ATTENTION ACHETEURS : MAROC TELECOM EMBOURBE AVEC L’ACHAT DE GABON TELECOM

L'éditorial du mois

L’acquisition de Gabon Telecom par Maroc Telecom, propriété de Vivendi illustre les pièges entourant l’achat d’un opérateur historique africain. Lorsque vous ouvrez le placard, des squelettes cachés vous tombent dans les bras : certains d’entre-eux vous étaient connus au moment de l’achat de la compagnie mais d’autres ne l’étaient pas. Russell Southwood s’interroge sur les problèmes auxquels Maroc Telecom se retrouve confronté avec Gabon Telecom.

En février 2007, Maroc Telecom annonçait le rachat de Gabon Telecom pour un montant de 79 millions de dollars US. Cela n’est pas allé sans un certain sourire d’amusement chez certains dans la mesure ou le processus de privatisation a pris des années de retard et que le Gouvernement gabonais semblait enfin avoir attiré un acheteur potentiel.

Si les événements des dernières semaines se confirment, il est fort possible que l’assainissement de Gabon Telecom prendra beaucoup de temps. A l’époque du rachat, le Président du Conseil d’Administration de Maroc Telecom avait annoncé que « Nous allions immédiatement mettre en oeuvre un plan de restructuration et de développement qui permettront à la société de redevenir un joyau de l’économie gabonaise et un modèle pour la région capable d’offrir les meilleurs services aux meilleurs prix à la population et aux entreprises de ce pays ».

Cinq mois plus tard, Maroc Telecom se retrouve au centre d’un mouvement d’opposition à la privatisation qui a culminé avec une requête d’annulation auprès de la Cour Constitutionnelle. La société a aussi fait l’objet d’une campagne de dénigrement dans la presse locale quant à sa façon de gérer le processus de privatisation. Les mêmes rhétoriques nationalistes se sont à nouveau faites entendre. Un homme politique de l’opposition est allé aussi loin que de dire qu’avec ce rachat le Gabon était devenu une province du Maroc. Tous ces dénigrements étaient prévisibles. Les privatisations qui impliquent un grand nombre de licenciements ne sont jamais populaires et sont très souvent farouchement contestées. L’opposition à la privatisation a peu de chances de gagner mais la reprise des activités ressemble plus à la bataille d’une campagne électorale unpopulaire.

Au-delà des cris et de la fureur, la situation est bien plus sérieuse pour le racheteur, Maroc Telecom. Le groupe Vivendi, propriétaire de Maroc Telecom avait annoncé au moment de l’achat de Gabon Telecom que la société de télécommunication disposait de 30,000 abonnés au fixe et 250,000 abonnés à son réseau portable (30% du marché). Selon un communiqué de presse de la société, le chiffre d’affaire de Gabon Telecom s’élevait à 137 millions d’Euros (189 millions de dollars US). Ces informations avaient été fournies par le vendeur, le Gouvernement du Gabon.

Selon les conclusions d’un rapport des commissaires aux comptes chargé d’examiner les comptes de Gabon Telecom, alors une entreprise publique, la situation financière de la société est bien pire. En premier lieu ces commissaires aux comptes ont refusé d’avaliser les comptes de la société pour l’année 2006. Ils notent en plus que l’opérateur a perdu 50 milliards de Francs CFA (112 millions de dollars US) sur les activités du fixe et 5 milliards de Francs CFA (10 millions de dollars US) avec Libertis, sa filiale portable. Perdre 122 millions de dollars US avec un chiffre d’affaires de 189 millions de dollars US est en soit une prouesse même si l’on compare cela aux standards d’incompétence établis par les pires opérateurs historiques en Afrique. Et en plus perdre de l’argent sur la filiale portable d’une telle dimension nécessite un don particulier, plutôt rare même dans d’autres pays africains.

Tandis que le Gouvernement annonçait que Gabon Telecom disposait de 30,000 abonnés au fixe, les commissaires aux comptes ont découvert que le nombre n’était que de 22,900 abonnés.

Les commissaires aux comptes ont aussi apporté des conclusions complémentaires sur la gestion de la société. « l’examen des contrats révèle que la majorité d’entre eux ont été conclus à des prix bien plus élevés que ceux du marché. Qui plus est, les clients ont été facturés pour des services non-reçus ou reçus de façon partielle. Comme d’habitude l’ancienne équipe dirigeante a dépensé beaucoup d’argent sans tenir à jour une comptabilité précise en particulier en ce qui concerne les frais personels, les voitures et l’essence.

En fin de compte les prêts de Gabon Telecom sont passés de 68.8 milliards de Francs CFA à 79.2 milliards de Francs CFA et sa dette a presque doublé de 142 milliards à 221 milliards de Francs CFA. Cette pression financière s’est traduite par exemple par l’impossibilité de terminer des appels au Sénégal parce que la société n’a pas honoré ses factures auprès de la Sonatel.

Le 8 juin dernier, la nouvelle équipe dirigiante sous la houlette du DG Mostapha Laraabi a réuni 800 employés et les a assurés que la compagnie n’allait pas être mise en faillite. Selon Laraabi, la société était en train de regagner la place qu’il lui revient.

Est-ce que l’achat de Maroc Telecom s’est fait sans prendre les précautions de principe ? Non, elle a acheté Gabon Telecom sur la base des informations fournies après réajustement suivant les résultats des comptes pour l’année 2006. Cette information ne semble pas avoir été mentionnée au moment de l’achat. Cependant un montant initial de 40 milliards de Francs CFA a été payé l’achat tandis qu’un second paiement devrait intervenir fonction des résultats de l’examen des comptes financiers.

C’est un contrat similaire qui a par exemple été signé par Celtel lorsqu’elle a acheté TTCL, l’opérateur historique en Tanzanie. Il s’en est suivi une longue dispute, le gouvernement de Tanzanie affirmant que la longue liste de vieilles factures impayées constituait un revenu potentiel pour Celtel. Bien sur, Celtel a été d’un avis différent. Après une longue querelle, Celtel a renoncé à la gestion des activités du secteur du fixe (tout en gardant ses actions dans l’opération) et s’est concentré sur le développement de la filiale portable.

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