QUEL FUTUR POUR LE TROISIEME OPERATOR TELECOM AU MAROC ?

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Karim Zaz, PDG de Wana s’explique dans une interview publiée dans le journal local, Libération.

"L'interopérabilité entre les différents systèmes est un peu compliquée"

L'arrivée sur le marché des télécoms de l'opérateur global Wana a été caractérisée par des problèmes techniques. En dépit des ventes records, les premiers clients ont eu de grandes difficultés à activer leurs téléphones.

Est-ce que vous êtes rassuré quant aux conditions qui ont marqué le lancement de votre produit grand public Bayn, en particulier avec les problèmes du réseau?

Cela fait plus d'un mois que nous avons lancé notre produit grand public Bayn. C'est une offre qui a connu un grand succès commercial dès les premiers jours. Cette montée très rapide nous a effectivement fait connaître un certain nombre de difficultés techniques. Des efforts ont été consentis par nos équipes en interne mais également par nos partenaires techniques pour améliorer la situation. Ces efforts se ressentent aujourd'hui dans la perception qu'ont nos clients de l'efficacité de notre réseau.

Avez-vous prévu des problèmes de cette nature?

On espère toujours ne pas en avoir. Maintenant, c'est normal et c'est vécu à chaque lancement de nouveaux opérateurs. Il y a toujours un certain nombre de problèmes techniques lors de tout lancement. C'est une règle universelle. Les gens savent que le premier mois est généralement perturbé. Mais au lancement, c'est tout à fait normal parce qu'on n'a pas eu le temps de tout tester, il y a un certain nombre de bugs qui peuvent apparaître sur le système, ce qui demande par conséquent un certain nombre de réglages après le lancement et de mise au point; il faut avoir la capacité de les faire le plus rapidement possible. Dans notre cas précisément, ce qui a amplifié, et finalement nous sommes contents que cela soit arrivé au démarrage, l'apparition de ces problèmes techniques, c'est le nombre de clients qui ont décidé de venir vers l'offre Bayn dès les premiers jours:nous avons vendus 100.000 packs en trois jours, ce qui a allongé les délais d'activation puisque nous ne pensions pas faire autant de ventes les premiers jours.

Le problème de réseau s'est posé à Casablanca ou également au niveau des autres villes?

Il faut dire que c'est un problème global qui n'est pas en rapport avec la capacité du réseau. Le dimensionnement que nous avions fait de notre réseau était conçu pour un volume de plus d'un million à fin 2007. Par conséquent, ce ne sont pas les 100.000 premiers clients qui vont perturber notre réseau. En fait, c'est le problème d'interaction entre différents systèmes qui faisait qu'à un certain moment, des perturbations apparaissaient dans le réseau et stoppaient, de temps à autre les communication sur une partie ou sur tout le réseau. Ce n'était pas donc spécifique à Casablanca, nous avions les mêmes problèmes dans les autres villes que nous avons couvertes. Nous avions travaillé dessus de manière intensive et je crois que nous sommes aujourd'hui rassurés quand on constate le volume des appels que nous avons déjà sur le réseau.

N'avez-vous pas offert cette promotion parce que vous aviez prévu des problèmes de réseau?

C'est peut être ce qu'on peut se dire après. Mais, il faut préciser que ce sont uniquement les appels intra-Bayn qui sont gratuits. Même si nous avons capté un nombre important de clients dès les premiers jours, ils vont faire l'essentiel de leurs appels vers des clients des autres réseaux, en l'occurrence Maroc Telecom et Méditel. Aujourd'hui, il y a près de 16 millions de clients fixe et mobile chez les deux opérateurs en question. Autrement dit, l'essentiel des numéros qui seront appelés sont de Maroc Telecom et de Méditel. Il faut retenir que lorsque nous avons lancé notre produit, nous avons voulu lancer une offre véritablement attractive et nous sommes dotés de capacités techniques pour supporter ce trafic

Avez-vous les ressources et les compétences nécessaires pour faire face à ce genre de problèmes?

En termes de compétences, nous avons ce qu'il faut. Qu'il s'agisse des compétences internes, c'est-à-dire les collaborateurs de Wana qui étaient déjà dans l'entreprise avant de devenir des opérateurs, ou de nouvelles compétences qui nous ont rejoints, en particulier, sur le plan technique, soit d'autres opérateurs installés déjà sur le marché, voire même des compétences de l'étranger. Quand ce ne sont pas des collaborateurs internes, nous avons aujourd'hui également fait appel à un certain nombre de prestataires et nos partenaires technologiques, en particulier Alcatel et ETE qui sont des équipementiers de premier plan au niveau mondial. Nous avons même aujourd'hui un contrat d'assistance technique avec un opérateur indien qui s'appelle Reliance, quatrième opérateur CDMA dans le monde qui dispose aujourd'hui, en Inde de 24 millions d'abonnés CDMA, également en fixe et en mobilité restreinte. Ce sont des spécialistes de ce type de réseau et qui sont chez nous depuis le mois de septembre pour nous aider à préparer le lancement et à optimiser le réseau. Je pense, par conséquent, que nous avons mis les moyens nécessaires, en termes de compétences internes et externes pour réussir notre projet.

