Second Forum sur les meilleures pratiques des TIC à Ouagadougou – réduire le fossé entre la parole et l’action !

L'éditorial du mois

La semaine dernière, Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso a accueilli le second Forum africain sur les meilleures pratiques TIC. Cela a été l’occasion pour les hauts responsables du continent africain d’échanger leurs expériences spécifiques et d’apporter des exemples concrets de solutions technologiques réussies dans leurs pays respectifs. Une foule nombreuse comprenant des ministres et des fonctionnaires venant de différents pays en Afrique, a participé au Forum qui s’est tenu en parallèle avec la Semaine Nationale de l’Internet au Burkina Faso (SNI) et le Salon International des TIC et de la bureautique (SITICO). Isabelle Gross rend compte des différentes manifestations auxquelles elle a participé.

La participation au Forum a été sponsorisée par Microsoft, l’Union Européenne et le Gouvernement du Burkina Faso attirant des participants de haut-niveau. La réthorique utilisée durant le Forum n’a rien eu à envier à la qualité des participants avec des sponsors ne voulant pas moins que  « l’accélération du développement économique et social de l’Afrique, le soutien pour des administrations plus transparantes et efficaces, assurer que les bénéfices des TIC soient partagés plus largement en Afrique, promouvoir l’accès aux technologies, partager les meilleures pratiques au niveau régional et mondial, etc… … Et pourquoi pas durant l’après-midi discuter peut être de l’avènement de la paix mondiale.

Les attentes des participants ont elles aussi été très importantes en matière d’aides financières internationales publiques et privées ou encore de fourniture gratuite d’équipements et de logiciels. Il ne va pas sans douter que le Ministre de l’Education du Burkina Faso s’est félicité du don de 50 ordinateurs Classmate d’Intel avec des logiciels Microsoft pour le lycée Phillipe Zinda Kabore de Ouagadougou. Cet établissement secondaire qui compte 6,000 élèves disposera dorénavant d’un ordinateur pour 120 écoliers.

Rome n’a pas été construit en un seul jour et par conséquent il est clair qu’un large fossé perdure entre les efforts du secteur privé et les engagements des Gouvernements. Sans être inscrite comme une dépense permanente dans le budget éducatif, les initiatives TIC resteront une goutte d’eau dans la mer : régulière et insistante mais sans réel impact. Les pays sont sans doute pauvres mais si le fossé entre l’intention et l’action se doit de réduire, des choix difficiles seront à faire.

En dépit d’une orchestration parfaite des présentations des meilleures pratiques TIC mis en oeuvre à travers le continent africain, la question se pose quant à qui pousse quoi ? Est-ce le désir des pays africains de recevoir plus d’assistance dans le domaine des technologies de l’information et de la communication ou est-ce une stratégie commerciale bien pensée des vendeurs internationaux de produits et de services informatiques ? Est-ce la demane ou l’offre qui pousse à cette congruence de bonnes volontés ? Si les Etats étaient amenés à prendre des décisions impliquant leur propre argent, cette question aurait une signification bien plus profonde pour eux.

Tout le monde s’accorde à dire que les administrations publiques africaines ont besoin de plus de technologies de l’information et de la communication pour mieux servir leurs citoyens et pour soutenir le développement économique. Selon Kedikilwe O. Kedikilwe, responsable de projet au Ministère de l’Agriculture au Botswana, la mise en place d’un système d’identification du cheptel bovin a permis aux fermiers du pays de continuer à exporter de la viande de boeuf de qualité vers l’Union Européenne. Dans un pays qui compte plus de boeufs que d’habitants (2,5 millions de boeufs et 1.3 millions d’habitants) et exporte 90% de sa viande bovine vers l’Union Européenne, l’introduction d’une nouvelle réglementation européenne couvrant la tracabilité de la viande entrant le marché européen a constitué un sérieux problème et une menace directe qunant à la pérenité des revenues générés par l’exportation de viande bovine.

Aujourd’hui chaque animal est équippé d’un marqueur fournissant les informations qui sont nécessaires à leur enrégistrement dans une banque nationale de données. La mise en oeuvre d’un système d’identification du cheptel du Botswana a non seulement permis de maintenir les revenues des fermiers locaux mais a aussi réduite le nombre de vols d’animaux.

Il est sans doute injuste de souligner le faible niveau de pénétration de l’informatique dans le système éducatif du Burkina Faso dans la mesure ou le pays a mis en oeuvre diverses initiatives pour réduire la fracture numérique. Parmi celles-ci, il y a le projet de construire un réseau national de fibre optique couvrant toutes les provinces du pays pour un budget estimatif de 50 milliards de francs CFA (plus de 100 millions de dollars US). Il est clair que la réalisation de ce type de projet d’infrastructure pose les fondations pour une amélioration des services rendus à la population en terme de temps et de coûts. Il n’en reste pas moins douteux qu’un tel projet puisse devenir commercialement viable au moyen terme en considération d’un taux d’aphabétisation national de l’ordre de 30%.

