Bras de fer opérateurs Gsm-Gouvernement:Comment Yayi Boni a été piégé

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Intoxications, mensonges, incompétence des membres de l’instance de régulation des télécommunications à connaître d’un dossier économique, mauvaise foi, xénophobie… Voici les maux qui minent actuellement le dossier des Gsm. Un dossier qui n’est en fait pas un, si les responsables en charge du dossier côté gouvernement n’avaient pas adopté une approche conflictuelle comme solution. Et si, chose grave, des chiffres n’avaient pas été manipulés à dessein pour vouer aux gémonies ces sociétés de Gsm. ...

Aujourd’hui, pour le Béninois moyen, les sociétés Gsm sont des prédateurs de l’économie nationale. Des « « affameurs du peuple », pour utiliser l’expression consacrée. Tous se passe comme si l’intention réelle de certains collaborateurs du chef de l’Etat était de les livrer à la vindicte populaire. Pyromanes, ils ne ratent aucune occasion pour mentir et manipuler l’opinion publique avec des chiffres qui donnent le tournis. Pour le Béninois ordinaire, une fois qu’on parle de milliards, c’est qu’il y a prédation. Et ces différents conseillers et autorités de régulation abusent de la naïveté et de l’analphabétisme des uns et des autres pour étaler leurs inepties qu’ils croient science. Nous ne voulons pour preuve que ce conseiller juridique qui confond à dessein, chiffre d’affaires et résultat d’exploitation.

Chiffre d’affaires différent de bénéfice…

Nous allons vous donner un extrait d’un article paru dans un quotidien de la place. Extrait : « …Le nombre d’abonnés déclarés par Areeba et Moov qui s’élèvent respectivement à 500.000 et 450.000, l’homme a supposé qu’à chaque fin de mois, chaque abonné achète en moyenne 5.000Fcfa de crédit. Alors mathématiquement, Areeba en ce qui le concerne empochera en moyenne 2 milliards 500 millions de Fcfa alors que Moov se retrouvera avec un gain de 2 milliards 250 millions de Fcfa. En un an, Areeba empochera en moyenne 30 milliards et Moov s’en sortira en moyenne avec 27 milliards de Fcfa. Or, ils devront faire au moins 10 ans au Bénin selon les clauses du cahier de charges. De ce fait, Areeba aura fait en moyenne en dix ans, un bénéfice de 300 milliards de Fcfa et Moov aura empoché au moins 270 milliards de Fcfa ». Fin de citation.

Trop beau n’est ce pas ? Tout investisseur rêve d’une telle mine d’or. Présentée comme telle, cette situation est révoltante et peut pousser au soulèvement populaire. Surtout que le quotidien cite un conseiller juridique du chef de l’Etat. Pour l’homme de la rue, c’est donc une vérité d’évangile.

Mais ce n’est qu’un tissu de mensonge. Un mirage dont le seul but est de tromper le chef de l’Etat pour avoir ses faveurs. Supposons même que les chiffres avancés soient vrais, ce qui n’est pas le cas. Alors, le conseiller parle de « bénéfice de 300 milliards ». Faux, il est en train de confondre le chiffre d’affaires et le bénéfice. Justement, c’est fait à dessein pour embrouiller. Le chiffre d’affaires, selon le lexique économique, c’est le « montant des ventes des biens et services cumulées entre deux bilans ». En expression ordinaire, c’est tout l’argent qui entre dans une entreprise entre deux bilans. C’est le montant brut. Lorsqu’on prend ce montant brut pour faire des déductions fantaisistes à la limite grotesque, on se demande si ce conseiller juridique a jamais géré une épicerie. Car, même la prostituée qui vent ses charmes naturels prend le temps de déduire de ses entrées financières, l’argent du savon et des capotes qu’elle met gracieusement à la disposition de ses clients. Sans compter son loyer, ses consultations médicales, son parfum et même sa retraite. Car, plus elle vieillit, plus elle perd sa clientèle. Si une prostituée prend la peine d’introduire tous ces paramètres dans son « entreprise », qu’en serait-il d’une entreprise commerciale ?