D'autre part, les technologies que nous avons choisies ont été éprouvées et qui sont déjà déployées dans le monde. Lorsqu'on parle de la technologie CDMA, il faut retenir que 50% du marché nord-américain mobile est basé sur cette technologie.

Beaucoup de réseaux en Amérique latine sont également basés sur la technologie CDMA. C'est le cas aussi en Chine, Inde et Indonésie, pays se basant sur cette technologie qui émerge partout dans le monde. Rien qu'en Algérie, Algérie Telecom a réalisé en 2006, 1 million d'abonnés en CDMA pour des services de fixe sans fil.

Ne peut-on plutôt avancer qu'il s'agit d'une technologie économique?

Je pense qu'elle est économique pour nous grâce aux négociations que nous avons menées avec les équipementiers. J'estime aussi que c'est une technologie économique de par son niveau de performance, c'est-à-dire par rapport aux capacités radio qu'elle présente.

Elle permet effectivement d'accueillir plus de trafic par rapport à une technologie de type GSM. Ce n'est pas tellement le prix de l'équipement que vous achetez, c'est la capacité d'un même équipement, en terme de trafic, par rapport, à une autre technologie. Par contre, la combinaison des équipements que nous avons mis en oeuvre ne font pas partie des télécoms traditionnels. Ce qui fait que la mise au point de l'interopérabilité entre les différents systèmes est un peu plus compliquée que les systèmes traditionnels fixes ou mobiles. En fait, ce sont des ordinateurs qui communiquent entre eux et non des machines de télécommunication classiques.

Sur quel segment est basé l'opérateur Wana?

Wana est un opérateur global. Il l'est au sens de services. Nous allons nous positionner aussi bien sur le fixe à mobilité restreinte, le mobile, l'Internet, la transmission de données que sur tous les ségments du marché. Notre organisation en interne fait que nous avons, jusqu'à présent, deux business units qui s'occupent spécifiquement de leur marché.

Notre démarche consiste à nous attaquer progressivement au marché. Nous avons lancé le fixe, la mobilité restreinte et l'nternet.

Concernant l'entreprise, nous avons déjà lancé en décembre 2006 les services de transmission de données comme nous allons lancer d'ici fin mars les services de téléphonie. En avril, ce sera l'opérabilité des numéros fixes qui va être introduite pour mieux nous positionner sur le segment de l'entreprise.

Il y a donc trois angles de travail intensif pour arriver à un projet ou à une structure suffisamment mature. Nous avons donc cette stratégie globale que nous développons de manière homogène et harmonieuse sur l'ensemble des régiments.

Quelles sont les grandes lignes de votre stratégie Internet?

Nous avons lancé nos premiers services Internet à la mi-mars. C'est une offre en pré-payée qui constitue d'ailleurs le credo de Bayn en utilisant effectivement les capacités réseaux que nous avons déjà déployés. Là aussi, nous prévoyons une succession d'offres qui se fera au fur et à mesure de notre couverture en réseau. Il s'agit d'une innovation majeure en termes d'accès à Internet par rapport à ce qui existe déjà. Effectivement, l'ADSL est l'offre classique qui était jusqu'à quelques jours l'offre quasi-exclusive sur le marché marocain. Ce produit grand public ressemble beaucoup au cyber-café dans la poche.

Etes-vous autonomes par rapport au groupe ONA?

Nous sommes aujourd'hui une filiale des groupes ONA-SNI. Nous fonctionnons dans le cadre des règles de gouvernance de ces groupes avec un ensemble de dispositions et dispositifs de gouvernance et de contrôle qui sont aujourd'hui conformes aux standards internationaux. Concernant l'autonomie, elle est justement dans la limite des règles de gouvernance qui existent et qui doivent être appliquées et respectées.

Que signifie la présence de Wana à Casashore?

Elle représente la volonté de notre entreprise d'être un opérateur global qui va se positionner sur tous les segments du marché et plus particulièrement sur les nouvelles zones d'aménagement économiques et le développement de l'offshoring au Maroc. Lorsque le projet de Casashore a été lancé et que l'appel d'offres pour le choix d'un partenaire télécom a été lancé, Wana s'est immédiatement positionnée. Il faut dire que l'historique de Wana en tant que fournisseur de services de réseaux d'entreprises et notre capacité à déployer des offres sur mesure ont été déterminantes pour devenir un opérateur télécom de Casashore.

(SOURCE : Libération)