps les plus populaires à défaut de mieux. Nos établissements culturels étant toujours en hibernation, on regarde donc ce qui se fait ailleurs, et on se met comme on peut aux menus proposés. Ce n'est pas tellement grave de s'ouvrir sur les scènes de l'autre, mais il faut quand même avoir les «siennes» propres. Ce qui n'est pas le cas. Les salles de cinéma ou de spectacles, les théâtres, les centres culturels et les maisons de jeunes sont quasiment à l'arrêt depuis des années.

Les musées se recroquevillent sur eux-mêmes. Le livre reste relativement cher sur le marché et les bibliothèques inexistantes dans de nombreuses villes. Les manifestations se font très rares, et le public a aussi changé ses habitudes. Il ne sort plus. Il en a même perdu le goût.

Seulement, ce recours immodéré à l'écran a aussi ses inconvénients. Il doit effectivement être pour beaucoup dans cette violence ordinaire qui empoisonne un peu le quotidien de tout le monde. Aucune enquête sérieuse n'est faite sur le sujet, mais l'impact des chaînes satellitaires et de certains sites de la grande Toile est visible dans le comportement des gens, notamment chez les jeunes. La banalisation de la violence à la télévision et au cinéma ou à travers l'Internet et divers supports numériques (CD, DVD, VCD) est une réalité qui n'est pas sans conséquences. Il est des sujets fragiles qui y trouvent naturellement un exutoire à leurs difficultés. Il est vrai que le fléau touche tous les pays, mais on est plus vulnérable que d'autres à cause de l'absence de tout moyen de compensation pour, au moins, atténuer cette violence. Sous d'autres cieux, les institutions culturelles jouent un rôle actif en organisant des expositions, des festivals de musique, de cinéma ou de théâtre. Les pouvoirs publics, au même titre que d'autres partenaires économiques privés, contribuent à la création d'événements et à l'ancrage de rendez-vous culturels dans toutes les grandes villes du pays, en instaurant ainsi une saine rivalité en la matière.

Louable tradition qui consacre une certaine décentralisation du fait culturel et propulse la création en garantissant la promotion des Å"uvres produites. L'existence d'un paysage médiatique pluridisciplinaire permet aussi au téléspectateur d'avoir un large éventail de choix en matière d'émissions culturelles, historiques ou d'actualités pour éclaircir sa vision et élargir ses horizons intellectuels, tout en restant étroitement lié à son identité et à son patrimoine civilisationnels.

De nombreux Etats ont défendu bec et angles leurs langues et leurs cultures lors des négociations d'adhésion à l'OMC, pour préserver justement leurs héritages respectifs face au rouleau compresseur américain. Certains gouvernements ont même imposé des quotas à leurs chaînes de radio et de télévision pour donner plus de temps d'«antenne» aux produits locaux. Cela s'est naturellement traduit par une hausse de la production à travers l'implication de ces mêmes chaînes dans le financement de grands projets audiovisuels. Des législations et des techniques ont été également mises en Å"uvres pour concilier la liberté d'expression et la protection contre les contenus illicites, comme la pornographie, l'incitation à la violence, la haine raciale ou la vulgarisation des drogues et des explosifs. Evidemment, tout cela n'immunise pas l'ensemble de la société contre la prostitution des mineures, le sectarisme ou la xénophobie qui sont monnaie courante sur certains sites Internet par exemple, mais contribue à en atténuer la portée et à réduire le degré de nuisance.

A défaut de mesures similaires, les Algériens recourent toujours au système D avec tous les risques relatifs «aux influences culturelles néfastes». Disposer d'un secteur culturel productif et efficace revient à se tailler une image -une présence donc- dans le monde, en anticipant sur le préjudice de l'effacement.

(Source : La Tribune)