La faillite menace la Sotelco au Congo-Brazaville

L'éditorial du mois

Si vous pensiez que Gabon Telecom avait des problèmes, il n’en est rien en comparaison avec la Sotelco. Au fil des semaines, les difficultés auxquelles est confronté l’opérateur historique au Congo-Brazaville, ont été exposées au grand public. La société qui a arrêté le paiement de ses salariés et se retrouve avec un conflit syndical sur les bras, est visiblement au bord de la faillite. Le Gouvernement quant à lui semble pris au court. Les syndicats ont par ailleurs critiqué le choix du nouveau fournisseur d’équipement et ont révélé que des services essentiels sont en danger à cause du manque d’entretien. Russell Southwood dévoile les desssous de l’histoire.

Au début de l’année 2005, Blanchard Oba, le directeur géneral de la Sotelco annonçait que la société était en phase de réaliser ses objectifs malgré de considérables difficultés financières et opérationnelles. Lorsqu’Oba a fait cette déclaration, il était visiblement optimisme parce qu’en même temps il révèlait que la facture salariale mensuelle s’élevait à 670 millions de Francs CFA alors que le chiffre d’affaires mensuel de la société atteignait seulement 150 millions de Francs CFA.

La semaine dernière, la société a annoncé la suspension des paiements des salaires pour éviter une débandade financière totale. Suite à cette annonce, les deux principaux syndicats des salariés (quatre au total pour l’entreprise) la Sylipostel et le Sytratel ont fait appel au Gouvernement pour trouver une solution à la crise et pour protéger les intérèts des employés de l’entreprise. Les syndicats se sont par ailleurs plaints de l’absence de transparence finanière dans la mesure ou la dernière audit financière des comptes de la société remonte à l’année 2004.

La déclaration quelque peu fatale de Blanchard Oba en 2005 illustre bien l’ampleur du problème. Il annonçait des charges salariales de 670 millions de Francs CFA pour un chiffre d’affaire mensuel de 150 millions de francs CFA. Les syndicats ont déclarés que les charges salariales sont de l’ordre de 300 millons de francs CFA par mois pour un chiffe d’affaires de 130 millons de francs CFA. Il n’y a pas de chiffres disponibles quant au nombre actuel d’employés à la Sotelco mais il est peu probable que les charges salariales ont été réduites de moitié au cours des deux dernières années.

Bien que la chute du chiffre d’affaires de la Sotelco soit modeste, elle souligne le problème fondamental de la société qui se dirigie vers la faillite avec la surcharge de personel et l’absence d’un plan de redressement. Oba avait été recruté pour résoudre ce problème mais il semble bien qu’il n’ait pas été capable de s’y atteler.

Au début du mois d’octobre, Jean Bernard Maloukat, le représentant syndical de la Sylipostel s’est plaint auprès de la presse que la Sotelco avait acheté le mauvais type d’équipement. Les techniciens de la société pensaient que des équipements de la marque Siemens serait préférable dans la mesure la Sotelco se fournissait auprès de cet équipementier dans le passé.

Cependant la société a pris la décision d’acheter ses équipement auprès d’Huawei. L’achat le plus récent consiste en un commutateur pour remplacer l’ancien commutateur Siemens dans le centre de Pointe Noire. Les techniciens syndiqués ont fait la remarque qu’ils avaient l’expérience des commutateurs de chez Siemens. Sans nulle doute ce qui a fait penché la balance quant à la décision de la Sotelco d’acquérir du matériel d’Huawei est le prêt de 2 milliards de francs CFA que la dernière a offert en contrepartie.

Maloukat a aussi confié à la presse que les commutateurs dans les centres de Pointe Noire et de Brazaville montraient des signes inquiétants de défaillance dus au manque d’entretien. Si ce problème persiste, le pays risque de voir son lien international coupé. Dans d’autres circonstances, il serait possible de prendre cette nouvelle avec un certain circonspect mais dans ce contexte il semble bien que l’on s’approche de la vérité.

Quelle est la solution ? Les chiffres concernant les charges salariales et le chiffre d’affaires de la société indiquent clairement que l’entreprise doit réduire son personel pour retrouver un équilibre avec le chiffre d’affaires. Le licenciement d’un grand nombre de salariés est la dure réalité à laquelle le Gouvernement doit faire face. Les sociétés de télécommunications ne sont pas des entreprises à caractère social et n’ont pas pour fonction de se substituer à un programme de réduction du chômage. Après la douloureuse phase de licenciements et d’autres restrictions budgétaires, il conviendrait que le Gouvernement privatise aussi rapidement que possible la Sotelco et qu’un investisseur privé se charge de sa gestion pour en faire une entreprise profitable.