La vérité est tout autre. L’objectif visé est clair. Les commentaires partisans, vides de contenu, sans bases scientifiques sur les chaînes privées, les articles de presse orientés…tout ceci a un but : servir du mensonge au chef de l’Etat pour étouffer les entreprises de Gsm. A la longue, les priver de licence pour les attribuer injustement à d’autres qui frappent déjà la porte. Un véritable crime économique se prépare à l’ère du changement. Des attaches ont été déjà prises. Des pots de vin coulent. Il faut alors tordre le cou à l’existant.

La base déterminée par le conseiller juridique est fausse. Car, il a confondu le chiffre d’affaires au bénéfice. Prenons un opérateur Gsm qui vend sa carte de recharge à 5000 Fcfa. Mais alors, il n’encaisse pas tout comme bénéfice. Il paye déjà 10% aux grossistes. Ce qui le ramène déjà à 4.500 Fcfa. Donc, à cette étape, nos membres de l’instance de régulation ont tout faux. Et le conseiller est tombé sur la tête. Mais ce n’est pas tout. La Tva s’élève à 18%. Les charges de fonctionnement à environ 40%. Les frais d’interconnection et autres 20%. Il faut amortir les licences d’exploitation. Payer les intérêts bancaires… A la fin, sur le bénéfice, il faut payer 38% de Bic. On ne peut même pas encore parler de retour d’investissement puisqu’à cette étape, aucun opérateur ne couvre entièrement le territoire national. Les investissements continuent donc. Nous demandons aux membres de l’instance de régulation de reprendre leur calcul pour déterminer la marge bénéficiaire et voir si un opérateur à l’heure actuelle peut se permettre de se taper 30 milliards de francs. Ils ne le feront pas. Nous les défions même à un débat public sur la question. Là encore, ils ne viendront pas. Parce qu’ils ne cherchent pas la vérité. Sinon, simplement, ils auraient demandé le bilan au niveau des impôts. Tout y est inscrit. En matière financière, on n’invente pas. Ce sont des calculs précis. Basés sur des assiettes prédéterminées. N’importe quel étudiant en sciences économiques vous le dira.

Fausses comparaisons…

Mais les membres de l’instance de régulation ont une excuse peut-être. Ils sont tous (ou presque) des fonctionnaires. Ceux qui ne le sont pas ont une culture économique approximative. Ils ignorent presque tout du fonctionnement d’une entreprise commerciale. Ils n’ont pas l’humilité nécessaire pour se renseigner. Conséquence : ils veulent induire (sinon qu’ils ont induit) le gouvernement en erreur. Sinon, nos fonctionnaires ne devraient pas se hasarder dans des comparaisons loufoques. Aujourd’hui, on veut comparer le Bénin au Nigéria en matière d’achat de licence. MTN a 21 millions d’abonnés dans ce pays. Environ trois fois la population du Bénin tout entier. Alors qu’ils n’en ont que 500.000 ici. On évite de parler des pays comme le Togo, le Burkina, le Niger. Parce que justement, ça ne les avantage pas. Or, ces pays sont, sur le plan économique, dans une situation aussi identique que celle du Bénin. Encore qu’en matière de population, ils sont plus nombreux. Pour mémoire :

La licence coûte 5 milliards au Burkina sur dix ans. Avec 6 ans d’exonération fiscale et 5% de droit de douane. Ce pays a 13 millions d’habitants.

La licence au Niger coûte 4 milliards 200 avec une exonération fiscale. Etc….

Un précédent juridique aux conséquences internationales… Août 2004, le gouvernement Kérékou décide de réviser le prix des licences. Evidemment, en ce moment, la société civile avait encore une boussole. Face aux critiques, il décide de renégocier le coût des licences. Des licences qui avaient été vendues à 120 millions de francs. Des broutilles. Des ministres sont ainsi devenus actionnaires des sociétés exploitant le Gsm. La cour du roi Pétaud.

