Tandis que Sudatel remporte la 3ieme licence au Sénégal, les entreprises de service ont le vent en poupe

L'éditorial du mois

Au Sénégal, tous les professionels du secteur des télécoms et de l'internet ont leur attention tournée vers les résultats de l'offre d'appel pour la troisième licence de télécommunications. L'opacité et le caractère quelque peu secrêt de l'appel d'offre lancé par l'ARTP, le régulateur sénégalais a fait coulé beaucoup d'encre dans la presse locale et professionelle…. ... Telles sont les choses. Enfin souhaitons que l'heureux gagnant n'aura pas à faire face dans quelques années à une bataille politico-commeciale de la même trempe que celle que subit en ce moment MTN et MOOV au Benin. Avec l'arrivée de ce nouvel opérateur qui disposera d'une licence globale couvrant les segments du fixe, portable et des données, il faut au moins espérer que cela engendrera plus de concurrence, de quoi faire un peu bouger la Sonatel (Orange). A l'écart de cette course, Isabelle Gross rend compte de la croissance et de la multiplication des nouvelles sociétés fournissant des services à valeur ajoutée au Sénégal.

Il y a deux semaines de ça, l'ARTP a lancé un appel d'offre pour une licence globale de télécommunication et les spéculations quant aux noms des sociétés intéressées sont allées en augmentant alors qu'on s'approchait du 31 août , date limite de dépôt de dossier. En cours de route, l'annonce des résultats prévue pour le 15 septembre a été avancée au 7 septembre. L'heureux gagnant est Sudatel au détriment de Celtel et de Bintel. La société qui opère déjà au Sudan et en Mauritanie a offert le montant de 100 milliards de Francs CFA soit 209 million de dollars US pour l'acquisition de cette licence. Selon le quotidien local Walf Fadjri, Sudatel entend être opérationnel au Sénégal en janvier 2008. Il reste à voir si l'ARTP a pris les dispositions adéquates pour favoriser une concurrence saine entre le nouvel entrant et les opérateurs existants la Sonatel et Sentel - en particuliers les points concernant l'accès à SAT3, le dégroupage de la boucle locale, la portabilité des numéros et le partage d'infrastructure.

Avec l'introduction d'un 3ième opérateur, le Sénégal est entrain d'élargir l'ouverture de son marché des télécommunications qui a été le berceau pour une nouvelle génération d'entreprises fournissant des services. Fondée en 1999, la société sénégalaise Tabou Communication a démarré ses activités en vendant des téléphones portables et des accessoires. C'est seulement en 2004 que la société s'est lancée dans la fourniture de services à valeur ajoutée et la production de contenu.

La société utilise une plateforme fournie par un fabricant d'équipement russe qui en assure aussi la maintenance. Entre temps la société a signé des accords d'accès avec Orange Mobile et Tigo (ex-Sentel), le second opérateur portable au Sénégal lui donnant accès à environ 3 millions de numéros portables à travers le pays. Les deux opérateurs fournissent à Tabou Communication des numéros courts d'accès qu'ils utilisent pour leur campagne marketing via SMS.

Parmi les clients de Tabou Communication, on compte lles stations locales de radio et les télévisions. Grâce au numéro d'accès la station de radio peut annoncer des dédicaces pour des chansons ou elle peut encore organiser des jeux. La société offre également ses services marketing aux entreprises locales souhaitant promouvoir leurs produits et services. Elle a récemment organisé une campagne marketing pour un revendeur de voitures européennes qui leur a fourni une voiture (gratuitement ou à un prix fortement réduit) qui a servi de premier prix pour un jeux SMS à travers le pays.

Ces numéros d'accès sont majorés et un SMS coûte en moyenne 250 Francs CFA (US$0.50). Selon Cheikh Ahmed Gueye, le DG de Tabou Communication, il peut y avoir entre 100,000 et 300,000 messages par campagne. Cela représente entre 25 et 75 millions de Francs CFA (US$50,000 et US$150,000) de chiffre d'affaire par campagne. Pour chaque SMS facturé à 250 Francs CFA, l'opérateur portable reçoit entre 20 et 30 Francs CFA. Le montant restant qui représente 90% du prix est partagé entre Tabou Communication et ses partenaires marketing.

En parallèle aux campages SMS, Tabou Communication vend aussi des sonneries reproduisant des mélodies de chanteurs locaux. Les sonneries sont soit directement envoyées sur le portable de l'usager soit téléchargables de leur site internet. Le Sénégal est bien connu pour sa musique à travers le monde grâce à des artistes comme

Youssoun N'dour, Omar Pène et Thione Seck.

Au Sénégal, les utilisateurs de portable sont friants de sonneries reproduisant les mélodies de leurs chanteurs préférés. Parmi les principales sociétés dans ce secteur, on compte par exemple 2s Mobile, Mobile pro Africa, Africa Sonnerie, Telipro et Tabou Communications. En fait tout allait bien pour eux jusqu'à ce que Youssoun N'dour au travers de sa société de production Jololi ait engagé un recours en justice relatif au paiement des droits d'auteurs associés aux sonneries portables reproduisant des mélodies de chanteurs locaux.

Les sociétés offrant des sonneries sont libres de les vendre aussi longtemps qu'ils s'acquittent des droits d'auteurs de 12% auprès du Bureau Sénégalais des droits d'auteurs (BSDA). Le différent entre Jololi et le BSDA se complique un temps soit peu parce que ce dernier affirme que ces 12% de droits d'auteurs couvrent seulement les sonneries monophoniques ou polyphoniques qui reproduisent la musique d'une chanson. Elle affirme par ailleurs que lorsque la sonnerie portable inclut la voix du chanteur, les sociétés vendant des sonneries doivent signer un accord direct avec la société de production musicale. Cette interprétation de la législation donne à la société de production appartenant à Youssoun N'dour une importante part du marché sénégalais des sonneries et des clips vidéos.

A ce jour le recours est toujours en sursis mais cela n'a pas stoppé Tabou Communication de prospecter au-delà des frontières du Sénégal. Son DG, Cheikh Ahmed Gueye, a signé la semaine dernière un accord avec Orange Mali (ex-Ikatel), le second opérateur au Mali et le premier en termes de nombre d'usagers. Les Maliens pourront bientôt voter pour leurs chanteurs préférés via SMS ou réaliser des tests de compatibilité des prénoms d'un couple pour un mariage heureux !

Ces sociétés sénégalaises telles que Tabou Communication ou le Groupe Chaka spécialisé dans les applications voix (serveurs vocaux, centre d'appels) et les transferts d'argent font partis de cette nouvelle génération d'entreprises regardant au-delà de leurs frontières. Certains ont déjà des filiales dans les pays voisins tels que le Mali, le Burkina-Faso, la Côte d'Ivoire ou la Guinée où ils apportent avec eux le dynamisme et l'esprit d'entrepreneurs des Sénégalais.