Gabon Télécom : histoire d’une coopération Sud-Sud

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Confronté à une situation sociale difficile depuis le premier semestre 2007, Gabon Télécom nouvelle version peine à tracer sa voie.

Le tandem formé par le Marocain Moustapha Larbi et le Gabonais Thomas Souah, à la tête de Gabon Télécom, est à la recherche des ressources nécessaires pour, d’une part, fructifier le potentiel de croissance que représente le secteur télécom dans ce pays de 3 millions d’habitants, situé sur la ligne de l’Equateur, et d’autre part, (et c’est le plus difficile) calmer les mouvements d’humeur d’un personnel qui entend sauvegarder ses intérêts.

Il a fallu d’abord, et dès février 2007, nous confie une source proche du dossier, régler le problème des « bilans » présentés lors du rachat de la compagnie. Ces bilans n’étaient pas aussi bien tenus que ceux du Burkinabé Onatel, lesquels avaient forcé l’admiration des experts internationaux. Maroc Télécom, filiale de Vivendi, aurait donc déboursé 61 millions d’euros pour acquérir les 51% de l’opérateur gabonais sur la base de « comptes non certifiés » ? Prise de risque calculée ou précipitation ? Lors de la reprise, l’on a ainsi volé de surprises en surprises, aussi bien au niveau de la masse salariale que des dettes fournisseurs… Côté gabonais, on rappelle que la partie marocaine n’a, pour le moment, versé que 26 millions d’euros. En attendant, le solde au profit d’une ou l’autre partie déclenche des passions d’autant plus vives que le personnel essaye de barrer la route à un plan social destiné à réduire les effectifs de 50%. Une mesure qui comporte un risque à la fois social et politique pour le gouvernement gabonais.

Et pour ne rien arranger, une nouvelle taxe d’un montant de 10% a été introduite dans la loi de Finances 2008, qui oblige l’état-major aux commandes à la révision de son business plan. C’est dire si 2008, l’année test de Gabon Télécom, risque d’être, avant tout, une année de négociations tous azimuts.

Le premier rendez-vous important de l’année, sur le thème du front social, s’est tenu ce 4 mars, soit trois jours après l’assemblée générale des syndicats du secteur des postes et télécommunications et du syndicat national des communications. Le ministre de la Communication, le général Assélé, a reçu les représentants de ces importants acteurs du dialogue social pour analyser avec eux la crise qui perdure dans l’entreprise depuis le premier semestre 2007. Les responsables syndicaux ont réitéré leur opposition au licenciement de 700 agents de Gabon Télécom et de sa filiale Libertis et exigé le départ des 15 experts dépêchés par Maroc Télécom dans le cadre de l’assistance technique.

Au passage, le même syndicat appelle, sans beaucoup de précisions, au règlement du sureffectif et à la mise en place d’un plan de relance à travers un programme d’investissement important. En homme d’expérience, le général Jean Boniface Assélé a écouté les doléances des syndicats et a conclu que le problème de Gabon Télécom et de sa filiale Libertis est d’ordre social. La question donc est renvoyée désormais « à qui de droit ». La direction générale devrait se prononcer prochainement et ajuster ses solutions sur la durée. Signe de bonne volonté, la mise en place d’une couverture médicale au bénéfice de tous les agents de Gabon Télécom et de sa filiale Libertis et l’apurement des dettes auprès de la CNSS. Deux revendications majeures des syndicalistes qui réclament visiblement plus.

Le dossier sera sûrement transféré au Premier ministre, voire au président Omar Bongo Odimba lui-même, si aucune solution n’est trouvée. Le chef de l’Etat, qui était en séjour au Maroc les 21 et 22 février derniers, se serait entretenu de la question avec les responsables de Maroc Télécom. Le général-ministre aura au moins réussi à différer la reprise du mot d’ordre de grève, suspendue depuis décembre 2007 et décidée durant l’assemblée syndicale du 1er mars dernier. Mais pour combien de temps ?

(Source : Les Afriques)