L'AGONIE DES CABINES TÉLÉPHONIQUES AU MALI

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Certaines cabines tentent de s’adapter en proposant le transfert d’images et de sons de l’ordinateur vers le téléphone portable. Elles ont très peu de clients depuis que le téléphone portable est devenu un objet grand public.

La mi-journée. Nous sommes dans une cabine téléphonique située sur l'avenue de l'Yser en plein centre ville. Durant quelques heures, seule une dame est venue passer un coup de fil. Le constat est très frappant. Les clients ne se bousculent pas dans cette cabine téléphonique. Le propriétaire de la cabine S.T. croit savoir que cette situation est due à l'essor de la téléphonie mobile dans notre pays.

Les propriétaires de cabines téléphoniques ne font plus de bonnes affaires depuis que le téléphone portable est devenu un objet grand public. Tous sont formels. Leurs chiffres d'affaires connaissent une énorme baisse.

Il faut dire que le téléphone portable est très pratique. Il est possible de communiquer en tout lieu et à tout moment, pourvu que l'endroit soit couvert par une antenne relais d'un opérateur. Au delà de la frime, il faut reconnaître que le téléphone portable est un instrument très pratique. Ce n'est pas un hasard si près de 55 % des Maliens disposent d'un téléphone mobile.

Son impact négatif est donc inévitable sur le secteur des cabines téléphoniques qui permettent à monsieur tout le monde de disposer du téléphone dans la rue. Les cabines téléphoniques installées par la Sotelma ont connu un énorme succès à un moment où le téléphone portable relevait de la science fiction dans notre pays. Ces cages vitrées trônaient à plusieurs carrefours de la ville. On pouvait y téléphoner avec des cartes ou des pièces de monnaie. Elles étaient très fréquentées par les usagers. Surtout pendant la nuit, les cabines de la Sotelma dans le Grand marché de Bamako refusaient du monde. C'était le lieu de rendez-vous de nos compatriotes qui désiraient joindre leurs parents ou amis installés à l'extérieur. Ce qui attirait les clients dans ces cabines, c'était les frais de communication relativement moins chers.

Comme des champignons. La Sotelma a fini par ouvrir le créneau des cabines téléphoniques aux opérateurs privés. Du coup, des cabines téléphoniques privées ont poussé comme des champignons à tous les coins de rue. Elles proposaient des services de fax aussi. Le créneau s'est révélé porteur. Les cabines privées ont joué aussi un grand rôle dans la vulgarisation du téléphone dans notre pays. Elles ont contribué à rendre accessible le téléphone à maints endroits de la ville. Il existe même des cabines spécialisées dans les appels à l'extérieur. Celles-ci utilisent la téléphonie par Internet qui permet des coûts de communication plus abordables.

Aujourd'hui, le cycle de l'essor des cabines téléphoniques semble tirer vers sa fin. Elles ne sont pas en mesure de tenir la concurrence avec le téléphone portable. Leurs rares clients se recrutent aujourd'hui parmi les personnes insuffisamment équipées ou soucieuses de préserver leur anonymat ou encore parce que les tarifs peuvent y être plus économiques vers certaines destinations.

Mais malgré la baisse de la fréquentation due à l'émergence de la téléphonie mobile, les opérateurs de téléphonie continuent à proposer des cabines téléphoniques. C'est ainsi que Malitel et Orange en proposent. L'Agence pour la promotion de l'emploi des jeunes (APEJ) a même adopté les cabines téléphoniques comme créneau à proposer aux jeunes qu'elle aide à s'installer à leur propre compte.

Ce qui est patent aujourd'hui, c'est que nos compatriotes préfèrent le téléphone mobile. Dans la cabine de S.T., les quelques clients qui passent de temps en temps sont ceux qui n'ont pas de portable ou bien ont un téléphone mais vont dans les cabines par manque de crédits car c'est pas facile pour un travailleur moyen de ravitailler régulièrement son mobile. Mais il faut reconnaître que le nombre des gagne-petit se réduit dans les cabines téléphoniques depuis que les opérateurs de téléphonie mobile proposent des cartes de recharge de 1000 Fcfa ou 2000 Fcfa.

S.T. révèle qu'il ne reçoit que 2 ou 3 clients par jour. Des fois rien. Malgré la baisse des tarifs. Son taxaplus affiche 60 Fcfa l'unité. Il n'en faut pas plus pour alimenter le pessimisme de S.T. qui prédit un avenir sombre pour les cabines téléphoniques. Il estime le taux de la baisse de son chiffre d'affaires à 80%. Bon nombre de promoteurs de cabines téléphoniques ont mis la clé sous le paillasson.

De nouveaux services. Cette tendance illustre l'avis de O.D qui pense que les cabines téléphoniques n'ont plus leur place dans le secteur des télécommunications. Fonctionnaire de son état, O.D s'est procuré un portable depuis 3 ans. Pour lui, il est beaucoup plus économique de téléphoner sur son téléphone mobile que dans les cabines téléphoniques. Avec une carte de seulement 1000 Fcfa, on peut passer plusieurs coûts de fil, constate-t-il, ajoutant que le portable permet non seulement de sauver des vies humaines, mais aussi permet des applications de plus en plus performantes comme photographier, filmer de courtes scènes, écouter de la musique, regarder la télévision, envoyer des courriels, etc.

Afin d'éviter de fermer leurs portes, les promoteurs de cabines téléphoniques plus tenaces tentent de résister en proposant de nouveaux services. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir dans des cabines des services de photocopie, de reliure, de plastification et même de vente de boissons et d'articles divers. Certaines cabines téléphoniques proposent même le transfert d'images et de sons de l'ordinateur au téléphone portable. Ce dernier service semble avoir de l'avenir compte tenu de son lien étroit avec le boom de la téléphonie mobile.

Papa, un promoteur de cabine téléphonique à Faladié Séma, met en cause aussi la prolifération des cabines. Pour lui, il y a trop de cabines parce que les coûts d'installation reviennent moins cher. Ils varient entre 75.000 Fcfa et 100.000 Fcfa. "Les gens ouvrent les cabines n'importe où et n'importe comment", se plaint-il en préconisant comme solution un contrôle plus rigoureux de la part des autorités. Il propose que des commissions soient mises en place pour faire respecter la distance réglementaire qui doit exister entre les cabines.

Afin de faire face au marasme dans le secteur, Papa a ajouté comme cordes à son arc avec la vente de cartes téléphoniques et de cigarettes. Il n'est pas le seul.

(SOURCE : L’Essor)