Le Gouvernement reconnait ce fossé et s’implique dans des projets de base couvrant la formation et la semaine de l’Internet. En 2007, environ 6,000 personnes (fonctionnaires, enseignant, élèves et d’autres personnes) ont reçu une formation de 5 heures couvrant : des informations de base sur le fonctionnement d’un ordinateur et de ses logiciels, l’utilisation des courriers électroniques (création d’une boîte mail, envoyer et recevoir des couriels), l’Internet et la recherche sur Internet. Cette année, les organisateurs de la Semaine de l’Internet espèrent former 7,000 personnes dans 34 villes à travers le pays dans le but de réduire le niveau d’analphabétisation numérique.

Comme toujours la difficulté pour les gouvernements africains réside dans la mise en oeuvre de multiples projets allant de la construction d’un « backbone » national à l’amélioration des standards éducatifs et de les combiner d’une façon efficace ou chaque initiative soutient l’autre. Bien trop souvent, les projets d’accès à l’Internet offrent une bande passante chère et instable, peu ou pas de contenu et de services. Les gouvernements sont toujours tentés de répondre à un vaste ensemble de besoins mais bien souvent ils échouent dans leur tâche d’apporter une réponse efficace : la mise en oeuvre de projets reste leur talon d’Achille. Les administrations, bien trop souvent manquent de coopérer et de coordiner leurs propres projets. Des changements sont possibles mais ils nécessiteront un changement d’attitude des gouvernements africains.

Bien que les manifestations locales sur le thème des TIC se soient tenues en même temps que le Forum, il n’y a pas eu de réelles interactions entre ces événements. Lors du Forum, Steve Ballmer, le PDG de Microsoft a entre autre annnoncé une convention de partenariat avec le Gouvernement de l’Angola ainsi qu’un accord commercial sur l’utilisation des logiciels Microsoft. Il est fort probable que Microsoft établira sous peu un accord similaire avec la République du Congo (Brazaville). Une visite de Dr Cheik Modibo Diarra, Président de Microsoft Afrique est déjà prévue pour juin prochain . Les actions de suivi du partage des meilleures pratiques dans le domaine des technologies de l’information et de la communication seront soutenues par le lancement d’un site Internet qui sera la vitrine des exemples des meilleures pratiques à travers le continent africain. Le site réalisé par la société burkinabe Softnet Burkina SA est consultable à l’url suivant http://www.africaictbestpractises.net

Alors que les participants au Forum se quittaient sur la promesse de se réunir à nouveau l’année prochaine, Joachim Tankoano, le Ministre des Postes et des Technologies de l’Information et de la Communication du Burkina Faso ouvrait la 4ième édition du Salon International des TIC et de la bureautique de Ouagadougou (SITICO) ou pendant quelques jours, les entreprises informatiques locales ont exposé leurs produits et services. Au cours des dernières années, le Burkina Faso a connu une croisssance du nombre de sociétés informatiques. Hugues Kouraogo, PDG de la société informatique Hugo Tech reconnait que la concurrence sur le marché locale est plus grande poussant à la baisse des prix tant sur les services que sur le matériel informatique. Selon lui la survie des sociétés informatiques locales dépendra de leur capacité à se diversifier pour rester dans la course. Sa société par exemple, offre aussi des solutions de sécurité et de protection pour les privés et les entreprises.

Dans une direction diametralement opposée, une association charitable franco-burkinabe dénommée l’Atelier du Bocage (filiale d’Emmaüs) expose son projet de recyclage des déchets informatiques. Basée à Ouagadougou, l’association vend des ordinateurs et des accesoires usagers mais propose aussi un service de recyclage. Le projet de recyclage qui a commencé en novembre 2007 n’en est qu’à son début. Selon Jean-Yves Taillandier, responsable du projet, le recyclage des déchets informatiques nécessite des processus industriels de haute-technologies qui n’existent pas à l’heure actuelle au Burkina Faso. A présent seul le cuivre est recyclé localement, le reste des composants informatiques colllectés sont envoyés en France. Même si ce projet local de recyclage n’offre pour l’instant qu’une solution partielle à cette question, il n’en témoigne pas moins d’une initiative permettant une prise de conscience des dangers pour l’environnement des déchets informatiques. Tôt ou tard les 50 ordinateurs remis au lycée Phillipe Zinda Kabore devront être recyclés ! Pour plus d’infos sur ce projet de recyclage visitez www.ateliers-du-bocage.com