Quand la Chine pénètre le marché africain des télécommunications

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Le 14 juin 2007, la Chine a placé en orbite un satellite de télécommunications de sa propre fabrication pour le compte du Nigeria. Le lancement de ce satellite géo-stationniaire couvre toute l'Afrique, une partie du Proche-Orient et le Sud de l'Europe.

Cet événement s'inscrit dans le cadre de la pénétration chinoise en Afrique d'une manière générale et plus particulièrement dans les télécommunications, secteur dans lequel la Chine était jusque-là peu présente. Auparavant, elle n'avait livré des équipements, déployé des infrastructures de téléphonie mobile et fourni une assistance qu'à travers des prises de participation dans des opérateurs en voie de privatisation, voire en acquerrant des licences d'exploitation de réseaux cellulaires à travers des sociétés comme Bell Shanghaï, Huawei et ZTE.

Avec cette opération, Pékin se positionne en Afrique comme une puissance capable de procéder au lancement commercial de satellites mais également comme un fabricant de satellites de télécommunications, deux secteurs qui étaient jusqu'alors la chasse gardée des pays occidentaux sur le continent africain.

Loin d'être un événement isolé, le lancement de ce satellite s'inscrit dans une stratégie mûrie de pénétration du marché africain des télécommunications dont le premier jalon a été l'organisation en décembre 2004 du premier atelier ministériel Chine - Afrique pour les télécommunications qui avait réuni des représentants industriels chinois et des officiels africains venus d'Afrique du Sud, d'Algérie, d'Egypte, d'Ethiopie, de Mauritanie, du Niger, du Soudan, de Tanzanie, du Togo, de Tunisie et du Zimbabwe.

Cette rencontre a servi de levier à de nombreux accords commerciaux entre des sociétés chinoises et des Etats africains comme le Bénin, le Congo, le Ghana, le Kenya, le Lesotho, la Mauritanie, le Niger, le Togo...

Sur un autre plan, la mise en orbite du satellite nigérian place au premier plan la question du lancement du satellite régional panafricain de télécommunications RASCOM, régulièrement annoncé mais plusieurs fois reporté pour des raisons multiples et variées.

Cette situation est préoccupante, car l'Afrique est la seule partie du monde à ne pas disposer d'un satellite régional de télécommunications avec toutes les conséquences qui en découlent en matière d'interconnexion entre les pays africains d'une part, entre les pays africains et les reste du monde d'autre part, tant sur les plans technique, économique et financier qu'en matière de souveraineté.

C'est également le lieu de s'interroger sur la sincérité de l'adhésion des acteurs économiques africains aux objectifs d'intégration africaine dans le domaine crucial des infrastructures de télécommunications lorsqu'on voit le Nigeria, pourtant co-initiateur du NEPAD, faire cavalier seul alors qu'il existe depuis deux décennies un projet panafricain qui peine à se matérialiser.

Les difficultés rencontrées dans la mise en place du consortium devant réaliser le câble sous-marin en fibre optique d'Afrique de l'Est (EASY) nous amènent également à nous poser le même type de questions.

A l'heure où la Chine pénètre de plus en plus le marché africain des télécommunications, il est peut-être grand temps que les décideurs africains opèrent une révolution culturelle et entament, dans l'unité, une marche vers le développement régional pour faire de l'Afrique une puissance - rêvons un peu - géostratégique et géoéconomique capable de s'autogérer, voire de faire jeu égal avec les grandes puissances.

(SOURCE : Les Dépêches de Brazaville)