France Télécom augmente sa mise en Afrique ave l’achat de Telkom Kenya et de Ghana Telecom

L'éditorial du mois

Si l’acquisition d’une société est un critère de mesure de succès, France Télécom est dans une bonne passe en ce moment. Elle vient de décrocher Telkom Kenya et deux semaines plutôt elle s’est assurée une licence de télécommunication au Niger et d’ici peu elle deployera un nouveau réseau de communication en République Centre Afrique. A la fin de semaine dernière, le journal local « Ghanaian Chronicle » annonçait que le Gouvernement du Ghana avait retenu la proposition de France Telecom pour le rachat de 51% du capital de Ghana Télécom. Russell Southwood analyse les conséquences de la présence grandissante de France Télécom sur le continent africain tant pour les concurrents que pour la concurrence elle-même.

La licence au Niger est une licence globale couvrant la téléphonie portable 2-3G, la téléphonie fixe, l’Internet et la transmission internationale données/voix. L’offre de France Télécom a été faite en partenariat avec Moctoar Thiam qui avait déjà investi dans Orange Mali et Mohammed Rissa, un homme d’affaires nigérien. Le prix de la licence s’est élevé à 71.3 millions de dollars US. Parmis les perdants dans cette enchère figurent le groupe français Vivendi (via sa filiale Maroc Telecom) et un groupe local d’investissement dénommé Universel Niger.

Lors de l’annonce des résultats, le Ministre Mohamed Ben Omar a déclaré « qu’il voulait un service de qualité accessible à autant de personnes que possible ». Avant de récents investissements dans l’extension des trois réseaux existants, 53% de la population (6.9 millions d’habitants) n’avait pas de couverture mobile. A la fin de 2006, ce chiffre est tombé à 6.1%.

Sous le label « Orange », France Télécom sera en compétition directe avec Celtel qui est l’opérateur dominant au Niger. Il détient 60.12% du marché en terme de revenue et 74.3% en terme d’abonnés dont le nombre s’élève à 222,685. Les deux autres opérateurs détiennent une part de marché très modeste : Telecel a 38,937 abonnés et Sahelcom en a 38,277. Le fournisseur d’accès internet dominant est Sahelcom avec 3,512 abonnés.

Depuis la reprise de l’opérateur historique Sonitel par une société libyenne d’investissement et l’équipementier chinois ZTE, la société a reçu de nombreuses plaintes concernant la qualité de son service. Sonitel a par ailleur manqué à ses objectifs d’étendre la couverture géographique de ses services selon les stipulations de sa licence d’exploitation. Jusqu’à présent aucunes sanctions n’ont été prises par le régulateur ou le Gouvernement.

France Télécom applique une stratégie classique d’intégration verticale. Cela signifie que la société cherche à déployer l’ensemble de son portefolio de services et cette approche globale coïncide de plus en plus avec l’octroi sur le continent de licence dite globale. Même dans des pays comme le Mali, l’opérateur a commercialisé sa « Livebox » offrant une combinaison de services incluant la voix, l’Internet et la télévision sur IP. Son offre de télévision IP est vraiment seulement développée au Sénégal et à l’île Maurice et même dans ces deux pays, le contenu proposé reste peu attractif. Le Kenya se présente comme un marché ayant plein de potentiel pour une « offre triple » mais il va sans l’ombre d’un doute qu’Orange aura à faire face à une sérieuse concurrence sur ces segments d’activité.

En Afrique du Sud, MTN et Vodacom ont décidé de poursuivre cette stratégie d’intégration verticale mais il reste à voir combien de temps ils mettront pour appliquer leur stratégie dans leurs opérations à l’extérieur de leur mère-patrie. MTN a déployé avec un certain succès des services reposant sur l’utilisation de la technologie Wi-MAX au Cameroun, au Rwanda et en Uganda mais l’opérateur semble un peu plus frileux quant au déploiement d’une offre de télévision et de services de contenu pour portables. Il est à noter que Celtel n’est pas particulièrment bien armé pour ce type de stratégie d’intégration verticale après avoir vendu ses activités Internet lors de son rachat par le groupe ZAIN (ex- MTC).

Il est bien possible que cette tendance à la consolidation mènera à une « bagarre dans la court des grands » et les principaux perdants seront les petits opérateurs manquant de capitaux. Le succès d’une stratégie d’intégration verticale dépendra de la capacité des ces opérateurs à gérer en même temps des opérations de différentes tailles. Jusqu’à présent à l’exception de France Télécom, les principaux concurents se sont contentés d’offrir des servives téléphoniques. MTN en Afrique du Sud s’est bien positionné sur le segment de la téléphonie fixe mais son service n’attire que des consommateurs à forte valeur ajoutée.

L’intégration verticale comprend deux challenges pour les opérateurs : l’un est interne et l’autree est externe. Il leur faudra accroître le niveau d’activité dans les segments de la téléphonie fixe et de l’Internet pour en assurer la rentabilité et se lancer dans des domaines comme la télévision où ils ont très peu d’expérience. MTN et Vodacom sont tous les deux entrain de tester un service TV sur portable. Il reste à voir si l’offre prendra. Vodacom vient juste de se lancer dans la vente d’un service TV. Ce sont deux grandes entreprises et par conséquent elles devraient être capable de surmonter ces problèmes mais ce n’est pas un chèque en blanc qui leur est offert. France Télécom devra faire face à un problème supplémentaire que constitue la mise en place d’un plan de restructuration pour Telkom Kenya et Ghana Telecom.

Le challenge externe est le plus intéressant. Les principaux opérateurs devront faire face à des contestants indépendants qui pourraient bien avoir plus d’expérience dans des domaines comme la téléphonie sure IP et la programmation audiovisuelle. MWeb a annoncé la semaine dernière le lancement d’une nouvelle « offre triple ». Dans d’autres pays africains, il y a des sociétés concurrentes qui s’intéressent à ses segments du marché. L’une d’entre-elles saur sans doute se tailler une part de ce marché. Le vrai challenge réside dans leur capacité à dominer les principaux opérateurs dans un de ces segments d’activité.