Le téléphone, nouvelle machine à coudre des Tunisiens

Actualités économiques

A Ksar Helal, haut lieu du textile tunisien, dans le centre du pays, malgré l’optimisme apparent, l’inquiétude règne. Le cliquetis des machines à coudre rythme depuis un peu plus de 30 ans le quotidien tranquille de cette ville sans visage. A cause de sa dépendance viscérale au textile, l’avenir de l’économie locale ne tient qu’un fil. Pour pouvoir s’adapter à la nouvelle donne et se maintenir sur un marché de plus en plus concurrentiel, suite à la montée en puissance de la Chine sur les marchés européens, Claude Mouret a investi, entre 2005 et 2007, 2 millions d’euros dans le renouvellement et la mise à niveau de son usine de textile. « Il faut anticiper, et faire preuve de réactivité », explique cet homme, présent en Tunisie depuis 15 ans. D’autres sont plus pessimistes sur la santé du secteur. Avec prés de 40% des exportations tunisiennes, le secteur du textile constitue l’épine dorsale de l’économie nationale et représente le deuxième pourvoyeur du pays en devise après le tourisme.

Prés de 2000 entreprises forment le tissu économique du secteur qui emploie prés de 200 000 personnes. Malgré les appréhensions des opérateurs du secteur, celui-ci a bien résisté aux défis de la mondialisation. Après une légère récession en 2005 la reprise a été de nouveau au rendez-vous en 2006 et 2007. Mais même si le secteur a perdu en compétitivité globale (26,7% en 2007 contre 28,7% en 2006), quelques niches ont pu maintenir leur part de marché comme celui de la lingerie fine, où la Tunisie est toujours le deuxième fournisseur de l’espace européen. Le secteur des pulls et des T-shirt, confronté à une concurrence féroce, a moins bien résisté (respectivement -1,3% et -3 % en 2007).

La guerre est perdue d’avance : l’heure de travail est de 0,7 euros en Tunisie contre seulement 0,4 en Chine. Le coût de revient d’un jean est 8 euros en Tunisie contre seulement 6 euros en Asie.

Malgré ces résultats plutôt satisfaisants, aucune chance, toutefois, de battre les Chinois au niveau des coûts de production. La guerre est perdue d’avance : l’heure de travail est de 0,7 euros en Tunisie contre seulement 0,4 en Chine. Le coût de revient d’un jean est 8 euros en Tunisie contre seulement 6 euros en Asie. Le redéploiement devait passer nécessairement par une monté en gamme. « Actuellement, les Chinois sont désarmés face à nous dans le haut de gamme », confie Samir Ben Abdallah, patron des patrons de la branche de la lingerie fine. Les opérateurs cherchent aussi à tisser des liens avec de nouveaux marchés et, surtout, à s’engouffrer dans des niches comme le textile technique qui désigne des fibres utilisés dans des applications bien déterminées et présentent des caractéristiques spécifiques (inflammable, isolants, électro-conductifs, etc.). Ces textiles dits intelligents sont utilisés dans l’aéronautique, les gilets pare-balles ou les équipements de sport.

Dans la zone de la Charguia, dans la périphérie de la capitale, c’est un autre secteur qui est appelé à absorber le déficit budgétaire causé par récession du textile : les centres d’appels. Depuis quelques années, la Tunisie a commencé a susciter l’intérêts des investisseurs du secteur de la téléphonie off shore. Après 7 ans d’activité, les centres d’appels ont atteint 130 unités en 2007 et emploient plus de 9000 téléopérateurs, diplômés du supérieur pour la plupart. La France vient en tête des pays d’origine de ces nouveaux centres, avant l’Italie et l’Allemagne.

Couvrant divers segments d'activité, dont la recherche marketing, la télévente, la confirmation de dossiers et l’assistance technique, la délocalisation des centres d’appels en Tunisie permet au sociétés étrangères d’économiser jusqu’à 35% des coûts, surtout au niveau de la masse salariale. Ceci, indépendamment des mesures prises par l’Etat afin d’encourager l’implantation des centres d’appels en leur appliquant, à titre d’exemple, des tarifs de communication réduits ou identiques à ceux pratiqués dans leurs pays d’origine. « Ce qui distingue la Tunisie, ce sont les avantages fiscaux que l’Etat octroie à toute société totalement exportatrice. La compétence de la main d’œuvre tunisienne est également un atout indéniable », explique Ali Kadi, président directeur général de Solution Project Call Center. « La population tunisienne est très chaleureuse et conviviale et elle est assez occidentalisée pour que le client ne se sente pas dépaysé.» ajoute-t-il. A l’image de cet investisseur, beaucoup ont traversé la Méditerranée pour lancer leurs projets et s’installer en Tunisie. « On a la chance d’avoir des compétences qui ont la maîtrise de la langue française et celle de l’outil informatique, deux critères de base d’un bon téléopérateur», affirme Hedi Tabbene, Président directeur général du centre d’appel One to One. Autre avantage compétitif pour la Tunisie, le niveau relativement bas des salaires des cadres employés dans les centres d'appels, 4 fois inférieur à celui d’un employé opérant en France, à titre d’exemple.

Après 7 ans d’activité, les centres d’appels ont atteint 130 unités en 2007 et emploient plus de 9000 téléopérateurs, diplômés du supérieur pour la plupart.

A la faveur de la dynamique que connaît ce secteur, des sous activités commencent aussi à germer pour accompagner son développement, comme les sociétés spécialisées dans la fourniture bureautique et logistique des centres d’appels ou dans les solutions marketing ou encore les centres de formation des téléacteurs. « Le marché s’est développé au point qu’il commence à avoir des exigences. Prochainement, les services de recrutement n’auront plus à former les recrues, ils vont exiger des ressources humaines toutes prêtes », indique Ines Gabteni, responsable de production dans un centre d’appels, qui projette de lancer son propre centre de formation dans les métiers de la téléphonie offshore.

(Source : Les Afriques)