Audiovisuel privé national - les clés d'un tournant au Cameroun

Actualités de la convergence

Le ministre de la Communication a délivré jeudi dernier à quatre entreprises du secteur de l'audiovisuel des licences de création et d'exploitation. Une première qui marque la concrétisation de l'option gouvernementale de promouvoir et de renforcer la liberté de communication sociale en général, et de libéraliser l'audiovisuel national, en particulier. Désormais donc, Radio Sweet FM dans le sous-secteur radio, Canal 2 International et Spectrum Television (STV) pour ce qui est de la télévision et TV+SA dans le cadre de télédistribution, opèrent dans une légalité reconnue. Les différents promoteurs s'étant rigoureusement conformés à la réglementation.

Il s'agit d'une évolution significative, l'aboutissement d'un processus complexe et délicat à bien des égards et dont la genèse remonte en 1990 dans la mouvance du pluralisme socio-politique de l'époque. C'est donc à juste titre que le Pr. Ebénézer Njoh Mouelle a pu annoncer en remettant les précieux sésames l'autre jour aux " quatre gladiateurs de l'audiovisuel privé national "le temps des clarifications.

Pour le gouvernement, il s'agit d'un double objectif : favoriser l'émergence de véritables entreprises de presse, pour en finir avec la précarité des journalistes et autres salariés du secteur. Ensuite sortir ce secteur de l'informel afin de permettre aux entreprises ainsi restructurées de participer à la vie nationale.

Les textes fondateurs sont la loi 90/052 du 19 décembre 1990 régissant la liberté de communication sociale, et son décret d'application du 3 avril 2000. L'esprit et la lettre de ces textes consacrent l'ouverture, la libéralisation de la communication audiovisuelle au Cameroun, en précisant les modalités et la procédure de création et d'organisation des entreprises de ce secteur. Si celles-ci restent astreintes à une autorisation préalable, la censure a priori est tombée depuis 1996. En toile de fond, il y a, côté gouvernement, le souci d'assurer la liberté d'entreprendre dans un cadre législatif et réglementaire qui garantisse la consolidation d'une véritable démocratie.

Les services techniques compétents du MINCOM sont formels : il n'y a pas eu un quelconque " tamis " au niveau de cette administration, en dehors des conditions fixées par le décret d'avril 2000. L'on assure qu'au moment où le MINCOM a soumis au Premier ministre ses projets d'arrêtés de délivrance des licences, seules les quatre entreprises distinguées avaient rempli les conditions requises. Y compris le paiement des droits d'installation que d'aucuns estiment prohibitifs. Cet ultime " obstacle " n'a pas permis l'aboutissement de nombreux dossiers.

Une cinquantaine d'entreprises privées de communication audiovisuelle ayant depuis octobre 2006 signé des cahiers de charges avec le MINCOM. Après un avis favorable du Conseil national de la communication. En définitive, insiste-t-on du côté du ministère de la Communication, les principes de la légalité et de l'égalité de tous devant le service public ont été scrupuleusement respectés. Bon à savoir : la durée d'une licence TV est de dix ans, contre cinq ans pour la radio.

A la division des affaires juridiques, l'on insiste avant tout sur " la formalisation d'un statut jusque là atypique ". Un statut préjudiciable et une situation d'attente qui, explique-t-on par ailleurs, n'était pas toujours le fait du MINCOM Les détenteurs des licences vont pouvoir négocier plus aisément avec les banques pour accéder aux financements dont ils ont besoin. Par ailleurs, l'achat des programmes auprès des fournisseurs reconnus devrait être désormais plus aisé, de même que la conclusion de partenariats profitables à plus d'un titre. Les détenteurs d'une licence devraient donc gagner en crédibilité, en assurance.

Mais Il n'y a pas que les patrons de presse à pouvoir bénéficier des avantages liés à la délivrance de nouvelles licences. Le cahier des charges auquel ils sont soumis leur impose également des obligations vis-à-vis de leurs salariés ; notamment en matière de sécurité de l'emploi, de régularité des salaires et autres avantages liés à leur immatriculation à la CNPS.

De source bien informée, le ministère de la Communication, dans son souci de privilégier le dialogue pour faire respecter par tous la légalité, va dans les prochains jours saisir par courrier les promoteurs de presse. De fait, deux catégories de promoteurs sont concernées. D'un côté ceux dont les dossiers ont été examinés par le Conseil national de la communication, ils n'auront plus qu'à se rapprocher des services compétents du ministère de la Communication pour s'acquitter des frais afférents à la licence qu'ils sollicitent. De l'autre, ceux dont les dossiers n'ont pas encore été examinés par le Conseil national de la communication et qui auront à reprendre la procédure à zéro.

Au MINCOM, l'on entend mettre l'accent sur la pédagogie : privilégier la régulation à la répression. D'où une disposition affichée des pouvoirs publics en faveur des discussions, des échanges avec les différentes entreprises en vue de les faire évoluer de leur statut actuel vers la nouvelle exigence juridique. L'objectif final poursuivi par les autorités publiques étant d'encourager l'émergence de véritables entreprises de presse, c'est-à-dire des structures viables parce que reposant sur un socle managérial, technique et déontologique avéré. L'avènement et la consécration du professionnalisme qui seul permettra aux médias camerounais de devenir " un maillon essentiel ( ) d'une démocratie pluraliste et libérale, un levier indispensable du mieux-être et du développement ".

(Source : Cameroon Tribune)