En août 2004 donc, les opérateurs ont été invités à revoir à la hausse les coûts. Après des discussions houleuses, un terrain d’entente a été trouvé. Les prix ont été fixés comparativement à ce qui se passait dans la sous-région. Cinq milliards de Francs cfa par opérateur. Deux payables trente jours après la signature et le reste payable en six échéances. Les licences ainsi renégociées sont valables pour cinq ans. Une autre clause accordait 1,5% du chiffre d’affaires à l’Etat par an et par opérateur. Mieux, l’article 4 du cahier des charges disposait : « le droit de la concession est fixé à 5 milliards et ce montant est non révisable pendant toute la durée de la convention ». Et oui, vous avez bien lu que ce montant est non révisable pendant toute la durée de la convention. Convention signée par trois ministres : Grégoire Laourou, Gaston Zossou et Dorothée Sossa.

Aujourd’hui, il est encore question de réviser ce droit. En l’espace de dix ans, c’est la troisième fois que cette convention veut être révisée. Cette fois-ci, on veut passer de cinq milliards à 30. La question qui se pose est la suivante : qui dit que l’année prochaine, l’instance de régulation ne décidera pas de passer de 30 milliards à 100 ?

La conséquence directe de tels comportements est l’insécurité juridique dans laquelle se trouve l’investisseur privé. Lorsque l’Etat, dans ses actes juridiques n’est plus une continuité, le premier réflexe de l’investisseur privé est de fuir. Car, ne pensons pas que le problème des opérateurs Gsm n’est pas connu des grands cercles financiers du monde entier. Le monde est devenu un gros village ou tout se sait à chaque minute. Il serait dommage que le Bénin soit fiché comme un pays à haut risque pour les investisseurs. Il faut éviter que le Bénin soit sur la liste rouge. En voulant assainir des secteurs, il faut éviter de pousser le bouchon trop loin. Aucun pays ne peut vivre replier sur lui-même. Un pays comme le Bénin a besoin de capitaux étrangers pour son développement économique. Or, dans un univers où les investisseurs s’entendent comme larrons en foire, il faut faire très attention pour éviter tout abus de pouvoir.

Des conséquences fâcheuses en vue…

De toute façon, la convention est claire sur un point : « le droit de la concession…est non révisable pendant toute la durée de la convention ». Ce qui veut dire que l’Etat étant une continuité, cette convention engage le Bénin. Et toute juridiction internationale saisie n’hésitera pas à condamner l’Etat béninois. Il ne s’agira plus de trente milliards mais de centaines de milliards. Pour un pays dépendant encore de l’aide extérieure, ce sera un suicide pur et simple. Demain, si le gouvernement n’assouplit pas sa position, les deux opérateurs Mtn et Moov seront suspendus. L’organe de régulation a-t-elle pris la mesure de sa décision pour le moins hasardeuse ? Il ne faut pas perdre de vue le côté social. Ce sont quand même 950.000 personnes qui perdront leur carte sim. C’est la première conséquence et la moins grave. Environ 20.000 cabines Moov et Mtn cesseront de fonctionner. Donc 20.000 âmes qui vivaient au seuil de la pauvreté tomberont dans la misère. Car, même si les licences étaient accordées à d’autres opérateurs, il faut attendre cinq ans au moins pour atteindre le niveau de ces deux opérateurs. Encore qu’aucune banque ne se hasardera dans ce domaine devenu désormais incertain. Que dire des vendeurs ambulants qui ne vivent que de cela ? Que dire des grossistes qui entretiennent des employés ? Que dire des employés directs de ces deux opérateurs ?

Tous ces questionnements déboucheront sur une chose : des troubles sociaux en vue. Et ce n’est pas à quelques mois des communales qu’un gouvernement se mettra à dos des électeurs. Qui aujourd’hui au Bénin, d’une manière ou d’une autre ne profite des opérateurs Gsm ? Quand on pense que de simples négociations auraient pu éviter ce chapelet de problèmes, on se demande vraiment si l’instance de régulation n’a pas d’autres soucis en tête. Et surtout, on se demande, pour utiliser l’expression très chère au ministre Dako, pourquoi le gouvernement adopte une « approche conflictuelle » comme solution de sortie de crise ?

(SOURCE : Le Matinal)